Mostra de Venise : « Woman Unknown », la voix singulière de May el-Toukhy en compétition

À Venise, May el-Toukhy porte presque à elle seule la présence féminine derrière la caméra. La réalisatrice dano-égyptienne a présenté dimanche Woman Unknown, son nouveau long métrage, en compétition pour le Lion d’or de la Mostra.

Six ans après Queen of Hearts, drame qui lui avait valu une large reconnaissance, la cinéaste revient avec un film d’époque qui plonge le spectateur dans un Danemark marqué par les lendemains de la Seconde Guerre mondiale. Un moment de bascule où les repères sociaux vacillent et où les destins individuels se retrouvent rattrapés par l’Histoire.

Au centre du récit, Marie, interprétée par Mathilde Arcel, est une jeune femme qui tente de changer de vie. Employée comme nounou et femme de ménage, elle s’apprête à épouser Christian, un veuf plus âgé et aisé auprès duquel elle espère trouver une nouvelle place dans la société.

Mais cette ascension sociale repose sur un passé qu’elle voudrait laisser derrière elle. Durant l’occupation, Marie a vécu une relation avec un soldat allemand. À la Libération, cette histoire devient une menace. Dans une société qui cherche ses nouveaux repères, le passé de la jeune femme risque de compromettre la vie qu’elle tente de construire.

Avec Woman Unknown, May el-Toukhy s’intéresse ainsi moins aux grands récits militaires qu’aux conséquences intimes de la guerre. Son personnage principal évolue dans une société où les femmes doivent composer avec les bouleversements politiques, les jugements moraux et les rapports de pouvoir. Le film questionne notamment la possibilité de se reconstruire lorsque la société refuse d’oublier.

Le scénario a été écrit par May el-Toukhy avec Maren Louise Käehne, déjà associée à la réalisatrice sur Queen of Hearts. Le film est le fruit d’une coproduction entre le Danemark, la Suède et la Lettonie.

Sa présence à Venise intervient toutefois dans un contexte particulier. Woman Unknown est cette année le seul film réalisé par une femme parmi les œuvres retenues en compétition officielle. Une situation qui contraste fortement avec l’édition précédente, où six réalisatrices figuraient parmi les 21 cinéastes en lice. Alberto Barbera, directeur artistique de la Mostra, a lui-même reconnu un recul préoccupant, évoquant le niveau le plus bas enregistré ces dernières années.

La compétition n’en demeure pas moins relevée. Le jury chargé de départager les films est présidé par l’Américaine Maggie Gyllenhaal, cinéaste et actrice. À ses côtés figurent notamment la réalisatrice tunisienne Kaouther Ben Hania, le cinéaste français Xavier Giannoli, la réalisatrice afghane Shahrbanoo Sadat, le réalisateur hongkongais Johnnie To, ainsi que le compositeur britannique Daniel Blumberg et le spécialiste italien du cinéma Francesco Casetti.

Avec Woman Unknown, May el-Toukhy ne vient donc pas seulement défendre un film à Venise. Elle y porte aussi un regard de femme sur une période de l’histoire européenne où les frontières entre culpabilité, survie, réputation et reconstruction sont particulièrement fragiles. Reste désormais à savoir si cette histoire intime saura convaincre le jury et conduire la réalisatrice jusqu’au prestigieux Lion d’or.

Isaya. E

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