Dans son atelier bordé par la mer à Accra, Nagila Opiangah pose sa main sur une toile où le brun, le vert et un bleu discret se répondent. Elle ne dessine pas seulement des formes : elle rend visible la présence de femmes noires, nues, regardant le spectateur sans compromis.
« Aborder la nudité féminine est un acte rebelle », dit-elle, « compte tenu de mes origines, de mon éducation, de la communauté à laquelle je belongs ».

À 31 ans, l’artiste gabonaise a transformé ce qui n’était qu’un passe‑temps autodidacte en une carrière affirmée. Après avoir quitté le Gabon à 18 ans pour étudier l’architecture à Chicago, elle a travaillé pour un cabinet new‑yorkais avant de rejoindre le monde de l’art noir et diasporique via la communauté ARTNOIR. C’est là, entourée d’artistes, de collectionneurs et de mécènes, qu’elle a trouvé le réconfort et les opportunités qui manquaient en Afrique centrale.
« Dans son pays natal, l’art est considéré comme inutile », soupire‑telle.
Sa rencontre avec Amoako Boafo, peintre ghanéen, a consolidé son statut. Depuis, des personnalités comme Zendaya, le styliste Law Roach qui a porté au Met Gala une veste peinte par Opiangah, et Chance the Rapper s’intéressent à ses œuvres. Avec Chance, elle a même créé « Child of God », un clip où elle peint une immense toile inspirée par la chanson ; l’œuvre a été exposée au Musée d’art contemporain de Chicago.
« Quand on parle du développement de l’Afrique, il faut aussi réfléchir à la manière dont nous préservons notre identité », affirme Opiangah.

Elle voit dans la pudeur imposée par les puissances coloniales du XIXᵉ siècle la source d’un héritage qui a sexualisé à outrance le corps de la femme africaine.
« Nous n’avions pas une relation aussi sexualisée avec le corps humain avant d’être contraints de nous couvrir », dit‑elle.
Sa peinture, entre figuratif et abstrait, est une réponse à cet héritage : regarder le corps tel qu’il est, sans honte.
« Si je suis là aujourd’hui, c’est parce que j’ai su saisir les occasions », conclut Opiangah.
« Pour une femme africaine, la confiance en soi est une denrée rare ».
Son portrait, à travers ses tableaux, n’est pas seulement celui d’une femme noire : c’est celui d’une génération qui choisit de vivre, pas seulement de survivre.
Florence EDIE