L’écrivain et ancien ministre sénégalais Cheikh Hamidou Kane est décédé samedi soir à Dakar, à l’âge de 98 ans. Avec « L’Aventure ambiguë », publié en 1961, il avait offert à plusieurs générations de lecteurs africains une œuvre majeure sur l’identité, la transmission du savoir et la rencontre entre les cultures.
Une grande voix de la littérature africaine vient de s’éteindre. Cheikh Hamidou Kane est mort samedi soir à Dakar, à 98 ans. La disparition de l’auteur de L’Aventure ambiguë a été annoncée par plusieurs médias sénégalais et confirmée par le président de la République, Bassirou Diomaye Faye.
« J’ai appris avec une profonde tristesse le rappel à Dieu de Cheikh Hamidou Kane », a écrit le chef de l’État sénégalais sur Facebook.
Né le 2 avril 1928 à Matam, dans le nord-est du Sénégal, Cheikh Hamidou Kane a grandi au croisement de deux univers : l’enseignement coranique et l’école française. Cette double formation, entre culture islamique et éducation occidentale, nourrira profondément sa pensée et son œuvre littéraire.
C’est de cette tension entre deux mondes que naîtra L’Aventure ambiguë. Publié en 1961, le roman raconte le parcours de Samba Diallo, jeune homme issu du pays des Diallobé confronté à l’enseignement occidental et aux bouleversements qu’il provoque dans son rapport à sa foi, à sa culture et à son identité.
Bien plus qu’un récit d’apprentissage, le livre pose une question qui demeure actuelle : comment aller à la rencontre du monde et de ses savoirs sans renoncer à ce qui fonde son identité ?
Cette interrogation a contribué à faire de L’Aventure ambiguë un classique de la littérature africaine. Traduit dans une quarantaine de langues, le roman a reçu en 1962 le Grand Prix littéraire d’Afrique noire. Au fil des décennies, il s’est imposé dans les programmes scolaires et universitaires de nombreux pays africains.
Pour Bassirou Diomaye Faye, l’écrivain avait su donner à des générations d’Africains les mots pour penser une question qui nous habite encore, celle de s’ouvrir au savoir du monde sans rien perdre de ce que nous sommes .
Cheikh Hamidou Kane n’a pas consacré sa vie uniquement aux lettres. Haut fonctionnaire, il a également exercé plusieurs responsabilités au sein de l’administration sénégalaise. Il a notamment été gouverneur de Thiès avant de devenir ministre du Plan et de la Coopération dans les années 1980.
Cette double trajectoire, entre réflexion intellectuelle et service public, a marqué son parcours. Pour le président Faye, l’écrivain a également servi le Sénégal avec dévouement .
À l’annonce de sa disparition, les hommages se sont multipliés. L’ancien Premier ministre Ousmane Sonko a salué la mémoire d’une voix majeure de la littérature et de la pensée sénégalaises. L’ancien président Macky Sall a, lui, rendu hommage à son engagement intellectuel et à son parcours au service de l’État.
L’université Cheikh-Anta-Diop de Dakar a également souligné l’ampleur de son héritage. À travers son œuvre et sa pensée, Cheikh Hamidou Kane laisse, selon l’institution, un héritage intellectuel et culturel majeur , appelé à continuer de nourrir la réflexion des lecteurs, des étudiants et des chercheurs.
À 98 ans, l’écrivain s’en va, mais la question posée par L’Aventure ambiguë demeure. Entre tradition et modernité, enracinement et ouverture, identité et altérité, Cheikh Hamidou Kane aura surtout appris à plusieurs générations que le dialogue avec le monde n’implique pas nécessairement de renoncer à soi.
Son œuvre, désormais inscrite dans le patrimoine littéraire africain, continuera de porter cette interrogation bien au-delà de sa disparition.
Florence EDIE