Bénin/ Restitutions de biens patrimoniaux : un défi muséal en marche, 35 nouvelles œuvres réclamées.

C’est un secret de polichinelle. En Afrique, il faut bien des biens culturels, des objets patrimoniaux pour étayer les histoires et les contes racontés à ses enfants, seules preuves irréfutables d’un monde ancien au bout duquel la nouvelle génération peut tisser son identité et asseoir ses repères.

Le président de la République du Bénin, Romuald Wadagni, a demandé à son homologue français, Emmanuel Macron, la rétrocession de 35 biens culturels et documents historiques, frauduleusement arrachés à leur ancienne colonie.

La requête a été formulée, le lundi 5 octobre, en marge de la visite officielle du premier magistrat béninois en Hexagone, informe africanews.

Cette restitution vient en complément d’une première historique qui a défrayé la chronique le 10 novembre 2021 avec 26 œuvres restituées sous la présidence de son prédécesseur, Patrice Talon.

Ce mouvement de retour sur la terre africaine de trésors pillés qui ornent les vitrines des musées et autres galeries des villes européennes n’est pas un cas isolé. Il intervient dans une dynamique continentale où plusieurs pays africains, à l’instar du Ghana, du Sénégal, de la Côte d’Ivoire, de l’Éthiopie, de la République démocratique du Congo, pour ne citer que ceux-là, ont déjà eu gain de cause après des réclamations.

Pour rappel, les autorités françaises, par la LOI n° 2026-351 du 9 mai 2026 relative à la restitution de biens culturels ayant fait l’objet d’une appropriation illicite , ont assoupli les tracasseries administratives, évitant ainsi le vote de lois spécifiques pour chaque cas de rapatriement de biens.                                                                                                       

Les pièces emblématiques dans le lot des 35 biens culturels

L’ensemble exceptionnel de 35 objets précieux réunit le trône d’apparat du souverain Toffa, une pièce majeure originaire de la cité de Porto-Novo, ainsi que l’effigie sculptée de Gou, célèbre emblème de la métallurgie et des combats, issue de l’ancien royaume du Dahomey. S’y ajoutent le plateau divinatoire de Guèdègbé, un instrument liturgique de premier plan associé au guide suprême de la géomancie Fâ, et les battants du palais de Kétou, de remarquables boiseries ciselées provenant de cette même localité.

Qu’est-il arrivé aux 26 œuvres restituées au Bénin ?

Selon la plateforme du gouvernement presidence.bj, officiellement transférées à la République du Bénin en novembre 2021, les 26 œuvres du trésor royal d’Abomey, sont désormais pleinement intégrées au patrimoine culturel national, sous un régime juridique qui les rend inaliénables et insaisissables.

 Dès leur arrivée, après une période d’acclimatation essentielle, elles ont été dévoilées au public à Cotonou lors de l’exposition phare ‘’Art du Bénin d’hier et d’aujourd’hui : de la restitution à la révélation’’, inaugurée en mars 2022 au palais de la Marina.

À la fermeture de cet événement, les pièces royales ont été soigneusement mises en caisse dans l’attente de rejoindre leur écrin définitif : le Musée des Rois et des Amazones du Danxomè (MuRAD) à Abomey. Les retards accumulés dans la construction de cette infrastructure culturelle majeure ont d’ailleurs suscité plusieurs vagues de critiques au cours de l’année 2024.

Avec la récupération par le Bénin du Kataklè, un siège royal historique conservé jusqu’alors en Finlande et considéré comme la 27ᵉ pièce du trésor, l’actualité des trésors royaux s’est toutefois accélérée en mai 2025. Les autorités béninoises ont annoncé que cette pièce rejoindrait les 26 autres et que l’ensemble de ces 27 trésors sacrés serait définitivement réuni et exposé au sein du MuRAD.

Le Bénin peut bien conserver ses trésors : la preuve

En amont de la restitution historique de ses trésors, le gouvernement béninois a engagé une ambitieuse politique culturelle en annonçant l’accélération de six grands programmes muséaux à travers le pays, informe la même source gouvernementale. Ces projets d’envergure visent à moderniser les infrastructures nationales et à offrir des écrins d’exception au patrimoine national, qu’il soit historique, mémoriel ou contemporain.

Au cœur de cette dynamique, la ville d’Abomey se prépare à accueillir les trésors royaux restitués grâce à la construction du Musée des Rois et des Amazones du Danxomè (MuRAD) et à la réhabilitation complète du complexe des palais royaux. Parallèlement, le pouvoir royal est également mis à l’honneur à Nikki avec la modernisation de son palais et l’aménagement d’un espace muséal dédié, complétés par de nouvelles infrastructures.

À Ouidah, la réhabilitation du Fort portugais et l’essor du Musée international de la Mémoire et de l’Esclavage (MIME) s’inscrivent dans une vaste dynamique de reconstruction de la cité historique.

De son côté, la capitale Porto-Novo affirme sa dimension patrimoniale avec le chantier du Musée international du Vodun conjugué à la rénovation profonde de ses institutions emblématiques, le Musée ethnographique Alexandre Sènou Adandé et le musée Honmè.

 Enfin, Cotonou complète ce maillage culturel national en se tournant vers l’avenir grâce au projet d’un grand musée d’Art contemporain.

Izaya.E

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