People/ Du micro à la paroisse : Un prêtre rappeur cherche à ramener les jeunes de Kinshasa à l’Église

À Kinshasa, l’abbé JeanPierre Mongambi use du rap comme outil d’évangélisation et de prévention sociale. Ses concerts, inspirés des psaumes et largement diffusés sur les réseaux, visent à capter une jeunesse désœuvrée et à la rapprocher des structures paroissiales.

À 47 ans, l’abbé Jean‑Pierre Mongambi parcourt les quartiers populaires de Kinshasa avec un objectif clair : utiliser le rap pour transmettre l’Évangile et créer des points de contact avec des jeunes souvent exclus des circuits formels d’éducation et d’emploi. Surnommé le  « prêtre rappeur », il compose des textes puisés dans les psaumes et les prières, qu’il pose sur des rythmes urbains destinés à parler au cœur des jeunes.

« Le rap est pour moi un moyen de partager le message de l’Évangile .Ce n’est pas le style qui compte, c’est le contenu. » confie Mongambi.

Sur les places publiques, dans les salles paroissiales ou lors d’événements, ses prestations attirent un public varié et génèrent des vidéos largement relayées sur les réseaux sociaux. Pour l’abbé, la forme micro, cadence et verbe direct est un moyen d’ouvrir une porte qui, autrement, resterait fermée.

Les retours du terrain semblent tangibles. Des fidèles comme Chadrack Mayambi racontent comment la musique les a aidés à retrouver le chemin de la paroisse après des épisodes difficiles.

« La musique, ses paroles, ça m’a permis de me ressaisir », explique-t-il.

Pour les curés des quartiers, ces concerts représentent un outil de prévention : en proposant des rendez‑vous collectifs centrés sur la foi et la culture, on détourne une jeunesse exposée à l’oisiveté, à l’alcoolisme et aux paris sportifs.

« Tous ces jeunes sont désœuvrés.Un concert religieux avec un prêtre rappeur est une opportunité pour les ramener vers l’Église », confirme l’abbé Augustin Mfwankama, curé de la paroisse de la Bienheureuse Anuarite.

Dans plusieurs paroisses, ces initiatives sont complétées par des ateliers, du suivi pastoral et, parfois, des partenariats locaux qui cherchent à proposer des alternatives concrètes au marginalisme.

Cette stratégie pastorale novatrice suscite néanmoins des débats. Des voix plus traditionalistes s’interrogent sur la compatibilité des codes du rap langage cru, gestuelle, mise en scène avec la dignité du ministère sacerdotal. D’autres applaudissent l’adaptation du clergé aux réalités contemporaines et soulignent l’efficacité d’un discours adapté au public visé.

La performance de Mongambi devant le pape François lors de la visite pontificale en RDC en 2023 illustre l’attention que suscite cette démarche, et lui a valu une visibilité nationale et internationale.

Les questions restent cependant structurelles. Si la musique permet des rapprochements individuels, la lutte contre le chômage, l’accès à la formation et la prise en charge sociale demandent des réponses institutionnelles plus larges. Les acteurs paroissiaux reconnaissent que rap et concerts constituent un point d’entrée plutôt qu’une solution exhaustive.  

« Si, par une chanson, un jeune retrouve l’espérance et se met à fréquenter la paroisse, alors le pari est gagné », ajoute Mongambi.

Mais pour transformer cet espoir en trajectoire durable, il faudra des dispositifs complémentaires insertion professionnelle, éducation et accompagnement social.

En attendant, le prêtre rappeur continue d’arpenter les rues de Kinshasa, micro à la main, convaincu que l’Évangile peut se dire autrement sans perdre de sa substance. Son pari est simple, toucher ceux que les voies traditionnelles peinent à atteindre, semer des rencontres et, parfois, ramener quelques-uns du micro à la paroisse.

Amy N’DIAYE

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