Il a fait rire des générations d’Ivoiriens, souvent sans bruit, avec cette manière bien à lui de transformer les réalités du quotidien en moments de partage. Gbizié Troupa Bruno, connu du public sous le nom de Zoumana, est décédé le samedi 22 août 2026 à Abidjan. Avec lui, la Côte d’Ivoire perd l’un des visages familiers de son théâtre, de sa télévision et de son humour.
Il y a des artistes dont on oublie parfois le nom, mais dont le visage, la voix ou les personnages restent longtemps dans les mémoires. Zoumana était de ceux-là.
Pendant plusieurs décennies, il a occupé une place particulière dans le cœur du public ivoirien. À travers le théâtre, la télévision et le cinéma, le comédien a su imposer un style fait de naturel, d’humour et d’observation de la société.
Son parcours artistique commence notamment à Divo, où il s’intéresse très tôt au théâtre.
Cette expérience forge le comédien et lui permet de faire ses premiers pas sur les planches avant de rejoindre progressivement les grandes productions qui vont contribuer à sa notoriété.
« Faut pas fâcher », le rendez-vous d’une génération
C’est surtout grâce à la télévision que Zoumana devient un visage incontournable de la comédie ivoirienne. Le public le découvre et l’adopte notamment dans « Faut pas fâcher », émission satirique devenue culte, qui a accompagné les soirées de nombreuses familles ivoiriennes.
Aux côtés de grandes figures de l’humour, notamment Adrienne Koutouan, il participe à cette génération de comédiens qui ont utilisé le rire pour raconter la société, ses travers, ses habitudes et ses contradictions.
Son jeu avait cette particularité de sembler simple. Pourtant, derrière chaque personnage se trouvait un véritable travail d’acteur. Une attitude, un regard, une intonation pouvaient suffire à déclencher les éclats de rire.
Quand celui qui faisait rire s’est retrouvé dans la souffrance
Les dernières années de sa vie ont été beaucoup plus difficiles. Éloigné progressivement des plateaux, Zoumana a vécu avec des problèmes de santé qui ont profondément affecté son quotidien. En 2025, sa famille et des artistes avaient notamment lancé des appels à la solidarité pour l’aider à faire face à ses difficultés et améliorer ses conditions de vie.
Une situation particulièrement douloureuse pour un homme qui avait consacré une grande partie de sa vie à offrir de la joie aux autres.
L’histoire de Zoumana rappelle ainsi une réalité souvent oubliée : derrière les artistes qui font rire, applaudir ou rêver, il y a des hommes et des femmes qui peuvent, eux aussi, connaître la maladie, la précarité et la solitude.
Une reconnaissance officielle
Le talent et la contribution de Zoumana à la culture ivoirienne avaient été officiellement reconnus. En 2023, il avait été élevé au grade d’Officier dans l’Ordre du Mérite culturel ivoirien. Le ministère de la Culture et de la Francophonie a salué, après son décès, une figure emblématique ayant marqué plusieurs générations.
L’annonce de sa disparition par la ministre de la Culture, Françoise Remarck, a plongé le monde culturel ivoirien dans l’émotion.
Une voix s’éteint, une mémoire reste
Zoumana n’est plus. Mais ses personnages, ses scènes et les éclats de rire qu’il a provoqués continueront de vivre dans les souvenirs de ceux qui l’ont regardé.
Il restera surtout comme l’un de ces artistes qui ont contribué à construire une identité propre à l’humour ivoirien, à une époque où la télévision et le théâtre occupaient une place centrale dans les foyers.
Aujourd’hui, la Côte d’Ivoire lui dit au revoir.
Le rire s’est tu. L’artiste, lui, restera dans la mémoire du public.
Repose en paix, Zoumana.
Amy N’DIAYE