L’artisanat ivoirien a des mains, des idées et des produits. Ce qui lui manque parfois, ce sont des débouchés, des financements et une organisation capable de transformer un talent en activité rentable. C’est précisément le pari du gouvernement avec la 7e édition du Marché ivoirien de l’artisanat (Miva), lancée le mardi 20 octobre 2026 à Abidjan.
Prévu du 29 avril au 4 mai 2027 au Parc des Expositions d’Abidjan, le rendez-vous portera le thème : ‘’ On peut vivre de l’artisanat ‘’ . Une formule volontairement directe, qui place la question du revenu au centre du débat.
Pendant longtemps, l’artisanat a été présenté comme un secteur de proximité, utile mais peu structuré. Or les chiffres avancés lors du lancement racontent une autre histoire : près de 30% de la population active y travaille et le secteur pèse 19,5% dans le produit intérieur brut.
Le ministre du Commerce, de l’Industrie et de l’Artisanat, Kalil Konaté, veut donc changer de regard. Pour lui, le Miva ne doit pas se limiter à exposer des objets pendant quelques jours. Il doit permettre aux artisans de trouver des clients, des partenaires et des perspectives concrètes de développement.
« La réussite du Miva ne se mesurera pas uniquement au nombre d’exposants ou de visiteurs, mais surtout aux partenariats noués, aux marchés conquis et aux perspectives économiques ouvertes aux artisans », a-t-il affirmé.
Former, équiper, ouvrir des marchés
Derrière ce discours, l’État avance déjà sur plusieurs fronts. Entre 2012 et 2023, 30 450 artisans ont bénéficié de formations. Parallèlement, plus de 800 hectares de réserves foncières ont été recensés dans 29 chefs-lieux de région en vue de l’installation d’infrastructures dédiées aux métiers artisanaux.
Le Village artisanal de Grand-Bassam et la casse moderne de N’Dotré font partie des projets présentés comme des étapes de cette politique. L’objectif est de donner aux artisans des espaces de production, de vente et de visibilité, plutôt que de les laisser travailler dans des conditions souvent précaires.
Le Miva 2027 devra compléter ces efforts en mettant en relation directe les producteurs avec les acheteurs, les institutions financières et les opérateurs économiques. Car un artisan peut maîtriser parfaitement son geste : sans accès au marché, son savoir-faire peine à devenir un revenu régulier.
Faire remonter les talents des régions
Le commissaire général du Miva, Dr Yao Sylvère Konan, a annoncé deux axes forts pour cette édition : une place plus grande accordée aux conseils régionaux et une digitalisation accrue du secteur.
Cette orientation vise à corriger un déséquilibre bien connu : les grands rendez-vous économiques se concentrent souvent à Abidjan, alors que l’essentiel des savoir-faire se trouve dans les localités. En associant les conseils régionaux, les organisateurs veulent identifier les artisans de proximité, valoriser leurs productions et leur ouvrir l’accès aux marchés nationaux.
Le numérique, lui, doit offrir aux artisans un canal supplémentaire de vente et de promotion. Présenter ses produits en ligne, recevoir des commandes, se faire connaître au-delà de son quartier ou de son village : autant de possibilités qui peuvent changer l’échelle d’une petite activité.
Une vitrine tournée vers l’Afrique
Le président de la Chambre nationale de métiers de Côte d’Ivoire, Bamba Kassoum, a insisté sur la nécessité de faire de cette édition un espace de valorisation des compétences et de consolidation des partenariats.
« La 7e édition du Miva doit être celle de la valorisation de nos talents, du renforcement de nos partenariats et de la promotion d’un artisanat créateur de richesse et d’emplois », a-t-il expliqué.
Le salon entend aussi regarder au-delà des frontières. La Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf) offre un potentiel important aux produits artisanaux, à condition que les entreprises puissent répondre aux exigences de qualité, de volume et de régularité. Le Cameroun et l’Algérie ont déjà été invités à participer à l’édition 2027, après leur présence remarquée au Salon international de l’artisanat du Cameroun.
La cérémonie de lancement, qui a réuni le président du Cesec, Eugène Aka Aouélé, des membres du gouvernement et des diplomates, a donné le ton. Mais l’essentiel reste à venir : préparer les artisans, organiser les rencontres d’affaires, accompagner l’accès au crédit et suivre les engagements pris pendant le salon.
Dans six mois, le Miva 2027 devra prouver qu’un marché de l’artisanat peut faire plus que célébrer la créativité. Il devra aider des tisserands, des sculpteurs, des bijoutiers, des transformateurs et des créateurs à vendre davantage, à mieux produire et, enfin, à vivre décemment de leur métier.
Amy N’DIAYE