À l’Institut national de formation des agents de santé (INFAS), la question des violences à caractère sexuel n’est plus traitée comme un sujet périphérique. Avec l’appui du Canada, à travers le projet ‘’PASSAGE’’, l’établissement a posé les bases d’une réponse institutionnelle qui entend désormais s’inscrire dans la durée.
Réuni le jeudi 15 octobre 2026, à Abidjan, autour de la direction générale de l’INFAS et de ses partenaires, le bilan du projet d’appui à des services de santé adaptés au genre et équitables (PASSAGE) a mis en avant un changement de posture : former des professionnels de santé, oui, mais aussi protéger et accompagner celles et ceux qui apprennent au sein de l’Institut. Le projet, financé par affaires mondiales Canada, est mis en œuvre avec des partenaires canadiens et ivoiriens, dont la Fédération des cégeps et le Cégep de Saint-Jérôme.
Une protection qui devient une règle
La mesure la plus significative reste l’élaboration d’une politique de prévention et de lutte contre les violences à caractère sexuel (VACS). Elle doit permettre de mieux prévenir les abus, de recevoir les signalements, de gérer les cas et d’orienter les victimes vers un accompagnement approprié.
Pour Axel Alliez, directeur du projet ‘’PASSAGE’’, cette avancée n’était pas inscrite dans le cahier des charges initial. Elle traduit pourtant une évolution importante. L’INFAS ne se limite plus à former des soignants, il s’organise aussi pour garantir un environnement plus sûr à sa communauté estudiantine et à son personnel.
L’Institut a par ailleurs mis en place un dispositif VACS destiné à prévenir, détecter et prendre en charge les violences sexuelles au sein de la communauté universitaire et dans les structures sanitaires partenaires.
Former autrement les futurs soignants
Au-delà de la prévention, passage a modifié la manière dont les futurs infirmiers et sages-femmes apprennent. Les programmes ont été revus, les méthodes pédagogiques modernisées et les espaces de travaux pratiques renforcés, notamment par la simulation.
Cette réorientation répond à un besoin concret : préparer les professionnels à accueillir les adolescentes et jeunes femmes sans jugement, à aborder la santé sexuelle et reproductive avec davantage de compétences et à reconnaître les situations de violence. Dans le Haut-Sassandra, région d’intervention du projet, les travaux de recherche associés à ‘’PASSAGE’’ ont notamment relevé des freins persistants à l’accès des jeunes à l’information et aux services, ainsi qu’un besoin de mieux préparer le personnel de santé.
Le Cégep de Saint-Jérôme a également accompagné l’INFAS dans l’aménagement d’une salle de travaux pratiques de 14 stations, conçue pour permettre aux étudiants de maîtriser des gestes techniques avant leurs stages en milieu hospitalier.
Le défi de l’après-financement
La directrice générale de l’INFAS, la professeure Méliane N’Dhatz-Ebagnitchié épouse Sanogo, a fixé la ligne à suivre : ne pas laisser les réformes s’éteindre avec le projet.
« La fin d’un projet n’est pas un point final, mais le point de départ de la pérennisation de ses meilleures pratiques », a-t-elle rappelé.
Le message est clair : une politique contre les violences sexuelles ne prend sens que si elle est appliquée, connue des étudiants et du personnel, et soutenue par des mécanismes internes solides. Il en va de même pour les nouvelles approches pédagogiques, qui doivent devenir des pratiques ordinaires et non des expériences liées à un financement extérieur.
Axel Alliez a ajouté une autre exigence : juger la qualité d’une école de santé à l’aune du parcours de ses diplômés, de leur épanouissement professionnel et de leur capacité à répondre aux besoins réels des populations.
Une coopération adaptée au contexte
La directrice des affaires internationales de la Fédération des cégeps, Jacinthe Gagnon, a souligné que les résultats reposent sur un travail partagé entre les équipes canadiennes et ivoiriennes. L’enjeu, selon elle, n’est pas d’importer un modèle québécois, mais d’en retenir les éléments utiles et de les ajuster aux réalités locales.
C’est aussi la philosophie du projet : rassembler santé, éducation et société civile pour améliorer l’accès des adolescentes et jeunes femmes aux droits et services en santé sexuelle et reproductive, avec une cible initiale de 8 000 bénéficiaires dans le Haut-Sassandra.
Vers une mission au Canada
Pour approfondir cette dynamique, une délégation de l’INFAS se rendra au Canada du 7 au 21 novembre 2026. La mission portera sur la gouvernance des violences sexuelles, la prévention et les dispositifs de prise en charge.
Les chiffres présentés lors du bilan montrent l’ampleur déjà atteinte : 10 961 bénéficiaires directs, dont 6 066 adolescentes et jeunes femmes de 10 à 24 ans, soit davantage que l’objectif de 8 000 fixé pour cette catégorie.
Le projet ‘’ PASSAGE’’ doit s’achever le 31 décembre 2027. Reste désormais à transformer des acquis en habitudes : une formation qui intègre le genre, un environnement protégé et des professionnels capables d’offrir des soins respectueux, sûrs et adaptés aux jeunes.
Amy N’DIAYE