La 27ᵉ édition du Festival Gnaoua et Musiques du Monde, qui s’est tenue cette année, a transformé la cité portuaire en une scène ouverte où mémoire, rencontres et expérimentations musicales se répondent. Plus de 300 000 personnes ont convergé vers la médina et la corniche pour assister aux défilés, concerts et créations qui font désormais la réputation internationale de l’événement.
La parade inaugurale, moment rituel du festival, a une nouvelle fois rassemblée les maâlems dans les ruelles étroites d’Essaouira. Au-delà de la fête, ce cortège joue un rôle de transmission : il rappelle que le gnaoua n’est pas seulement un répertoire sonore, mais un patrimoine vivant, porté par des savoirs et des gestes transmis de maître à disciple. Cette édition a mis l’accent sur ces filiations, en multipliant les scènes où anciens et jeunes talents dialoguent.
Pour Neila Tazi, à l’origine du festival, la manifestation a aussi une vocation de réparation culturelle. Elle a rappelé que le gnaoua trouve ses racines dans des histoires africaines souvent passées sous silence, et que le festival cherche à restituer à ces traditions la place qu’elles méritent sur la scène mondiale. L’événement se veut ainsi une plate-forme pour faire entendre des récits et des esthétiques longtemps marginalisés.
La programmation a marié figures établies et propositions inédites. Le retour sur la scène Moulay Hassan du bassiste camerounais Richard Bona a constitué l’un des temps forts : face à une foule imposante, il a illustré la porosité des langues musicales africaines, où rythmes et phrases partagées facilitent les rapprochements entre répertoires. Parallèlement, de jeunes maâlems, dont Mehdi Qamoum d’Agadir, ont exploré de nouveaux territoires sonores, notamment à travers des collaborations surprenantes gospel et gnaoua, par exemple qui révèlent des racines spirituelles communes et ouvrent le genre à de nouvelles audiences.
La force du festival tient à ce mélange : enracinement et ouverture. En convoquant des pratiques traditionnelles dans des formats contemporains scènes publiques, ateliers, résidences artistiques le Gnaoua d’Essaouira joue un rôle de laboratoire culturel. Il permet non seulement de valoriser un héritage mais aussi d’incuber des formes hybrides susceptibles de prolonger sa vitalité.
À l’échelle locale, cette effervescence représente une opportunité économique et touristique majeure pour Essaouira. À l’échelle musicale et symbolique, elle confirme la capacité du Maroc à se positionner comme une plaque tournante des dialogues entre musiques africaines et mondiales. Si la 27ᵉ édition a conforté cette dynamique, les regards se tournent déjà vers 2027, avec l’espoir que le festival continue d’approfondir ses croisements artistiques et de renforcer les chaînes de transmission entre générations.
Ortis. A