À deux mois du troisième Sommet Russie-Afrique, prévu les 28 et 29 octobre 2026 à Moscou, l’ambassadeur de Russie en Côte d’Ivoire, Alexey Saltykov, a présenté les principales orientations de cette rencontre. Commerce, investissements, énergie, sécurité alimentaire, paiements et intelligence artificielle devraient occuper une place centrale dans les échanges. Le diplomate s’est également exprimé sur les acquis de la coopération russo-africaine et sur l’apport des Ivoiriens formés en Russie.
Le rendez-vous est déjà inscrit dans l’agenda diplomatique. Le troisième Sommet Russie-Afrique se tiendra les 28 et 29 octobre prochains à Moscou. À Abidjan, l’ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire de la Fédération de Russie en Côte d’Ivoire, Alexey Saltykov, en a présenté les grandes lignes, jeudi 20 août 2026, devant des journalistes membres de l’Organisation Unie des Reporters Amis de la Russie (O.U.R.A.) et des représentants de la diaspora académique ivoirienne formée en Russie.
Pour Moscou, le prochain sommet doit surtout permettre de donner un nouvel élan aux relations économiques avec le continent africain.
« L’ordre du jour se concentrera sur les questions de commerce, de coopération économique et d’investissement », a indiqué le diplomate.
Plusieurs secteurs sont annoncés comme prioritaires : les utilisations pacifiques de l’énergie nucléaire, la sécurité alimentaire, la transformation numérique, l’intelligence artificielle, mais également la mise en place de systèmes de paiement indépendants.
Deux jours pour dessiner une nouvelle feuille de route
Le programme prévoit, le 28 octobre, l’ouverture du Forum économique et humanitaire au Centre national Rossiya. Les discussions porteront notamment sur l’énergie, l’eau, l’agriculture, la santé et l’éducation. La journée doit s’achever par une réception au Kremlin offerte par le président russe Vladimir Poutine.
Le lendemain, une réunion plénière réunira les dirigeants autour du président russe et du président burundais Évariste Ndayishimiye, président en exercice de l’Union africaine. La rencontre devrait déboucher sur l’adoption d’une déclaration politique, d’un Plan d’action pour la période 2027-2029 et d’un texte consacré, pour la première fois, à l’utilisation civile de l’intelligence artificielle.
Au-delà des déclarations politiques, l’enjeu sera donc de traduire les ambitions affichées en partenariats économiques concrets.
Des avantages douaniers encore peu exploités
L’ambassadeur russe a également dressé le bilan des acquis du deuxième Sommet Russie-Afrique, organisé à Saint-Pétersbourg en juillet 2023. Cette rencontre avait réuni 48 pays africains, dont 27 représentés au niveau des chefs d’État ou de gouvernement.

Sur le plan économique, Moscou met notamment en avant le Système unifié de préférences tarifaires de l’Union économique eurasiatique (UEE). Selon Alexey Saltykov, 32 pays africains classés parmi les pays les moins avancés bénéficient d’une exonération totale des droits de douane pour leurs exportations vers l’UEE. Quinze autres pays africains bénéficient, eux, d’une réduction de 25 % des tarifs douaniers.
Au total, 47 pays africains seraient concernés par ce régime préférentiel. Mais cet avantage reste, selon le diplomate, insuffisamment exploité par les opérateurs économiques africains.
La raison avancée : l’absence, lors du dédouanement, du certificat d’origine nécessaire pour bénéficier du régime préférentiel. Une difficulté qui pose aussi la question de l’information et de l’accompagnement des entreprises désireuses d’accéder au marché eurasiatique.
Des générations d’Ivoiriens formées en Russie
La rencontre a également permis de mettre en lumière une autre dimension de cette coopération : la formation.
Présente depuis plus de quatre décennies, l’Association des Ivoiriens formés en Union soviétique et Fédération de Russie (AIFRUS) revendique aujourd’hui plus de 400 membres, sur plus d’un millier d’Ivoiriens ayant effectué leur formation dans l’ancien espace soviétique et en Russie.
Selon le Dr Jean Joël Grah, enseignant-chercheur à l’Université Félix Houphouët-Boigny, ingénieur télécom et deuxième vice-président de l’AIFRUS, les premiers départs d’étudiants ivoiriens vers l’Union soviétique remontent à 1958.
La dynamique se poursuit. « Aujourd’hui, on compte au moins 3 000 étudiants ivoiriens répartis dans plus d’une vingtaine de villes russes », a-t-il indiqué.
Médecine, ingénierie, recherche, énergie ou encore défense. Ces anciens étudiants veulent désormais mieux valoriser leurs compétences et renforcer les liens entre les différentes générations d’alumni.
L’AIFRUS a ainsi organisé, le 31 juillet dernier, son premier gala, présenté comme une occasion de mieux faire connaître cette communauté et sa contribution au développement de la Côte d’Ivoire.
Au-delà des clichés sur la vie en Russie
Sur la question de l’accueil des étudiants africains en Russie, le Dr Jean Joël Grah a appelé à nuancer les perceptions souvent véhiculées sur les réseaux sociaux ou dans certains récits.
Pour lui, l’arrivée dans un pays étranger implique nécessairement une période d’adaptation. Climat, langue, habitudes sociales : autant de changements qui peuvent provoquer des incompréhensions au départ.

Il cite notamment l’apprentissage du russe comme l’un des premiers défis. Les étudiants étrangers bénéficient toutefois d’une année préparatoire consacrée à la langue avant d’intégrer pleinement leur cursus.
L’universitaire estime par ailleurs que les diplômes obtenus en Russie disposent d’une réelle valeur sur le marché ivoirien. Il souligne la présence d’anciens étudiants russophones dans les établissements universitaires, les structures sanitaires et plusieurs secteurs stratégiques du pays.
Pour l’AIFRUS, le principal défi se situe désormais ailleurs : créer davantage de passerelles entre les anciens étudiants afin de faciliter leur insertion professionnelle et leur contribution aux politiques de développement nationales.
L’or scythe ravive les tensions autour du patrimoine
Les échanges ont enfin abordé un sujet plus sensible : l’affaire dite de l’or scythe. Il s’agit de plus de 2 000 pièces archéologiques découvertes en Crimée, parmi lesquelles figurent des armes, des bijoux, des objets rituels et des pièces de la vie quotidienne datant notamment des IIᵉ et IIIᵉ siècles avant notre ère.
Après le rattachement de la Crimée à la Russie en 2014, l’Ukraine avait revendiqué la restitution de ces collections, alors exposées aux Pays-Bas. Après plusieurs années de procédure judiciaire, les autorités néerlandaises ont finalement remis les pièces à l’Ukraine.
Une décision que Moscou continue de contester. Pour Alexey Saltykov, cette affaire illustre les tensions politiques qui entourent désormais la question du patrimoine culturel lié à la Crimée.
Le diplomate a également exprimé ses inquiétudes quant au devenir de ces objets, évoquant la présence sur internet d’objets ukrainiens anciens proposés à la vente.

À travers cette rencontre avec les médias ivoiriens, l’ambassadeur russe a ainsi voulu mettre en avant une coopération qu’il souhaite voir davantage tournée vers les échanges économiques, la formation et les nouvelles technologies. Reste désormais à savoir si le sommet de Moscou permettra de transformer ces ambitions en engagements concrets et en opportunités réellement accessibles aux acteurs africains.
Amy N’DIAYE