À Abidjan, Gnapa Olga Michèle, fondatrice de ‘’Chlodélice’’, unit formation, créativité et engagement social pour faire de la pâtisserie un art accessible. Après une formation en boulangerie et viennoiserie au grand moulin d’Abidjan (GMA), elle s’est tournée vers la pâtisserie, créant des gâteaux personnalisés y compris pour diabétiques et rêvant d’une chaîne de boutiques qui formera et insérera des jeunes défavorisés. Rencontre avec une femme déterminée, dont le parcours se résume en un mot : résiliente.
Pouvez-vous nous raconter votre parcours et le chemin qui vous a conduite à créer ‘’Chlodélice’’ ?
Mon parcours tient en un mot : résiliente. J’ai commencé par une formation en boulangerie et viennoiseries au grand moulin d’Abidjan. C’est là que l’idée de compléter ma formation par la pâtisserie m’est venue. Mon déclic a eu lieu lors d’un événement où mon formateur a réalisé un gâteau magnifique : j’ai compris que je voulais aussi créer ces moments de partage. Aujourd’hui, ‘’Chlodélice’’ est le fruit de ce parcours, de ma passion et d’un travail constant.
Qu’est-ce qui distingue vos gâteaux et votre approche ?
Je travaille la précision comme on travaille un geste artistique. Pour moi, la pâtisserie est l’art de transformer la précision en émotions gourmandes. Mes gâteaux sont conçus pour tous : je propose des options adaptées aux personnes diabétiques, et je fais beaucoup de personnalisation que ce soit un gâteau à thème ou entièrement personnalisé selon l’événement. Le cake design fait aussi partie de notre offre.
Vous évoquez la personnalisation et le gâteau à thème. Concrètement, comment se passe la commande ?
Le client vient avec son idée, parfois une image, parfois seulement une émotion à transmettre. Nous discutons du thème, des goûts, des contraintes alimentaires (allergies, diabète), puis j’établis un plan de travail. Je m’organise en amont pour respecter délais et qualité. Mon inspiration vient de ma passion et du monde qui m’entoure : musiques, événements, couleurs de la vie quotidienne.

Quelles difficultés avez-vous rencontrées en démarrant ?
La vente en ligne a été un véritable obstacle au départ. Se faire connaître, instaurer la confiance pour un produit périssable présenté sur internet n’est pas simple. À cela s’ajoutent les défis logistiques et la nécessité d’un plan de travail structuré pour tenir les commandes. Avec le temps, le rapport de satisfaction entre mes clients et moi s’est consolidé : le bouche-à-oreille a beaucoup aidé.

Quel rôle joue la femme dans votre métier, selon vous ?
La femme joue un rôle prépondérant. Dans notre contexte, beaucoup de femmes apportent sens, esthétique et patience au métier. Elles sont souvent à la fois créatrices et gestionnaires, capables de conjuguer qualité artisanale et sens du service. J’encourage les femmes passionnées : qu’elles n’hésitent pas si c’est leur passion, qu’elles se lancent.
Vous avez des ambitions sociales. Parlez-nous de votre projet de formation et d’insertion.
Mon rêve est d’ouvrir une chaîne de pâtisseries qui serve aussi de centre de formation. Je veux aider les jeunes démunis à s’insérer en les formant au métier. L’idée est de donner des compétences réelles, une autonomie professionnelle, et une chance d’accéder à une activité génératrice de revenus. C’est un moyen de rendre la réussite collective.
Avez-vous un exemple marquant de satisfaction client ?
Bien sûr, lors d’un mariage, la mariée m’a dit que mon gâteau avait été l’un des moments les plus commentés de la réception. Elle était touchée par la personnalisation et la finesse du goût. Ces retours confirment que l’investissement dans la qualité et la relation client porte ses fruits.
Quels conseils donneriez-vous à quelqu’un qui hésite à se lancer dans la pâtisserie ?
Surtout, ne pas hésiter si c’est leur passion. La passion donne l’endurance nécessaire pour traverser les périodes difficiles. Ensuite, se former sérieusement, se structurer (plan de travail, gestion des commandes) et aller chercher des retours clients : le terrain est le meilleur apprentissage.
Où puisez-vous votre inspiration au quotidien ?
Mon inspiration vient de ma passion et du monde qui m’entoure : fêtes, cultures, musiques, couleurs d’Abidjan. Chaque gâteau peut raconter une histoire ou rendre hommage à un moment particulier. J’aime aussi observer les tendances du cake design et les adapter à notre clientèle locale.

Quels sont vos projets immédiats et à plus long terme ?
À court terme, consolider la présence de Chlodélice, améliorer la vente en ligne et systématiser la satisfaction client. À long terme, ouvrir une chaîne de pâtisseries avec un volet formation et insertion pour les jeunes démunis. J’espère créer des emplois et transmettre un métier qui transforme des vies.
Un dernier mot
Si la pâtisserie vous appelle, écoutez-la. Avec du travail, de la discipline et de la créativité, on peut transformer une passion en profession et, pourquoi pas, en projet social.
Par Florence EDIE