Au cimetière général de Port au Prince, la foule s’étire entre les tombes blanchies par le soleil. Les fidèles, vêtus de violet, chantent, dansent et prient pour les âmes parties. En ce jour des morts, Haïti célèbre Gede, l’esprit facétieux et redouté du vodou, gardien du passage vers l’au-delà.
Autour des sépultures, la vie reprend ses droits. Des femmes versent du café noir sur le sol en hommage aux défunts, tandis que d’autres déposent fruits, pain et poisson dans des bols en bois. Dans la fumée du rhum flambé, les chants se mêlent aux cris des tambours. Certains fidèles se frottent de piments et de rhum fort, gestes de ferveur et de dévotion censés plaire à Gede et attirer sa bénédiction.
Le vodou, né du brassage entre les traditions africaines et la religion catholique au temps de l’esclavage, demeure au cœur de l’identité haïtienne. Il incarne un lien indéfectible entre les vivants et les morts, mais aussi entre le passé et le présent d’un peuple résilient.
Cette année, la célébration résonne d’une intensité particulière. Port-au-Prince, en proie à la violence des gangs, vit sous tension permanente. Malgré l’insécurité et la misère, les fidèles affluents, portés par la conviction que la mémoire des ancêtres reste un rempart contre le désespoir.
« Les esprits nous protègent. Ils nous rappellent que nous appartenons à quelque chose de plus grand que la peur », confie un homme, tenant une bougie allumée près d’une tombe.
Au milieu du chaos, la fête de Gede devient bien plus qu’un rite : un cri de foi et de survie, une manière de rappeler que, même dans la mort, la vie continue à battre en Haïti.
Amy N’DIAYE