Nairobi Fashion Week : La mode kényane à l’épreuve de la décarbonisation

Et si l’avenir de la mode mondiale se jouait aussi en Afrique ? À l’occasion de la Nairobi Fashion Week, les créateurs kényans ont transformé les podiums en espace de débat sur la responsabilité environnementale d’une industrie parmi les plus polluantes de la planète.

Placée sous le thème « Decarbonize », l’édition de cette année ne s’est pas contentée de présenter des collections. Elle a interrogé les fondements mêmes du système de la mode : production intensive, importations massives, surconsommation et dépendance à des chaînes d’approvisionnement peu durables.

« On associe souvent la décarbonisation à l’énergie ou aux transports, mais la mode est l’un des principaux contributeurs aux émissions mondiales », rappelle Brian Kihindas, fondateur de la Kenyan Fashion Week.

Selon lui, les créateurs africains ont un rôle stratégique à jouer, car nombre d’entre eux s’appuient déjà sur des tissus locaux, des circuits courts et des pratiques artisanales à faible impact.

La question des vêtements d’occasion importés a également occupé une place centrale dans les discussions. Présentés depuis des décennies comme une solution accessible pour les consommateurs africains, ces vêtements représentent aujourd’hui un lourd fardeau environnemental, générant des déchets textiles difficiles à recycler et mettant sous pression les écosystèmes locaux.

Pour Lucy Rao, créatrice kenyane, la mode est avant tout un puissant levier de communication.

« La mode parle à tout le monde. C’est justement pour cela qu’elle peut porter des messages forts, notamment sur le climat et la pollution », souligne-t-elle.

En valorisant l’innovation textile, la narration consciente et des modèles économiques plus circulaires, la Nairobi Fashion Week ambitionne de repositionner l’Afrique non plus comme simple consommatrice, mais comme actrice de solutions durables.

À Nairobi, la mode ne se contente plus de suivre les tendances : elle questionne, interpelle et propose une autre voie pour une industrie à la croisée des chemins.

Amy N’DIAYE

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *