Dans la cour de la mairie, plus de 500 livreurs à moto ont troqué le mardi 1er septembre 2026, à Abobo, pour une journée, leurs sacoches de livraison contre des attestations de formation.
Clôture de la première phase d’un programme pilote de l’Office de sécurité routière (OSER) qui mise sur la prévention pour faire baisser la mortalité sur les routes d’Abidjan.
Un enjeu de santé publique
En Côte d’Ivoire, les deux-roues ne sont plus un phénomène marginal : ils représentent un parc estimé à plus de 4 millions d’engins sur l’ensemble du territoire. Cette massification s’accompagne d’un lourd tribut humain. En 2025, 14 874 accidents de la circulation ont fait 1 307 morts et 21 759 blessés. Les usagers de motos et tricycles sont impliqués dans 23% de ces accidents et comptent pour 33% des tués. Rien qu’entre janvier et juillet 2026, 419 accidents impliquant des deux-roues et 711 impliquant des tricycles ont été enregistrés, avec 81 motocyclistes tués depuis le début de l’année.
« Un tiers des personnes tuées sur nos routes sont des motocyclistes », rappelle Carvalo Silué, sous-directeur de la Formation à l’OSER, en marge de la cérémonie de clôture à Abobo.
Un chiffre qui, selon lui, illustre la nécessité de renforcer la prévention et la formation des conducteurs de deux-roues .
Former pour transformer les comportements
Lancée le 19 août 2026 à Cocody, la campagne de formation gratuite de l’OSER a sillonné quatre communes du District autonome d’Abidjan : Cocody, Koumassi, Yopougon et Abobo. Objectif : outiller les livreurs à moto, souvent soumis à la pression du temps et de la rentabilité, aux « bons réflexes » sur la voie publique.
Au programme des ateliers intensifs : règles du code de la route, risques spécifiques liés à la livraison (vitesse, fatigue, charge), cohabitation avec les autres usagers et même notions d’hygiène. « Nous attendons une amélioration significative des comportements sur la route, à travers le respect strict de la réglementation », a déclaré M. Silué, représentant le directeur de l’OSER.
Des équipements pour passer de la parole aux actes
La formation ne s’est pas arrêtée aux discours. À Abobo, cent casques de protection ont été remis aux bénéficiaires par Leadway Assurance, partenaire de l’initiative « Leadway Tour ». Une geste concret salué par les participants, conscients que l’équipement reste un maillon faible dans la chaîne de sécurité.
Sako Brahima, directeur régional des Transports et des Affaires maritimes des Lagunes, a, lui, insisté sur la responsabilité individuelle.
« Faites de la sécurité routière une priorité », a-t-il lancé aux livreurs, les invitant à devenir, à leur tour, des relais de sensibilisation auprès de leurs pairs.
Vers une professionnalisation du secteur
La formation d’Abobo s’inscrit dans un mouvement plus large de structuration du secteur de la livraison à moto. Le ministère des Transports a déjà annoncé plusieurs réformes : identification renforcée des livreurs, régularisation des immatriculations, assainissement des auto-écoles et, surtout, l’instauration prochaine d’une licence professionnelle pour exercer l’activité de livreur.
« Sous peu, une licence sera nécessaire pour exercer en qualité de livreur », a précisé Oumar Sacko, directeur général des Transports terrestres et de la circulation, lors d’une rencontre avec les acteurs du secteur mi-août.
L’idée : s’assurer que chaque livreur soit formé aux modes de conduite adaptés à son activité et que l’informel recule.
Des livreurs engagés, mais des défis persistants
À la sortie des ateliers, plusieurs participants se disent prêts à appliquer les recommandations de l’OSER. Reste que les conditions de travail pression des plateformes, revenus précaires, état du parc automobile continuent de peser sur les pratiques. La formation, seule, ne suffira pas si elle n’est pas accompagnée de mesures structurelles : contrôle effectif, sanctions dissuasives, mais aussi reconnaissance sociale et économique des livreurs.
Pour l’heure, l’OSER mise sur l’effet d’entraînement. « Nous avons formé plus de 500 livreurs dans cette première phase. L’objectif est d’étendre le programme à d’autres communes et, à terme, à l’ensemble du pays », laisse entendre un responsable du ministère.
À Abobo, les attestations ont été distribuées, les casques empochés. Le vrai test commencera demain, sur le bitume, quand les livreurs reprendront la route.
Isaya. E