Hépatites en Côte d’Ivoire : 3,6 millions de porteurs et l’urgence d’une réponse politique à la hauteur du défi

La Côte d’Ivoire fait face à une urgence sanitaire silencieuse. Près de 8 % de la population générale, soit plus de 3,6 millions de personnes, seraient porteuses d’un marqueur de l’hépatite B, tandis que 4 % seraient concernées par l’hépatite C. Des chiffres alarmants révélés par le professeur Bathaix Fulgence Yao, président du réseau ivoirien de lutte contre les hépatites virales (RILHVi), qui appellent à une mobilisation accrue des décideurs publics.

Longtemps invisibles en raison de leur évolution souvent asymptomatique, les hépatites virales constituent pourtant une menace majeure. Elles peuvent entraîner de graves complications, notamment la cirrhose et le cancer du foie. Pour le professeur Yao Bathaix Fulgence, ces infections représentent aujourd’hui « le premier problème de santé publique » en Côte d’Ivoire, en raison de leur prévalence élevée et du faible niveau de prise en charge.

Le constat est préoccupant : moins de 4 % de la population aurait déjà bénéficié d’un dépistage, tandis que moins de 1 % des personnes infectées accèdent à un traitement. Une situation qui contraste avec les ambitions de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), qui vise l’élimination des hépatites virales comme menace de santé publique à l’horizon 2030.

Face à cette réalité, les spécialistes appellent à un changement d’échelle dans la stratégie nationale.

« Le dépistage est la seule issue », a insisté le président du RILHVi, plaidant pour une intensification des campagnes de sensibilisation, une meilleure accessibilité aux tests et une prise en charge plus large des patients.

Les facteurs de transmission sont multiples : contamination de la mère à l’enfant lors de l’accouchement, utilisation de matériels souillés, rapports sexuels non protégés, tatouages, scarifications ou encore transfusions sanguines insuffisamment sécurisées. Autant de situations qui nécessitent une réponse coordonnée impliquant le secteur sanitaire, mais aussi les acteurs sociaux et professionnels exposés.

Au-delà du volet médical, la lutte contre les hépatites pose désormais un défi politique et budgétaire.                                 Le RILHVi recommande notamment l’intégration systématique du dépistage dans les consultations prénatales, la vaccination gratuite des nouveau-nés contre l’hépatite B, le renforcement des capacités diagnostiques et une meilleure régulation des pratiques à risque dans certains secteurs comme la coiffure, l’esthétique ou le tatouage.

Les efforts engagés ces dernières années, campagnes d’information, formations du personnel de santé et opérations de dépistage ciblées auprès de certains groupes témoignent d’une dynamique positive. Mais face au nombre de personnes concernées, ces initiatives restent encore insuffisantes.

Pour franchir un cap, les autorités sanitaires devront désormais inscrire la lutte contre les hépatites parmi les priorités nationales de santé. Cela passe par une augmentation des financements, une politique d’accès aux antiviraux à coût abordable, une coordination renforcée entre institutions publiques, secteur privé et organisations de la société civile, ainsi qu’un programme national ambitieux de prévention.

L’alerte lancée par le RILHVi interpelle donc directement les décideurs : sans stratégie durable et financée, des millions d’Ivoiriens resteront exposés à une maladie évitable et traitable.

À l’occasion de la journée mondiale contre l’hépatite, le professeur Bathaix Fulgence Yao rappelle que la prévention demeure l’arme la plus efficace, notamment grâce au vaccin contre l’hépatite B, dont la protection peut durer plusieurs décennies. Mais pour transformer cette avancée scientifique en réalité sanitaire, la volonté politique devra désormais être au rendez-vous.

Avec plus de 3,6 millions de personnes concernées, la lutte contre les hépatites virales en Côte d’Ivoire n’est plus seulement une question médicale. Elle devient un impératif de santé publique et une responsabilité politique.

Florence EDIE

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