Alors que la Côte d’Ivoire entre dans une année électorale décisive, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) a réuni les 29 et 30 septembre au Seen Hôtel, Plateau (Abidjan), une trentaine de représentants d’organisations de la société civile (OSC) pour un atelier de renforcement des capacités. Objectif : outiller ces acteurs de terrain pour faire face aux menaces informationnelles et aux dérives verbales qui minent trop souvent les campagnes électorales.
Au cœur de cette initiative, la lutte contre la désinformation, les discours de haine et les propos indécents, autant de phénomènes qui alimentent la méfiance, polarisent les opinions et fragilisent les processus démocratiques.

Dans un contexte régional où les processus électoraux sont souvent marqués par la tension, la désinformation virale et les attaques verbales entre acteurs politiques, la Cedeao entend renforcer les OSC pour qu’elles jouent un rôle de bouclier démocratique, en informant, éduquant et sensibilisant les citoyens.
« Les OSC ne sont pas de simples observateurs. Elles doivent être des actrices actives dans la défense de l’espace public, contre la manipulation et la haine », souligne Hamadou Tidiane Sy, journaliste et formateur, directeur de l’E-jicom et fondateur de Ouestaf News, lors de l’une des sessions.
Il a notamment insisté sur le travail de fond que les organisations de la société civile doivent mener en amont des élections, pour contribuer à créer un environnement propice à des scrutins paisibles et crédibles.
« La responsabilité commence avant la campagne. Il faut éduquer les électeurs, alerter sur les dérives, et promouvoir un débat respectueux, basé sur les idées » ajoute t-il.

L’atelier a mis l’accent sur des outils concrets. Notamment les techniques de vérification de l’information (fact-checking), identification des contenus toxiques sur les réseaux sociaux, méthodes de réaction face aux discours de haine ou aux propos indécents proférés par des leaders politiques ou relais communautaires.
Sulemana Braimah, directeur exécutif de la Media Foundation for West Africa (MFWA), a dirigé les modules sur la surveillance des médias et la régulation des plateformes numériques en période électorale.
« La désinformation est devenue une arme politique. Et ce sont souvent les populations les plus vulnérables qui en paient le prix. Les OSC ont le devoir de démystifier ces infox et de défendre la vérité, même quand cela dérange », averti-t-il.
Il a également encouragé les OSC à documenter et dénoncer publiquement les acteurs des propos haineux et les violences verbales, y compris dans les discours de campagne.
Présent tout au long de l’atelier, Ebenezer Asiedu, représentant de la Commission de la Cedeao, a réaffirmé la volonté de l’institution de faire de la société civile un partenaire-clé dans la construction de démocraties solides.
« Nous savons que les discours haineux ont souvent servi d’amorce aux violences électorales. La CEDEAO prend cela très au sérieux. Notre ambition est d’équiper les OSC pour qu’elles deviennent des remparts contre ces dérives », dit-t-il.
L’atelier s’inscrit dans une série d’initiatives régionales visant à garantir des élections transparentes, pacifiques et inclusives dans les États membres.
À la fin de la formation, plusieurs OSC ont annoncé leur intention de créer une cellule de veille contre la désinformation et les discours de haine, en lien avec les autorités électorales et les médias locaux. L’objectif : détecter rapidement les signaux de crise informationnelle et agir à temps.
« Trop de campagnes politiques sont basées sur la peur, l’insulte ou la rumeur. Il est temps que la société civile impose un autre ton : celui du respect et de la vérité », a estimé Florence Edie, présidente du Réseau des acteurs des médias pour l’intégrité des élections et la bonne gouvernance (RAMI2E).

Soulignons que les campagnes électorales deviennent de plus en plus numériques et médiatisées, le rôle des OSC dans la gestion de l’information et la prévention des tensions est plus crucial que jamais. Grâce à cette initiative de la Cedeao, la société civile ivoirienne se prépare à assumer pleinement sa responsabilité : défendre la démocratie, une information à la fois.
Florence EDIE