Icône flamboyante des années 80, précurseur du mouvement « gnaman gnaman », Kéké Kassiry a électrisé toute une génération avant de sombrer dans l’ombre. Décédé ce samedi 4 avril 2026 à l’âge de 72 ans, il laisse derrière lui l’empreinte indélébile d’un artiste libre et visionnaire.
Figure emblématique des années 80, Kéké Kassiry a marqué la musique ivoirienne par son style audacieux, son énergie scénique et sa capacité à transformer la rue en scène artistique. Son décès, survenu ce samedi 4 avril 2026 à l’âge de 72 ans, ravive le souvenir d’un parcours hors norme, entre lumière et zones d’ombre.
Une ascension fulgurante portée par le “Gnaman gnaman”
Né le 11 mars 1954 à Treichville, Kéké Kassiry grandit dans un environnement populaire où musique et danse rythment le quotidien. Très tôt, il se distingue par son sens du spectacle et son goût pour l’expérimentation.
Dans les années 1980, il s’envole pour la France, où il affine son identité artistique. C’est là qu’il développe un style singulier, à la croisée du funk, des sonorités africaines et de l’énergie urbaine. Il devient surtout le visage d’un mouvement culturel inédit : le Gnaman gnaman, une danse inspirée des réalités de la rue abidjanaise.

Avec des albums comme « N’né Ménika (1982) », « Afrika (1983) » ou « Abidjan (1986) », il s’impose comme un pionnier. Son influence dépasse la musique pour s’inscrire dans la culture populaire, inspirant toute une génération.

Entre passions amoureuses et descentes aux enfers
Derrière le showman se cache un homme au parcours intime agité. Sa relation avec la chanteuse Tina Glamour, intense et médiatisée, a longtemps alimenté les récits du showbiz ivoirien. De cette union naît une fille, Carla, dont la disparition en 2022 a profondément marqué l’opinion. Père de plusieurs enfants, Kéké Kassiry aura mené une vie sentimentale aussi dense que sa carrière.
Mais en 1997, un incendie détruit son matériel musical. Cet événement marque le début d’une longue traversée du désert. L’artiste s’efface peu à peu, laissant derrière lui une scène musicale qu’il avait pourtant contribué à révolutionner.
Une reconnaissance tardive et un héritage indélébile
Malgré les épreuves, Kéké Kassiry n’abandonne jamais totalement la musique. Il tente un retour discret avec le groupe « Passion », renouant avec son public fidèle. En 2022, il est élevé au rang de Chevalier de l’ordre du mérite culturel, une reconnaissance tardive mais méritée pour celui qui a ouvert la voie à la musique urbaine ivoirienne moderne.
Sa disparition, ce 4 avril 2026, a provoqué une vive émotion dans le milieu artistique et auprès du public. Car au-delà de l’homme, c’est toute une époque qui refait surface : celle d’une musique audacieuse, libre et profondément enracinée dans les réalités sociales.
Il y a des artistes qui passent et d’autres qui transforment à jamais leur époque. Kéké Kassiry fait partie de ceux-là.
Parti à 72 ans, il laisse derrière lui bien plus que des chansons : un mouvement, une attitude, une empreinte. Et dans chaque rythme urbain, dans chaque pas de danse inspiré de la rue, son héritage continue de vivre.
Florence EDIE