Côte d’Ivoire/ Koumassi : une « armée » de facilitateurs monte au front contre les tabous menstruels

Ils étaient plus d’une vingtaine, hommes et femmes, assis en cercle dans les locaux de la Maison des jeunes de Koumassi, ce samedi 26 septembre 2026. Leur mission : devenir les relais d’une révolution discrète mais essentielle celle de la santé menstruelle en Côte d’Ivoire.

Organisée par l’organisation pour la santé des Enfants, des femmes et de la famille (OSEFF), en partenariat avec PSI Côte d’Ivoire, cette formation visait à préparer une nouvelle vague de facilitateurs chargés de sensibiliser les adolescentes et de leur faire découvrir « Oky », une application mobile conçue pour les aider à suivre leur cycle, comprendre leur corps et accéder à des informations fiables sur la menstruation et la santé reproductive.

Briser les silences, une question à la fois

La première partie de l’atelier a été consacrée à la santé menstruelle elle-même. Animée par Mme Khady Cissé, Présidente-Fondatrice de l’OSEFF, la session a permis aux participants de consolider leurs connaissances sur le fonctionnement des règles, les messages clés à transmettre et les idées reçues à déconstruire.

Par le jeu des questions-réponses, les facilitateurs ont revisité des interrogations souvent tues : pourquoi les règles arrivent-elles ? Comment les gérer sans honte ? Que répondre aux moqueries ou aux rumeurs ? Autant de sujets qui, une fois maîtrisés, leur permettront de dialoguer avec les jeunes filles  scolarisées ou non  sans reproduire les tabous qui entourent encore la menstruation.

« Oky », un outil dans la poche des adolescentes

Le deuxième temps fort a porté sur l’application « Oky », développée conjointement par PSI et l’UNICEF pour les adolescentes des pays à revenu faible et intermédiaire.  Balthazar Anato, Responsable communication à PSI Côte d’Ivoire, a guidé les participants à travers les fonctionnalités de l’outil : suivi du cycle, rappels, contenus éducatifs adaptés, interface simple et sécurisée.

L’objectif n’était pas seulement de leur faire télécharger l’application, mais de les rendre capables d’accompagner concrètement les futures utilisatrices : montrer comment l’installer, naviguer dans les menus, poser des questions et trouver des réponses fiables.

« Pour les filles, par les filles, sans tabou » : cette signature d’ »Oky » résume l’ambition du projet  offrir aux adolescentes un espace numérique où elles peuvent gérer leur santé menstruelle en toute autonomie, loin des rumeurs et des jugements.

Du centre-ville aux zones reculées

Au-delà des connaissances théoriques, la formation a mis l’accent sur les techniques d’animation et de facilitation. Les participants ont travaillé sur la manière d’aborder les adolescentes, d’adapter le langage selon l’âge et le milieu, et de créer un climat de confiance propice aux échanges.

Désormais prêts, ces facilitateurs s’apprêtent à investir les établissements scolaires, les quartiers et les zones plus reculées pour mener des sessions de sensibilisation et aider les jeunes filles à télécharger « Oky ».  Leur défi : atteindre celles qui en ont le plus besoin, notamment les adolescentes hors du système scolaire, souvent les plus exposées aux informations erronées et à la précarité menstruelle.

Une approche jeunesse  pour un enjeu de santé publique

Cette initiative s’inscrit dans une dynamique plus large portée par PSI en Côte d’Ivoire, où la santé sexuelle et reproductive des jeunes est une priorité.  L’ONG mise sur des approches « youth-powered », c’est-à-dire conçues avec et pour les jeunes, pour améliorer l’accès à l’information et aux services.

Avec « Oky », il ne s’agit pas seulement de distribuer une application, mais de créer un écosystème de confiance autour de la santé menstruelle : des facilitateurs formés, des relais communautaires, des écoles partenaires et des contenus validés par des experts.

Quand le numérique rencontre le terrain

Dans un pays où 56% des femmes de 15 à 49 ans utilisaient des serviettes hygiéniques lors de leur dernière menstruation (EDS 2021), l’enjeu dépasse la simple information.  Il touche à la dignité, à la scolarisation des filles, à la santé et à l’égalité des chances.

En dotant cette « armée » de facilitateurs des outils et des connaissances nécessaires, OSEFF et PSI espèrent faire d’ »Oky » un compagnon quotidien pour des milliers d’adolescentes ivoiriennes.  Reste à mesurer, dans les mois à venir, l’impact réel de cette démarche sur le terrain  et à s’assurer que l’application ne reste pas un outil de plus, mais devienne un levier concret de changement.

Amy N’DIAYE

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