FIFDH : “Laundry” ravive la mémoire douloureuse de l’apartheid en Afrique du Sud

Présenté dans le cadre du Festival International du Film et Forum sur les Droits de l’Homme de Genève (FIFDH) 2026, le film “Laundry” de la réalisatrice sud-africaine Zamo Mkhwanazi remet en lumière l’une des périodes les plus sombres de l’histoire d’Afrique du Sud : celle de l’apartheid.

Situé à la fin des années 1960 dans la ville de Johannesburg, le film raconte l’histoire de Khutala et de sa famille, propriétaires d’une blanchisserie installée dans un quartier réservé aux Blancs. À cette époque, les lois ségrégationnistes rendaient presque impossible l’existence d’entreprises appartenant à des Noirs dans ces zones. À travers ce récit intime, la réalisatrice dépeint la violence quotidienne d’un système qui, entre 1948 et le début des années 1990, a institutionnalisé la discrimination raciale.

L’œuvre puise son inspiration dans une histoire vécue par la famille de la mère de la réalisatrice. Si les faits originaux remontent à la fin des années 1950, Zamo Mkhwanazi a choisi de situer l’action à la fin de la décennie suivante. Cette période, marquée par l’emprisonnement de figures majeures du mouvement anti-apartheid comme Nelson Mandela, correspond selon elle à un moment où la résistance semblait avoir été étouffée et où les populations noires se retrouvaient particulièrement isolées.

Au-delà de la dureté du sujet, “Laundry” se distingue aussi par sa dimension artistique. La réalisatrice explique privilégier une approche collaborative avec les comédiens, laissant une large place à leurs propositions. L’acteur principal, très investi dans la préparation de son rôle, a notamment participé activement à l’élaboration de certaines scènes.

La puissance visuelle du film repose également sur le travail du directeur de la photographie Gabriel Lobos. Par un jeu précis de lumière et de cadrage, il accentue la tension dramatique et la charge émotionnelle qui traversent l’histoire.

Pour la cinéaste, “Laundry” ne se limite pas à une reconstitution historique. Le film se veut aussi une prise de position dans les débats contemporains en Afrique du Sud, notamment autour des questions de réparations, de restitution et de redistribution des richesses héritées de l’époque de l’apartheid. Selon elle, ignorer ces discussions revient à prolonger les injustices du passé.

La sortie du film intervient d’ailleurs dans un contexte politique sensible. Certains descendants d’Afrikaners affirment aujourd’hui être victimes de discrimination. Des allégations relayées notamment par le président américain Donald Trump, qui évoque l’idée d’un « génocide blanc ». Une position vivement contestée par le président sud-africain Cyril Ramaphosa, qui a déclaré au journal The New York Times que son homologue américain était « très mal informé ».

Avant sa sortie en salle prévue en septembre, “Laundry” a déjà été présenté au Joburg Film Festival, organisé du 3 au 8 mars 2026 à Johannesburg. Face à l’engouement du public, plusieurs projections supplémentaires ont été ajoutées, témoignant d’un accueil particulièrement chaleureux.

À travers cette œuvre, la réalisatrice souhaite rappeler l’importance de préserver la mémoire historique et de continuer à raconter les histoires de celles et ceux qui ont subi l’injustice du régime ségrégationniste. Un message qui résonne particulièrement au sein du Festival International du Film et Forum sur les Droits de l’Homme de Genève, dont l’édition 2026 met à l’honneur le thème «Entre résistance et révolte, le pouvoir des images ».

Amy N’DIAYE

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