Elle a autrefois couru sous les couleurs de son pays. Aujourd’hui, elle cueille du thé pour pouvoir nourrir son enfant. Au Kenya, l’histoire de Beatrice Murugi, ancienne marathonienne professionnelle, suscite l’émotion et relance le débat sur le devenir des athlètes après leur carrière.
À Nyahururu, au Kenya, Beatrice Murugi avait autrefois les yeux tournés vers les pistes et les grandes compétitions internationales. Repérée alors qu’elle était encore jeune par un ancien du village, elle part au Japon en 2009 pour poursuivre ses études secondaires. Quelques années plus tard, en 2012, elle devient athlète professionnelle.
Sa carrière lui permet alors de connaître une certaine réussite. Avec ses revenus, Beatrice investit dans sa famille. Elle achète un terrain, fait construire une maison pour sa mère et contribue aux études de ses frères et sœurs.
Elle court pour gagner, mais aussi pour offrir une vie meilleure aux siens.
Un accident qui fait tout basculer
Après plusieurs années consacrées au sport, Beatrice décide de préparer l’après-carrière. Elle investit une grande partie de ses économies dans l’achat d’un camion destiné au transport commercial. Mais le projet tourne au cauchemar.
Le véhicule est impliqué dans un grave accident près de Delmonte. Selon les informations relayées sur les réseaux sociaux, l’assurance du camion avait expiré. Beatrice aurait également découvert trop tard la situation, après des problèmes de communication avec son chauffeur.
Sans indemnisation, elle se retrouve confrontée à d’importantes dépenses médicales et à de lourdes responsabilités financières.
Son avenir, qu’elle pensait avoir sécurisé grâce au fruit de sa carrière sportive, commence alors à lui échapper.
La maladie et la précarité
En 2021, une nouvelle épreuve vient aggraver sa situation. Beatrice développe des problèmes chroniques de ballonnement abdominal. Malgré les traitements, son état persiste et l’empêche progressivement de s’entraîner et d’effectuer des travaux physiques importants.
À cette période déjà difficile s’ajoute une autre épreuve familiale. Alors qu’elle serait gravement malade, l’ancienne athlète aurait été expulsée de son domicile avec son enfant par son mari.
Aujourd’hui, Beatrice vivrait dans une petite chambre louée pour environ 1 000 shillings kényans par mois, à Kerugoya.
Pour survivre, elle cueille du thé et accepte des travaux journaliers, malgré les difficultés physiques auxquelles elle est confrontée. Son objectif est désormais beaucoup plus simple qu’à l’époque où elle foulait les pistes internationales : trouver de quoi nourrir son enfant de 10 ans.
Quand les médailles ne suffisent plus
L’histoire de Beatrice Murugi a rapidement suscité l’émotion au Kenya. Sur les réseaux sociaux, des voix s’élèvent pour demander à Athletics Kenya et au ministère des Sports de lui apporter une assistance, notamment pour son accès aux soins et sa réinsertion.
Au-delà de son cas personnel, son parcours pose une question qui dépasse largement les frontières du Kenya.
Que deviennent les athlètes africains lorsque leur carrière prend fin ?
Pendant leurs années de gloire, ils portent les couleurs de leurs pays, remportent des compétitions et font rêver des millions de supporters. Certains utilisent leurs revenus pour soutenir leurs familles, construire des maisons ou financer les études de leurs proches.
Mais lorsque les blessures, la maladie ou l’âge mettent fin à la carrière, beaucoup se retrouvent sans véritable filet de sécurité.
L’histoire de Beatrice Murugi rappelle ainsi une réalité souvent oubliée : derrière les médailles et les records, il y a des femmes et des hommes dont la carrière sportive ne dure qu’un temps.
La vraie question n’est donc pas seulement de savoir comment former des champions. Elle est aussi de savoir comment les accompagner lorsque la course s’arrête.
Ortis. A