À Libreville, une fibre végétale longtemps associée aux traditions retrouve une nouvelle dimension dans l’univers de la mode. Le styliste gabonais Chouchou Lazare s’est imposé comme l’un des créateurs qui réinventent le raphia, en le transformant en pièces de haute couture capables de séduire bien au-delà des frontières du Gabon.
Bustiers structurés, jupes légères et silhouettes majestueuses : ses créations donnent une seconde vie à cette matière naturelle, autrefois utilisée principalement dans les cérémonies et les vêtements traditionnels. Pour le designer, le raphia gabonais possède des qualités uniques.
« Il est tissé très finement et mérite d’être montré au monde », explique-t-il.
Cette reconnaissance dépasse aujourd’hui le cadre national. Depuis le début des années 2000, Chouchou Lazare a attiré l’attention des professionnels de la mode. En 2002, il remporte notamment le premier prix du meilleur défilé lors de la Biennale internationale de design de Saint-Étienne, en France. Plus récemment, ses créations ont également été saluées à Paris lors du Fashion Annual Show, où il a reçu un prix récompensant son travail de valorisation de l’artisanat africain.
Au Gabon, ses collections ont aussi été présentées devant plusieurs personnalités, parmi lesquelles le président français Emmanuel Macron et le chef de l’État gabonais Brice Clotaire Oligui Nguema, lors d’un événement à Libreville.

Derrière ce parcours, il y a une histoire personnelle étroitement liée à la couture. Chouchou Lazare découvre très tôt cet univers en aidant sa mère dans son travail dès l’âge de neuf ans. Au lycée, il organise déjà son premier défilé de mode. Autodidacte, il n’a jamais fréquenté d’école de stylisme et apprend seul à travailler le raphia, une matière qu’il élève progressivement au rang de textile de luxe.
Ses créations rendent aussi hommage à son histoire familiale. Le styliste évoque souvent l’influence de sa mère et de sa grand-mère, qu’il décrit comme une figure majestueuse ayant inspiré l’élégance de ses silhouettes. Admirateur du couturier Karl Lagerfeld, il affirme avec humour : « Je n’ai pas d’âge, comme Karl ».
Au Gabon, le raphia possède une forte dimension culturelle et spirituelle. Jadis réservé aux chefs et aux élites, il reste présent lors de mariages ou de cérémonies liées au bwiti. Les motifs et les longueurs des tissus portaient autrefois des significations précises, parfois réalisées à partir d’écorce d’arbre.

Pour Chouchou Lazare, cette tradition ne doit pas être enfermée dans un cadre local. Il estime que le raphia peut séduire un public international et être porté par tous, quelle que soit l’origine.
Engagé dans la transmission de ce savoir-faire, il préside aujourd’hui l’Association des stylistes et créateurs du Gabon. À ce titre, il accompagne les jeunes talents et les encourage à s’ouvrir aux scènes internationales.
Parmi eux figure le styliste Oscar Ozimo, qui exerce depuis plus de vingt ans. Celui-ci affirme avoir beaucoup appris aux côtés de son mentor, notamment lors d’un défilé organisé à Paris.
« C’est une expérience très enrichissante pour moi d’avoir participé à cette aventure »,confie t-il à l’AFP.
Amy N’DIAYE