Portrait / Fatoumata Diawara: «La musique est ma thérapie»

L’artiste malienne Fatoumata Diawara retrouve Matthieu Chedid, qui avait participé à son second album Fenfo (2018) avant de l’embarquer dans l’aventure Lamomali. Entre blues et folk, mais sans instrument malien, les douze chansons de Massa (« L’Éternel ») évoquent, en bambara, des sujets de société comme les migrations, les enfants handicapés ou les femmes trompées.

 Après le second album Lamomali , totem vous publiez votre quatrième Massa. Comment l’avez-vous créé ? Les deux albums ont été menés presque en parallèle. J’avais déjà composé les chansons et préparé des maquettes avec guitare et voix pendant la tournée Lamomali. Cela n’a pas été un problème pour nous  de travailler sur deux albums à la suite. Car nous avons cette chance de pouvoir communiquer à travers la musique d’une manière très simple, l’alchimie est là. Nous avons vraiment du plaisir à partager nos deux univers musicaux. C’est enrichissant pour chacun de s’adapter à un style que nous n’avons pas l’habitude de pratiquer.

Avez-vous travaillé de façon différente sur ces deux albums avec Matthieu Chedid ? Oui. Pour Lamomali, Matthieu composait et je suis arrivée ensuite. Pour Massa, c’est l’inverse : j’ai écrit et composé les chansons, puis il est venu les accompagner en tant que réalisateur. Les deux projets se sont nourris mutuellement, comme deux mouvements qui se rejoignent. C’était une sorte d’énergie circulaire et infinie entre nous, comme le yin et le yang. Nous avons terminé les deux albums puis nous sommes partis en tournée.

L’album aborde des thèmes très personnels : le père, la famille polygame, les trahisons, les enfants, la spiritualité… Oui, j’écris avant tout à partir de mon vécu. Je confie mes joies et mes blessures à mon public, la scène est comme une psychanalyse pour moi (rires). Depuis mon premier album, je considère ma vie comme un livre dont chaque album représente un nouveau chapitre. Massa est probablement l’un des plus intimes. J’y parle de mes déceptions, de la solitude, des relations humaines lorsqu’elles manquent de sincérité.

Vous évoquez la disparition de votre père dans Lahidou et Tati Bakary.. Mon père est décédé en 2019 et j’ai l’impression que c’était hier. Avec le temps, je me suis rendu compte à quel point il était le pilier de la famille. Il faisait le lien entre nous tous. Depuis son départ, beaucoup de choses se sont fragilisées. Les relations ont changé, certaines communications se sont rompues. Je suis issue d’une famille polygame [évoquée dans Sigui, NDLA] dans laquelle j’ai été incomprise. Une chanson ne peut pas tout résoudre, mais elle peut soulager. Pour moi, la musique est ma thérapie.

La place des femmes est également au cœur de chansons comme Tcheba ou Nden Dans Tcheba, je parle des mensonges des hommes infidèles, des rapports de domination que beaucoup de femmes subissent encore. Je retourne régulièrement au Mali, mais je voyage aussi dans de nombreux pays et j’entends souvent les mêmes histoires. Nous sommes en 2026 : le sexisme ne doit pas être vu comme une tradition. Les hommes doivent prendre leurs responsabilités et les respecter davantage.

Vous évoquez aussi les orphelins ou les enfants handicapés sur Fala et Denko Dans certains endroits, les enfants albinos ou handicapés sont rejetés, voire persécutés. Les mères sont souvent tenues pour responsables et se retrouvent abandonnées par leur entourage. C’est une injustice qui me révolte. Je crois que la musique peut aussi servir à ouvrir des discussions sur des sujets difficiles. On peut porter des messages importants avec des mélodies douces. Le blues, dont les racines plongent au Mali, permet justement cela : transformer la douleur en quelque chose qui rassemble.

Enfin, votre univers visuel est très fort : les costumes, les bijoux, les coiffures occupent une place importante dans votre identité artistique Cela vient sans doute de mon expérience avec la compagnie Royal de Luxe et avec Peter Brook au théâtre, les costumes y étaient très importants. Chaque création possède son propre univers. Les costumes racontent une histoire autant que la musique. Je compose moi-même mes tenues en mélangeant des influences rapportées de mes voyages : un bijou du Maroc, un chapeau d’Afrique du Sud, une étoffe d’ailleurs… C’est une autre forme de créativité. Je ne cherche pas la perfection, mais l’authenticité. C’est ma manière d’être moi-même.

Source : RFI Musique

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