Près de deux semaines après la démolition d’une partie des aménagements de la promenade lagunaire, le député-maire du Plateau, Jacques Gabriel Ehouo, a laissé transparaître sa désolation. Face aux installations détruites, l’élu dénonce une opération menée, selon la mairie, sans concertation et s’interroge sur le sort réservé aux investissements réalisés par la commune.
Le décor a changé sur la berge lagunaire du Plateau. Là où la commune projetait d’installer de nouveaux espaces de loisirs et d’activités, des traces de démolition rappellent désormais l’intervention menée dans la nuit du 11 au 12 septembre 2026 par les services du District autonome d’Abidjan, selon la mairie. Oxy Park II, notamment, a été touché par cette opération.
Le Jeudi 24 septembre 2026, le député-maire de cette commune est revenu sur cette séquence devant la presse. Mais au-delà du différend entre administrations, c’est l’état des lieux et la perspective de voir disparaître des équipements financés par la collectivité qui semblent particulièrement affecter le député-maire.
« Comment lutter contre le désordre en cassant l’ordre ? », s’est-il interrogé, résumant en une formule son incompréhension face à une opération présentée par le District comme une action de libération, d’assainissement et d’aménagement de la baie lagunaire.
Pour la municipalité, la promenade lagunaire n’était pas un simple chantier. Elle s’inscrivait dans une vision plus large de transformation du Plateau en espace de vie, de loisirs et d’attractivité.
‘’ Oxy Park II’’ devait notamment accueillir un espace de restauration composé de douze enseignes. D’autres équipements étaient envisagés sur cette façade lagunaire, notamment des installations sportives et récréatives. La démolition est donc vécue par la mairie comme un coup porté à un projet urbain qu’elle affirme avoir engagé avec des ressources communales.
Devant la presse, Le deputé-maire, Jacques Ehouo n’a pas caché son amertume. Pour lui, détruire aujourd’hui des aménagements qu’il faudra demain reconstruire pose une question simple : qui paiera une seconde fois ?
La mairie affirme avoir investi plus d’un milliard de francs CFA dans la promenade lagunaire. La direction des Affaires juridiques de la commune soutient également que les destructions ont été officiellement constatées afin de préserver les droits de la collectivité.
« Ce sont les installations de tout le monde » explique-t-il.
Depuis les destructions, la municipalité dit avoir renforcé la présence de ses agents sur le site. Une cinquantaine de policiers municipaux seraient mobilisés quotidiennement, selon le premier responsable du Plateau.
L’image qu’il livre est celle d’un site devenu un point de tension, où agents municipaux et populations cherchent désormais à empêcher de nouvelles destructions.
« Les populations du Plateau viennent ici en bouclier humain », a-t-il exprimé, évoquant des habitants qui passent même la nuit sur place pour protéger les installations.
Derrière cette mobilisation, l’élu veut surtout rappeler que les ouvrages concernés sont, selon lui, des biens financés par l’argent public.
La mairie assure par ailleurs avoir engagé des démarches administratives pour obtenir réparation ou reconstruction des ouvrages détruits. Le conseil municipal du Plateau, réuni en session extraordinaire le 23 septembre, a officiellement protesté contre la destruction des aménagements communaux de la berge lagunaire.
Une colère qui se veut institutionnelle
Le député-maire, Jacques Ehouo récuse toutefois une lecture personnelle du différend. À ses yeux, la question dépasse son rapport avec le District autonome d’Abidjan. Elle touche au fonctionnement des collectivités et à la manière dont les administrations doivent travailler ensemble.
La mairie réclame ainsi davantage de concertation entre l’État, le District et les communes.
Le sujet devient alors celui de la coexistence de plusieurs autorités sur un même espace urbain : qui aménage, qui décide, qui entretient et, surtout, qui répond devant les populations lorsque des investissements publics sont détruits ?
C’est précisément sur ce terrain que la mairie entend poursuivre le combat.
Le prix d’une démolition
Pour lui, l’affaire ne se résume donc pas à quelques installations démontées ou détruites. Elle renvoie au coût d’un investissement public, à une vision d’aménagement interrompue et à la nécessité, selon lui, de préserver les ressources des collectivités.
La promenade lagunaire devait contribuer à changer le visage du Plateau. Sa transformation est aujourd’hui suspendue à un différend institutionnel.
En attendant une issue, le maire regarde les vestiges d’un projet municipal et mesure le chemin à refaire.
Sa question demeure : fallait-il détruire pour rétablir l’ordre ?
Et surtout, dans une ville où les collectivités investissent pour améliorer le cadre de vie, peut-on reconstruire durablement sans d’abord s’entendre sur qui décide ?
Florence EDIE