Ils divertissent, informent, connectent. Mais aujourd’hui, les réseaux sociaux, omniprésents dans notre quotidien, soulèvent une autre question : celle de leur impact silencieux mais grandissant sur notre santé mentale. Entre dépendance numérique, isolement social, troubles anxieux et perte de l’estime de soi, une nouvelle forme de mal-être se dessine, notamment chez les plus jeunes.
Ces plateformes censées rapprocher les gens deviennent parfois le creuset d’un isolement profond. L’explosion de l’usage des réseaux sociaux a transformé les rapports humains, les modes d’interaction, mais aussi les repères émotionnels. Ce bouleversement s’accompagne d’un phénomène de fond : l’émergence de troubles liés à une utilisation excessive, compulsive, voire pathologique des outils numériques.
Un lien de plus en plus visible entre réseaux sociaux et santé mentale
D’après une étude de Statista (2023), plus de 4,5 milliards de personnes soit près de 58 % de la population mondiale utilisent activement les réseaux sociaux. Si les avantages de ces plateformes sont indéniables, leur usage intensif expose aussi à des risques peu visibles, mais réels : anxiété, troubles du sommeil, dépression, repli social…
Des études internationales confirment que les jeunes qui passent plus de six heures par jour sur ces réseaux doublent leur risque de développer des troubles dits “internes” : anxiété, isolement, perte d’estime de soi. La pression sociale liée à la quête de validation « likes », commentaires, abonnés agit comme un levier d’angoisse constant.
Un algorithme bien huilé pour captiver… jusqu’à l’addiction
À l’origine de cette addiction moderne, une mécanique bien rodée : les algorithmes des plateformes maximisent l’engagement en proposant des contenus toujours plus personnalisés. Résultat : l’utilisateur scrolle, regarde, clique, consomme… sans fin. Des fonctions comme le « défilement infini » ou la lecture automatique des vidéos entretiennent un cycle dopaminergique comparable à celui des jeux d’argent.
Cette logique addictive, couplée à une surcharge d’images idéalisées, entretient la comparaison sociale et fragilise l’image de soi. Chez certains adolescents, l’usage excessif de filtres numériques engendre même une forme de dysmorphophobie une obsession de l’apparence menant à des comportements à risque.
Un usage qui remplace les liens réels
Contrairement à l’objectif affiché des RSN, une surutilisation engendre un paradoxe : l’isolement. L’échange réel est peu à peu remplacé par des interactions numériques, souvent superficielles. Les relations interpersonnelles en souffrent, tout comme les performances scolaires ou professionnelles.
Selon le professeur Russell Viner de l’UCL à Londres, l’usage intensif de ces outils ne cause pas de dommages neurologiques directs, mais il prive les jeunes d’activités protectrices comme la lecture, l’exercice physique ou les sorties entre amis.
Entre dépendance comportementale et vide juridique
Si la dépendance aux RSN n’est pas encore reconnue comme une addiction dans le manuel diagnostique DSM-5, certains pays comme la Chine ou la Corée du Sud l’ont déjà classée comme trouble psychiatrique. Il s’agit d’une addiction comportementale, sans substance, mais aux effets tout aussi déstabilisants.
Les quatre critères classiques de l’addiction sont bien présents : usage incontrôlé, fréquence excessive, poursuite du comportement malgré les conséquences, et besoin croissant pour obtenir les mêmes effets. Pourtant, la communauté médicale reste prudente sur la qualification officielle de cette dépendance.
Une jeunesse particulièrement vulnérable
Le phénomène touche surtout les adolescents et les jeunes adultes. Une récente enquête conduite en Côte d’Ivoire par le service de psychiatrie de l’Hôpital de Bingerville explore les effets du réseau TikTok sur la santé mentale des étudiants de l’Université Félix Houphouët-Boigny. Les résultats préliminaires font état de troubles de la concentration, d’insomnies et d’un fort sentiment de vide social.
Les jeunes se sentent prisonniers d’une double injonction : être visibles en ligne, mais aussi performants dans la réalité. Résultat : surcharge mentale, repli sur soi, et parfois troubles dépressifs. Le besoin de validation extérieure devient le baromètre de leur estime personnelle.
Cyberharcèlement et exposition constante : la double peine
Au-delà de la dépendance, les réseaux sont aussi le terrain de jeux d’un autre mal : le cyberharcèlement. Menaces, humiliations, moqueries, montages malveillants… Ces violences numériques laissent des cicatrices profondes. Les plateformes réagissent lentement, malgré les appels répétés des associations de protection des mineurs.
Amy N’DIAYE Coll : P/D Dr Mohamed SOUMAHORO (Hôpital Psychiatrique de Bingerville)