Ange Kerann Bossou (Coach Vitamine): « Le sport doit s’adapter à l’homme, et non l’inverse »

Spécialiste des activités physiques adaptées (APA), Coach Vitamine milite pour un sport inclusif, accessible aux seniors, aux personnes en situation de handicap, aux jeunes mamans comme aux sportifs en reprise. À travers ses programmes, ses démonstrations publiques et sa présence sur les réseaux sociaux, il redéfinit le sport comme un outil de bien-être, de santé et d’inclusion sociale.

Vous êtes spécialisé dans les activités physiques adaptées. Qu’est-ce qui vous a conduit vers ce domaine souvent méconnu du grand public ?

J’ai i toujours eu la conviction que le sport ne devait pas être réservé aux athlètes de haut niveau, mais qu’il pouvait et devait être accessible à tous. Mon expérience d’ancien athlète et mes années passées en service de rééducation et en centre de conditionnement physique m’ont montré à quel point l’activité physique pouvait transformer non seulement le corps, mais aussi l’état d’esprit. C’est cette volonté d’accompagner des personnes souvent laissées de côté par le sport traditionnel qui m’a naturellement conduit vers l’Activité Physique Adaptée.

Comment définissez-vous les activités adaptées à quelqu’un qui ne connaît pas ce concept ?

C’est st du mouvement pensé et ajusté pour que chacun puisse pratiquer selon ses capacités, ses besoins et ses contraintes, tout en atteignant ses objectifs de santé et de bien-être.

En quoi cette activité se différencie-t-elle du sport traditionnel ou du fitness ?

Le sport traditionnel met l’accent sur la performance, la compétition ou l’esthétique. L’APA, elle, place la santé et le bien-être au centre. Ici, c’est l’activité qui s’adapte à la personne, et non l’inverse.

Quand on parle d’activités physiques adaptées, s’agit-il uniquement des personnes âgées ou en situation de handicap ?

Pas du tout. Elles s’adressent à toute personne ayant une condition particulière : seniors, personnes en situation de handicap, personnes en surpoids, jeunes mamans en post-partum, personnes en convalescence, ou encore sportifs en reprise après blessure. En résumé, toute personne qui ne peut pas ou ne veut pas suivre un programme standard.
Dans un pays comme la Côte d’Ivoire, où le sport est souvent associé à la performance, comment faites-vous passer.

le message qu’il peut aussi être thérapeutique et inclusif ?

Le privilégie les démonstrations concrètes et les rencontres avec le public. Par exemple, lors des journées mondiales de l’APA organisées avec l’Association des Professionnels de l’APA de Côte d’Ivoire (AP-APACI), nous sensibilisons directement les populations et les professionnels. J’anime aussi des panels d’échanges, comme celui prévu au Salon du Sport et des activités associées le 13 septembre 2025. Et puis, il y a les réseaux sociaux, notamment TikTok, où je vulgarise les bienfaits de l’APA à travers des vidéos accessibles à tous.

Vous avez suivi des dizaines de profils différents. Pouvez-vous nous partager une ou deux histoires marquantes ?

Je pense à une jeune maman en post-partum qui, après quelques semaines, a retrouvé une meilleure tonicité abdominale, un meilleur contrôle respiratoire et surtout le sentiment de reprendre possession de son corps. Elle en était tellement heureuse que sa vie familiale s’en est trouvée améliorée.
Je me souviens aussi d’un senior souffrant de douleurs chroniques au genou. Aujourd’hui, ses crises sont devenues rares, son tonus musculaire s’est renforcé et il a réduit sa consommation de médicaments. Fier de ses progrès, il aime rappeler à ses amis, lors de pèlerinages, qu’il est mieux conservé qu’eux malgré son âge.

Quels sont les bénéfices que vous constatez le plus rapidement ?

Les premiers sont psychologiques : plus d’énergie, une meilleure confiance en soi, un état d’esprit plus positif. Ensuite viennent les changements physiques : réduction des douleurs, plus de mobilité, plus d’endurance et parfois un impact esthétique. Enfin, il y a l’aspect social : se sentir moins isolé, retrouver une dynamique de groupe.

Quand vous construisez un programme, quels sont vos critères prioritaires ?

La santé avant tout, les objectifs personnels et les contraintes physiques. Cela permet de créer un programme sûr, motivant et efficace.

Certains pensent que les activités adaptées sont « moins sportives ». Que leur répondez-vous ?

Je les invite à essayer. Ils se rendent vite compte que l’APA peut être exigeante, mais progressive, et surtout sécurisée.
La motivation est souvent un obstacle.

Quelles stratégies utilisez-vous ?

Je varie les contenus, je valorise chaque petit progrès et je garde un ton positif. J’aide aussi chacun à se rappeler pourquoi il a commencé.

Comment adaptez-vous votre discours selon le public ?

un senior, je rassure et j’insiste sur la sécurité. Avec un patient en rééducation, je souligne chaque étape franchie. Avec un débutant en surpoids, je parle surtout de plaisir, de progression et du bonheur de retrouver ses anciens vêtements.

Quels sont les faux pas à éviter ?

Vouloir aller trop vite, trop fort, ou se comparer aux autres. Chaque parcours est unique.

Vous parlez souvent de « sport plaisir ». Qu’est-ce que cela signifie ?

C’est pratiquer une activité sans pression, avec des exercices qui donnent envie de revenir. Le plaisir est la clé de la régularité.

Que faudrait-il améliorer en Côte d’Ivoire pour que le sport adapté soit accessible à tous ?
Former davantage de professionnels spécialisés en APA, créer des infrastructures accessibles, mieux informer le public sur les bénéfices, et intégrer l’APA dans divers secteurs, pas seulement en EPS.


Quelle est votre vision à long terme ?

Créer un réseau solide de professionnels de l’APA en Côte d’Ivoire et en Afrique de l’Ouest, développer des centres où chacun peut bouger en toute sécurité, et contribuer à la prévention santé.

Un geste simple à faire dès aujourd’hui ?

Commencer par dix minutes de marche chaque jour. L’important est de commencer, le reste suit naturellement.

Réalisée par Florence EDIE

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