Dans les rues embouteillées de la capitale économique ivoirienne, une discrète révolution s’opère. De plus en plus de petits transporteurs urbains, longtemps livrés à eux-mêmes, bénéficient aujourd’hui de services numériques, de solutions de financement et d’un accompagnement à la gestion. Résultat : certains, autrefois cantonnés à deux ou trois véhicules, pilotent désormais de véritables micro-entreprises.
Cette évolution est portée par l’apparition de partenariats multi-acteurs, associant plateformes technologiques, opérateurs de télécommunication et institutions financières. Ensemble, ils mettent à disposition des outils concrets pour faciliter l’organisation du travail, réduire les coûts opérationnels et améliorer l’accès au crédit.
Des mesures ciblées qui changent la donne
Depuis fin 2023, plusieurs actions ont été lancées pour répondre aux besoins spécifiques des conducteurs et gestionnaires de flotte. L’instauration de forfaits mobiles professionnels adaptés à leur activité permet d’alléger significativement leurs charges mensuelles. À cela s’ajoute un mécanisme de financement alternatif, donnant accès à des avances de trésorerie jusque-là inaccessibles pour ce public.
Ces initiatives répondent à une réalité bien connue sur le terrain : la majorité des transporteurs opèrent dans l’informel, avec moins de dix véhicules, sans appui structurant ni solution digitale. Cela limite non seulement leur rentabilité, mais aussi leur capacité à se projeter dans un modèle économique durable.
Une trajectoire parmi d’autres
Le parcours d’un opérateur comme Abdourahim Diallo en est l’illustration. Ancien cadre reconverti dans le secteur du transport, il a développé en deux ans une flotte de 37 véhicules, générant plus de 300 millions FCFA de chiffre d’affaires cumulé et plus de 60 emplois directs. Un changement opéré notamment grâce à son intégration dans un programme structurant porté par la plateforme technologique Yango, qui l’a doté d’outils de gestion et d’un accompagnement ciblé.
Un tissu à fort potentiel, mais encore fragile
Dans une métropole comme Abidjan, les autorités misent sur des projets structurants comme le futur Bus Rapid Transit (BRT), qui pourrait transporter entre 300 000 et 500 000 passagers par jour. Mais en attendant leur déploiement, les acteurs informels continuent d’assurer la majorité des déplacements urbains quotidiens. Ces opérateurs de proximité, essentiels mais précaires, peinent à se structurer sans un appui externe.
Entre accès limité au crédit, faible rentabilité et absence de cadre formel, les obstacles sont nombreux. Et pourtant, c’est bien ce tissu éclaté de PME de transport et de travailleurs indépendants qui porte, chaque jour, le poids de la mobilité urbaine.
Un levier pour un modèle plus inclusif
Alors que 77 % des actifs en Côte d’Ivoire évoluent dans le secteur informel (INS, 2023), les solutions adaptées à cette réalité numériques, souples, intégrées pourraient bien poser les bases d’un modèle économique plus inclusif et résilient.
Loin des grandes infrastructures ou des réformes centralisées, ces partenariats ancrés dans la réalité quotidienne montrent qu’il est possible d’agir localement, efficacement, et durablement. Pour peu qu’on leur donne les moyens d’exister, les petits transporteurs peuvent devenir de grands acteurs du changement.
Ortis.A