Paule-Heymill Biffi Djocko  (Fondatrice de l’institut Giovanni Biffi) : « Comment j’ai amené ma fille à avoir le Bac à 10 ans »

Fondatrice de l’institut ‘’Giovanni Biffi’’ à Abidjan, Paule-Heymill Biffi Djocko milite pour une éducation sur mesure, capable de répondre aux besoins spécifiques des enfants à haut potentiel comme de ceux en difficulté scolaire. À travers une pédagogie personnalisée et un accompagnement bienveillant, elle offre une alternative au système classique, souvent inadapté aux profils dits « atypiques ». Rencontre avec une femme engagée, convaincue que chaque enfant mérite une chance d’épanouissement.

On est tenté de se demander d’où est venu le déclic de la création de l’Institut Giovanni Biffi ?

L’initiative est née d’un constat personnel et d’un engagement profond envers les enfants aux profils atypiques, qu’ils soient en difficulté scolaire ou à haut potentiel. Bien avant la création officielle de l’école en 2020, avec mon époux à Abidjan, l’accompagnement des enfants faisait déjà partie de notre quotidien avec ma propre fille, les enfants du quartier, mes neveux et nièces. Certains étaient en situation d’échec, d’autres en avance sur leur âge scolaire. 

C’ est à partir de ces expériences que s’est construit un projet éducatif différent, porté par la conviction qu’un environnement bienveillant, rigoureux et stimulant peut permettre à chaque élève de s’épanouir à son propre rythme. Ainsi est né l’institut Giovanni Biffi, qui accueille aujourd’hui des enfants venus de tous horizons et leur propose une pédagogie adaptée à leurs besoins spécifiques.

Qu’est-ce qui vous a motivée à créer une école à pédagogie différenciée ?

Tout a commencé avec notre fille aînée, entrée en classe de 6e à seulement six (6) ans. Grâce à un accompagnement rigoureux et individualisé, elle a obtenu le BEPC à sept (7) ans, puis le baccalauréat à dix (10) ans. Ce parcours exceptionnel nous a poussés à repenser la pédagogie traditionnelle, en misant sur l’adaptation au rythme de chaque enfant, sans compromis sur la qualité des apprentissages.

Par la suite, j’ai accompagné des enfants aux profils très différents. Certains en grande avance, d’autres totalement déscolarisés. Je pense notamment à un jeune garçon ayant quitté l’école en 6e pendant quatre ans, et qui, après quelques mois de soutien intensif, a pu intégrer directement la 3e et décrocher son BEPC la même année.  Ces expériences m’ont convaincue qu’avec les bons outils, une attention adaptée et un cadre structuré mais flexible, tout enfant peut réussir.

Comment distinguer un enfant à haut potentiel d’un enfant en difficulté scolaire ? Et quelles confusions sont fréquentes ?

Un enfant à haut potentiel ne se résume pas à de « bons résultats ». Il peut s’ennuyer en classe, poser beaucoup de questions, avoir du mal à s’intégrer ou à suivre le rythme, justement parce que celui-ci ne lui correspond pas. À l’inverse, un enfant en difficulté peut souffrir d’un manque de repères pédagogiques, émotionnels ou familiaux.

Dans les deux cas, les signes peuvent être similaires : agitation, ennui, rejet de l’école, hypersensibilité, baisse de motivation etc. Ce sont ces ressemblances qui induisent souvent en erreur. Le système scolaire classique a du mal à faire la différence, ce qui conduit à des orientations inadaptées et à l’exclusion.

Comment l’Institut parvient-il à détecter les élèves qui sortent des cadres classiques ?

Nous travaillons  (avec des spécialistes psychologues, neuropsychologues, orthophonistes) capables de poser un diagnostic clair. Une fois ces enfants identifiés, nous mettons en place un accompagnement pédagogique personnalisé, dans un environnement bienveillant et stimulant, qui respecte leur singularité.

Le système éducatif classique est-il, selon vous, adapté à ces profils ?

Malheureusement, non. Le système classique reste très normatif, centré sur la moyenne, avec des exigences de performance et de conformité en matière d’âge ou de comportement.                           Les enfants à haut potentiel ou en difficulté ne rentrent pas dans ces cases. Certains avancent plus vite, d’autres ont besoin de plus de temps sans que cela remette en cause leur intelligence. Ce manque de flexibilité peut engendrer des blocages durables, voire des traumatismes.

Quels sont les obstacles que rencontrent ces enfants, à l’école comme dans leur environnement ?

À l’école, ils sont souvent mal compris : jugés trop exigeants, trop lents ou trop rêveurs. Dans la sphère familiale, certains parents culpabilisent, d’autres minimisent les signes. Socialement, ces enfants peuvent se retrouver isolés, incompris, voire stigmatisés. Le manque d’information sur les profils atypiques aggrave ces malentendus, et les jugements sont souvent hâtifs.

En quoi la pédagogie de l’institut se distingue-t-elle des méthodes traditionnelles ?

Nous avons développé la méthode BIFFI, axée sur l’individualisation du parcours scolaire ; le respect du rythme de chaque enfant, l’éveil à l’autonomie, à la curiosité et l’intégration de méthodes alternatives (apprentissage accéléré, fiches individualisées, exercices différenciés…). Mais surtout, nous aidons l’enfant à se réconcilier avec l’école, et avec lui-même. En restaurant sa confiance, nous lui redonnons le goût d’apprendre. Un enfant qui croit en lui devient plus engagé, plus autonome et acteur de son propre parcours.

Nous assurons également un suivi psycho-éducatif constant, avec des entretiens réguliers et une observation continue. L’implication des parents fait partie intégrante de notre approche.

Quels dispositifs de formation sont mis en place pour les encadrants de l’Institut ?

Nos enseignants sont tous formés à la méthode BIFFI. En complément, nous organisons des ateliers internes animés par des psychologues et des experts de l’enfance, pour renforcer leurs compétences. L’objectif est que chaque adulte dans l’école comprenne à qui il enseigne, et pas seulement ce qu’il enseigne.

Quelle est la place des parents dans cet accompagnement ?

Les parents jouent un rôle central. Nous les accompagnons pour qu’ils comprennent que leur implication est essentielle, même au-delà du cadre scolaire. Être présent, écouter, relire les cours avec l’enfant, dialogué. Tout cela fait une grande différence.

Nous organisons des rencontres régulières, des ateliers d’échange, et tenons les familles informées quotidiennement de l’évolution de leur enfant.

Selon vous qu’est-ce qu’il faut pour mieux encadrer les enfants à haut potentiel ou en difficulté scolaire en Côte d’Ivoire ?

Le premier défi est le manque de diagnostic. Beaucoup d’enfants à haut potentiel ou en difficulté ne sont jamais identifiés. Ensuite, il y a un manque de formation des éducateurs à ces profils spécifiques, et un déficit de ressources adaptées dans les établissements et les familles. Il faut briser les tabous, sensibiliser, former, outiller, et surtout, écouter les enfants.

Un message pour les parents qui soupçonnent que leur enfant est différent mais ne savent pas quoi faire ?

Faites confiance à votre intuition. Soyez à l’écoute. Un enfant trop curieux, trop rêveur ou très lent n’est pas forcément capricieux. Ce sont des signes qui méritent attention.   N’hésitez pas à consulter un spécialiste. Et surtout, ne restez pas seuls. Nous sommes là pour accueillir chaque enfant dans toute sa richesse, avec bienveillance et respect.

Réalisée par Florence EDIE

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