Derrière les murs des établissements scolaires ivoiriens, un mal profond se propage en silence. Surmenage, précarité, isolement… Des milliers d’élèves vivent une scolarité marquée par la détresse mentale et le manque de suivi. Face à cette réalité trop souvent ignorée, la jeunesse étudiante catholique de Côte d’Ivoire (JEC-CI) se positionne comme vigie citoyenne, actrice de terrain et force de proposition.
Le mercredi 25 juin 2025, au centre de recherche et d’action pour la paix (CERAP) à Cocody, la JEC-CI a présenté le bilan du rapports partiels de ses actions éducatives, sociales et citoyennes menées durant l’année scolaire 2024-2025, en présence de représentants de l’église catholique, du ministère de l’éducation nationale et bien d’autres.
« Nous sommes témoins d’une réalité que beaucoup préfèrent ignorer : l’école ivoirienne ne protège plus toujours ses élèves. Il faut parler, il faut agir » confie Estelle Sialou Yao, responsable nationale de la JEC-CI.
Avant de rappeler qu’entre novembre 2024 et avril 2025, la JEC-CI a mené une vaste campagne nationale de sensibilisation dans dix diocèses, autour du thème :« Pour une jeunesse engagée, Jécistes de Côte d’Ivoire, combattons les dépendances et favorisons un équilibre mental. »

À travers des ateliers, des causeries éducatives, des formations et des rencontres, plus de 24 000 élèves, dont 4 400 jeunes filles, ont été sensibilisés. Les témoignages recueillis dressent un tableau préoccupant : élèves en détresse, classes surchargées, enseignants démotivés, écoles sans infrastructures adéquates.
Quant à Sophie Dao, secrétaire générale adjointe et responsable de l’activité fille s’est plutôt penché sur les rencontres menées sur le terrain.
« Nous avons rencontré des jeunes qui ne parlent à personne, qui dorment à peine, qui consomment des substances en cachette pour tenir la journée. Il ne s’agit plus seulement de réussite scolaire, mais de dignité humaine » dit-elle.
A son tour, le père Franck Herman Soko, aumônier national de la JEC-CI, a dressé un constat sur les dysfonctionnements du système éducatif.
Dans son discours, Il n’a pas manqué de dénoncer des écoles sans espaces viables, parfois installées dans des résidences meublées, des classes à effectifs pléthoriques, parfois jusqu’à 80 élève. Un personnel social insuffisant, avec parfois deux éducateurs pour des milliers d’élèves. Des enseignants du privé impayés pendant plusieurs mois, malgré leur rôle essentiel dans l’organisation des examens.
« Nous voyons des élèves quitter leur maison à 5h du matin, entassés dans des bus, pour suivre des cours dans des écoles sans préau, sans bibliothèque. C’est indigne d’une nation qui prétend vouloir former ses citoyens », dénonce-t-il avec gravité.
Malgré ces conditions alarmantes, la JEC-CI a redoublé d’efforts pour soutenir, former et responsabiliser les jeunes. L’activité spécifique dédiée aux filles, menée sous le thème : « Jeune fille, quelles attitudes adopter pour ton bien-être ? », a permis d’ouvrir des espaces de parole sur la santé mentale, l’estime de soi, la lutte contre les abus et l’usage responsable des réseaux sociaux.
« Nos chiffres ont doublé cette année. La jeunesse veut s’engager, à condition qu’on lui en donne les moyens » précise Dao Sophie.
Au terme de cette rencontre de bilan, la JEC-CI a lancé un appel fort au gouvernement et à ses partenaires, avec plusieurs recommandations concrètes : Renforcer les équipes éducatives et psychosociales. Instaurer des cellules d’écoute et de soutien psychologique dans les écoles etc…
Amy N’DIAYE