Abidjan s’agite, les gares débordent, les valises s’entassent. Un seul mot d’ordre, rentrer au village. Comme chaque année, à l’approche de Pâques, la fièvre de Paquinou s’empare des cœurs et des routes. Plus qu’une fête, un véritable retour aux racines.
La fête de Paquinou 2025 approche à grands pas, et avec elle, son cortège d’effervescence, de préparatifs, mais aussi de polémiques. Dans le district d’Abidjan comme dans les villages du « V » Baoulé, l’heure est à l’agitation : les gares routières sont bondées, les dépôts de boissons tournent à plein régime, et chacun cherche un prétexte parfois fallacieux pour retourner coûte que coûte au village. Mensonges, faux décès ou certificats médicaux de complaisance sont monnaie courante. Les employeurs sont prévenus.

« Paquinou », un retour aux sources… ou aux plaisirs ?
Dans l’esprit baoulé, Paquinou est bien plus qu’une simple célébration pascale. C’est un moment de retrouvailles, de communion familiale et communautaire, marqué par des réflexions sur le développement des villages, mais aussi, avouons-le, par des excès bien connus. Sexe, alcool et viande de brousse sont au rendez-vous, au grand dam de ceux qui y voyaient un temps de spiritualité.
« Je suis obligée d’y aller. Chez nous, si tu n’as pas été “lavée” et que tu tombes enceinte, ce n’est pas bon pour ta famille », confie Ahou Pauline, servante à Angré. Elle rit, mais son attachement à cette tradition est bien réel.
Pour Yao Sébastien, président de mutuelle, « Pâques ne se célèbre pas à Abidjan. Le village, c’est l’air frais, les anciens, et surtout un temps pour faire avancer notre communauté ».

Sexe, alcool et excès : les autres visages de la fête
Perçue ailleurs comme une fête chrétienne de repentance, Paquinou se vit dans le centre ivoirien sous un tout autre jour. Les réjouissances sont parfois marquées par des comportements débridés. Séduction, infidélité, consommation abusive d’alcool, et même suspicion de sorcellerie ou d’empoisonnement font partie des récits transmis. Les jeunes filles rivalisent d’élégance, la musique bat son plein, et la viande de brousse trône fièrement dans les assiettes : agouti, porc-épic, biche, tout y passe.
Les brunchs de Paquinou : une révolution festive et identitaire
Mais Paquinou 2025, c’est aussi une renaissance. Loin des clichés, une nouvelle tendance s’impose. Celle des brunchs de Paquinou, désormais incontournables dans les villes comme Bouaké, Yamoussoukro, Didiévi ou Abidjan.

À mi-chemin entre modernité et tradition, ces brunchs offrent une scène d’expression à une jeunesse désireuse de conjuguer identité culturelle et lifestyle urbain. Gastronomie revisitée, networking, musique live, défilés de mode, et parfois même expositions culturelles et conférences… Chaque événement devient un terrain d’expression créatif et communautaire.
« Aujourd’hui, on célèbre notre culture à notre façon. Le brunch, c’est notre fierté, notre modernité », explique Joëlle Kouadio, co-organisatrice du “Brunch N’Zi Chic” à Bocanda.
Ce phénomène n’est pas sans retombées économiques. DJ, traiteurs, couturiers, stylistes, moto-taximen, photographes… tout un écosystème local en profite. À Didiévi, le brunch “Saveurs & Racines” a fait sensation avec des recettes de grand-mère modernisées, mettant à l’honneur la richesse culinaire baoulé.
Des couturières comme Célestine Kouamé voient leur chiffre d’affaires tripler durant la période : « Les jeunes veulent des tenues stylées mais symboliques. C’est valorisant pour nous ».
Plus que des fêtes, des espaces d’engagement
De nombreux brunchs ont également intégré une dimension sociale et culturelle. Expositions, débats, bal poussière etc. . Une manière de revendiquer une identité baoulé moderne, ancrée dans l’héritage mais résolument tournée vers l’avenir.
Comme le dit Boris Amani, animateur du “Paquinou Elite” à Yamoussoukro.
« Ce n’est pas qu’un moment festif. C’est un lieu de transmission, d’inspiration, et de création ».
Paquinou, dérivée de la fête chrétienne de Pâques, dépasse le cadre religieux pour devenir un véritable rituel identitaire et communautaire. Son importance ne se limite pas à la communauté baoulé, elle est aussi un levier pour promouvoir l’unité nationale et le respect des diversités culturelles en Côte d’Ivoire.
Florence EDIE
(Ph d’archives)
Chiffres clés des brunchs Paquinou 2025
Plus de 60 brunchs organisés dans le pays
Entre 300 et 2 000 participants par événement
Plus de 1 000 emplois temporaires générés
50 % des événements ont intégré une initiative culturelle ou sociale
F. Edie