Édith Liliane Babo (Biochimiste) : La femme qui transforme les déchets en beauté

Dans un monde où les déchets s’accumulent à un rythme inquiétant, certains choisissent de les ignorer, d’autres de s’en plaindre. Elle, a décidé d’en faire une richesse. Pneus usés, t-shirts élimés, serviettes ou plastiques abandonnés… sous ses mains, ces objets sans valeur se métamorphosent en pièces uniques de décoration et en œuvres d’art. Biochimiste de formation, passionnée de créativité et d’innovation, Édith Liliane Babo , Biochimiste, s’impose aujourd’hui comme une figure montante du recyclage artistique en Côte d’Ivoire. Rencontre avec une femme qui a fait du respect de l’environnement et de la beauté des choses simples son combat quotidien.

Vous avez grandi dans un environnement où la propreté était une véritable discipline, à l’école comme à la maison. En quoi cette éducation a-t-elle façonné votre rapport à l’environnement et aux déchets ?

Cette éducation m’a donné une conscience très tôt : la propreté est une responsabilité, pas un luxe. Elle a fait de moi une personne qui respecte l’environnement et qui comprend qu’un cadre de vie sain influence directement notre bien-être.

Enfant, vous et vos frères faisiez déjà des “collectes d’ordures”. Avec le recul, voyez-vous cela comme une initiation naturelle au recyclage ?

Oui, totalement. Nous rentrions souvent avec des papiers ou sachets ramassés sur le chemin. Sur le moment, cela paraissait banal, mais c’était déjà une initiation. Ma mère disait : « La personne propre n’est pas celle qui évite la saleté, mais celle qui s’en occupe pour qu’elle disparaisse. » Cette phrase a façonné ma vision de la propreté et du recyclage.

Avant de vous lancer dans le recyclage artistique, quelle image aviez-vous des déchets comme les pneus ou les plastiques abandonnés ?

J’avais surtout un sentiment de frustration. Voir ces déchets joncher les rues me mettait en colère. Je me sentais impuissante face à leur présence, sans savoir encore comment agir.

Vous évoquez une vidéo YouTube qui a été une révélation. Pouvez-vous nous raconter ce moment déclencheur ?

En découvrant cette vidéo, j’ai eu un véritable déclic. J’ai eu l’impression qu’on me montrait une mission que j’avais à accomplir dans cette vie. J’étais fascinée, comme un enfant devant son nouveau jouet.

Pourquoi avoir choisi la voie artistique plutôt qu’un recyclage industriel ou scientifique ?

Parce que c’était accessible avec les moyens du bord. Mais aussi parce que l’art a cette magie : transformer un objet destiné à la poubelle en pièce décorative, c’est une petite revanche de la vie. Comme on dit, tout peut avoir une seconde vie.

Vos études en biochimie et vos autres formations vous servent-elles dans ce projet ?

Bien sûr. La biochimie m’a appris une règle scientifique : « Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme. » Mon travail en est la preuve vivante. Le marketing m’aide à convaincre et à vendre, la comptabilité à gérer mes finances, et l’informatique à concevoir et présenter mes projets.

Parmi les matériaux que vous recyclez, lesquels préférez-vous travailler ?

Le tissu, sans hésiter. Parce qu’une fois transformé, il ne ressemble plus du tout à ce qu’il était au départ. J’adore la surprise des gens quand je leur dis qu’un vase ou un bijou vient d’un vieux t-shirt.

Avez-vous déjà réussi à sublimer un objet que vous pensiez impossible à recycler ?

Oui, les tissus et les capsules de café. J’avais des doutes au départ, mais finalement, ils sont devenus la base de certaines de mes plus belles créations.

Avez-vous une “signature artistique” ?

On me reconnaît surtout à travers mes bijoux réalisés à partir de capsules. Une anecdote : une de mes mamans a vu une chanteuse porter l’une de mes créations à la télévision. Elle m’a tout de suite dit : « Je reconnais ta main, ma fille. » Et elle avait raison.

Comment s’organise votre travail ?

Cela dépend. Pour les pneus, je repère d’abord, puis j’organise une collecte. Ce n’est pas toujours facile car les transporteurs refusent parfois de les embarquer. Pour les capsules, ce sont mes amies qui les collectent dans leurs services. J’ai fini par contaminer mon entourage avec ma “folie”.

Travaillez-vous seule ou avec une équipe ?

Pour l’instant je travaille seule, mais il m’arrive de sous-traiter quand les projets sont trop lourds.

Quelles sont les principales difficultés que vous rencontrez ?

L’espace d’abord : je transforme ma maison en atelier. L’approvisionnement ensuite, surtout pour les pneus. Mais la difficulté majeure, c’est le financement. Le matériel coûte cher, et beaucoup de gens sous-estiment la valeur de l’artisanat. Ma perceuse est même tombée en panne et je n’ai pas encore pu la réparer. Je dois en louer, ce qui augmente mes charges et réduit mes marges.

Comment conciliez-vous beauté des œuvres et sensibilisation environnementale ?

L’œuvre se suffit à elle-même pour sensibiliser. Quand une personne voit qu’un vase élégant vient d’un vieux t-shirt, elle change de regard sur ses déchets. Parfois même, des passants intrigués m’abordent quand je récupère des pneus, et repartent convaincus.

Vous préparez un événement en décembre. De quoi s’agit-il ?

Cela fait près de cinq ans que je travaille dans l’ombre. Aujourd’hui, je veux présenter mes créations au grand public avec plus de visibilité. Je veux que les gens voient que nous aussi, à notre niveau, nous œuvrons pour la protection de l’environnement. Mes œuvres ont leur place dans des foyers, des bureaux, des espaces publics, en Côte d’Ivoire et pourquoi pas ailleurs.

Un dernier mot ?

L’environnement est notre bien commun. Le préserver, c’est protéger notre avenir. J’ai choisi le recyclage pour contribuer à cette cause. Que Dieu bénisse ma chère patrie, la Côte d’Ivoire.

Par Florence EDIE

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