L’Afrique est jeune, mais cette jeunesse ne deviendra une richesse que si les États savent anticiper ses besoins et créer les conditions de son épanouissement. C’est tout l’enjeu de la rencontre organisée à Abidjan par la commission économique des Nations unies pour l’Afrique (CEA), avec l’appui de l’UNFPA. Du 7 au 9 septembre 2026, huit pays d’Afrique de l’ouest se retrouvent dans un hôtel du Plateau pour opérationnaliser une plateforme numérique destinée à suivre les progrès réalisés dans la mise en œuvre de la Feuille de Route de l’Union africaine sur la capture du dividende démographique.
La jeunesse africaine, une opportunité à ne pas manquer
La jeunesse est une formidable opportunité pour l’Afrique, à condition d’investir aujourd’hui dans son capital humain, sa santé, son éducation et son accès aux opportunités économiques. C’est dans cette logique que l’UNFPA accompagne les États africains dans leurs efforts pour mieux exploiter leur potentiel démographique.
Car derrière les statistiques se trouvent des millions de jeunes qui attendent des réponses concrètes : une école de qualité, des soins accessibles, une formation adaptée, un emploi décent, mais aussi la possibilité de participer pleinement au développement de leur pays.
Avec près de 1,5 milliard d’habitants aujourd’hui et une population qui pourrait atteindre 2,5 milliards en 2050, l’Afrique se trouve face à un tournant historique. Le continent dispose d’un réservoir de jeunes sans équivalent, mais le dividende démographique n’est pas automatique. Il se prépare.
C’est précisément cette préparation qui est au cœur de l’atelier régional qui se tient à Abidjan du 7 au 9 septembre 2026.
Faire parler les données pour mieux décider
Réunis dans un hôtel du Plateau, les experts et points focaux du Bénin, du Burkina Faso, de la Côte d’Ivoire, de la Guinée, du Mali, du Niger, du Sénégal et du Togo travaillent à la finalisation de la phase pilote et à l’opérationnalisation de la plateforme numérique de suivi.
L’outil doit permettre aux pays de mesurer les progrès réalisés autour des quatre piliers de la feuille de route de l’union africaine, mais également de comparer leurs expériences, de partager leurs bonnes pratiques et d’identifier les secteurs dans lesquels des efforts supplémentaires sont nécessaires.
Pour l’UNFPA, cette démarche répond à une nécessité : mieux connaître les populations pour mieux orienter les investissements qui leur sont destinés.
L’objectif est notamment de disposer d’informations suffisamment précises pour éclairer la décision publique et orienter les ressources vers des investissements ambitieux en faveur de la jeunesse.
Une plateforme qui veut rapprocher la donnée de la réalité
À l’ouverture des travaux, le ministre ivoirien du Plan et du Développement, Dr Souleymane Diarrassouba, a insisté sur la place stratégique des données dans la planification du développement.
Pour lui, les données démographiques et socio-économiques doivent désormais être considérées comme une véritable infrastructure stratégique.
« Il ne suffit plus de savoir combien d’habitants compte un pays. Il faut également connaître leur âge, leur lieu de résidence, leur niveau d’éducation, leur situation professionnelle, leur état de santé et leurs conditions de vie » explique-t-il.
Cette connaissance permet d’anticiper les besoins et de mieux cibler les politiques publiques.
Une école ne se construit pas seulement parce qu’une population augmente. Elle se construit là où les données montrent que les enfants seront plus nombreux demain. Un centre de santé ne doit pas seulement répondre à une urgence ; il doit pouvoir être pensé à partir de l’évolution démographique d’un territoire. C’est cette logique que la plateforme entend renforcer.

Huit pays pilotes, une même ambition
Pour Ngoné Diop, Directrice du Bureau sous-régional pour l’Afrique de l’ouest de la CEA, l’atelier constitue une étape importante dans le processus.
Les travaux doivent notamment permettre de renforcer les capacités des utilisateurs nationaux, de tester les fonctionnalités de la plateforme, de revoir et d’améliorer sa version actualisée et de formuler des recommandations pour les prochaines étapes de son déploiement.
L’enjeu est également de favoriser un apprentissage collectif entre les pays.
Le Bénin, le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, la Guinée, le Mali, le Niger, le Sénégal et le Togo n’ont pas nécessairement les mêmes réalités démographiques. Mais ils partagent une même problématique : comment transformer une population jeune et croissante en force économique et sociale ?
La Côte d’Ivoire veut capitaliser sur son expérience
Pays hôte de la rencontre, la Côte d’Ivoire a fait de la question démographique un élément important de sa stratégie de développement.
L’office national de la population (ONP), créé en 2012, joue notamment un rôle dans la coordination de la politique nationale de population et dans l’intégration des questions démographiques dans la planification.
Cette orientation a été renforcée en 2023 avec la consolidation des missions de l’Office, notamment en matière de gestion et d’exploitation des données de population, de suivi et d’analyse du dividende démographique.
Le Plan national de développement 2026-2030 accorde lui aussi une place importante au capital humain, aux compétences et à la création d’emplois décents. L’ambition affichée est notamment de faire progresser l’Indice de capital humain de 0,38 à 0,70 à l’horizon 2030.
De la plateforme numérique à l’intelligence artificielle
La rencontre d’Abidjan intervient également dans un contexte où les administrations africaines doivent apprendre à exploiter de nouvelles possibilités offertes par le numérique et l’intelligence artificielle.
La question n’est donc plus uniquement de collecter des données. Il faut pouvoir les croiser, les analyser et les transformer en informations directement utiles à la décision.
Les données sur l’éducation peuvent ainsi être rapprochées de celles relatives à l’emploi. Les indicateurs sanitaires peuvent être croisés avec les données démographiques. Les informations économiques peuvent permettre de mieux comprendre les territoires où les jeunes sont les plus nombreux et où les besoins en formation ou en emplois sont les plus importants.
Après les discours, place aux tests
Après la cérémonie d’ouverture, les participants ont entamé les travaux techniques avec la présentation de l’agenda CEA/UNFPA et l’examen des indicateurs et données nationales par les points focaux des différents pays.
La revue et l’amélioration de la plateforme de la CEA ont ensuite constitué une autre étape importante, avant une démonstration pratique de son utilisation.
Ces exercices doivent permettre aux utilisateurs de mieux maîtriser l’outil et surtout de vérifier qu’il répond aux réalités et aux besoins des administrations nationales.
Le dividende démographique ne se décrète pas
Au fond, l’enjeu de cette rencontre est moins technologique qu’humain.
Une plateforme, aussi performante soit-elle, ne créera pas d’emplois et ne construira pas d’écoles. Elle peut en revanche aider les décideurs à savoir où agir, sur qui agir et avec quels moyens.
C’est là que se trouve la véritable promesse du dividende démographique.
Si l’Afrique parvient à transformer ses données en décisions pertinentes, sa jeunesse pourrait devenir l’un de ses plus grands atouts économiques.
Mais si les données restent incomplètes, dispersées ou sous-utilisées, le continent risque de passer à côté d’une opportunité historique.
Pendant trois jours, Abidjan devient ainsi le point de convergence d’une ambition régionale : faire de la donnée un outil au service de la jeunesse et du développement.
Car le dividende démographique n’est pas seulement une question de chiffres. Derrière chaque indicateur se trouve une vie, derrière chaque statistique une génération et derrière chaque décision se dessine l’Afrique de demain.
Florence EDIE