Sans un traitement audacieux de la dette publique, tous les plans de redressement risquent de n’être que des mirages. À l’heure où les États africains peinent à relancer leurs économies, il est impératif de dire les choses clairement : on ne peut pas redresser durablement sans toucher à la question de l’endettement.
Certes, des efforts internes sont nécessaires. Réduire les dépenses, optimiser les recettes, lutter contre les gaspillages : tout cela est indispensable. Mais ces mesures, à elles seules, ne suffiront pas à restaurer les équilibres budgétaires. La réalité est simple : les marges de manœuvre sont étouffées par le poids des échéances à venir.
Dès lors, il faut remettre la question de la restructuration de la dette au centre des discussions. Car continuer à refinancer, c’est-à-dire s’endetter à nouveau à des conditions plus favorables pour faire face à des échéances arrivées à maturité, n’est pas un cycle économiquement vertueux. C’est une fuite en avant.
Ce mécanisme de refinancement perpétuel, aussi séduisant soit-il à court terme, aggrave à long terme le surendettement actuel, tout en anéantissant progressivement les marges de manœuvre budgétaire des États. Il expose ainsi plusieurs pays au risque de défaut de paiement.
Dans ce contexte, la responsabilité des bailleurs doit être pleinement engagée. Ils ne peuvent rester en dehors des plans de redressement. Au contraire, ils doivent être mis à contribution, notamment par des mécanismes de restructuration coordonnés, adaptés aux réalités africaines et à l’urgence du moment.
Dès lors, espérer un redressement sans intégrer cette dimension relève de l’illusion. Les efforts internes sont nécessaires, mais ils doivent s’accompagner de solutions structurelles sur la dette. Il en va de la stabilité financière, de la crédibilité des États, et, in fine, de l’avenir des populations africaines.
J’en parle avec expérience : ayant servi au sein d’institutions multilatérales et participé à plusieurs opérations de restructuration, je sais que les mécanismes actuels doivent être revus en profondeur.
Des mesures concrètes doivent être engagées immédiatement dans le cadre d’une concertation communautaire au niveau de l’Uemoa
Abandon des pénalités de retard, qui ne font qu’aggraver mécaniquement les difficultés de remboursement sans résoudre les causes profondes de l’endettement.
Conversion des intérêts échus en capital dans les sociétés d’État. Cela permettrait aux bailleurs de fonds internationaux d’exercer un meilleur suivi sur la gouvernance de ces entités, tout en consolidant la viabilité financière du secteur public.
Gel temporaire des paiements pour offrir une respiration budgétaire et permettre aux pays d’investir massivement dans des secteurs productifs, seuls moteurs d’une relance économique durable.
Restructuration de la dette sur une durée beaucoup plus longue, avec, si possible, un renforcement des garanties, afin de rassurer les créanciers tout en donnant aux États un horizon clair et soutenable.
Magaye GAYE (Économiste international)