Insuffisance rénale en Côte d’Ivoire : des vies suspendues entre dialyse, précarité et espoir

À leur âge, ils devraient courir dans les quartiers, jouer avec leurs amis et aller à l’école avec des cahiers remplis de rêves. Mais pour certains enfants en Côte d’Ivoire, l’enfance a pris un autre chemin. Leur quotidien se déroule désormais entre les murs d’un hôpital, au rythme des séances de dialyse qui leur permettent de rester en vie.

À 13 ans, F.K. est  déjà habitué à  une routine que beaucoup d’adultes auraient du mal à supporter. Ses repères ne sont plus seulement l’école et les jeux, mais aussi les jours de dialyse : mercredi et samedi. Au centre national de prévention et de traitement de l’insuffisance rénale (CNPTIR) de Cocody, il retrouve la machine qui supplée ses reins défaillants, les soignants qui l’accompagnent et ces longues heures d’attente avant de pouvoir rentrer chez lui.

Le CNPTIR de Cocody, principal centre public de prise en charge des maladies rénales en Côte d’Ivoire.

La maladie lui a volé une partie de son insouciance, de son adolescence  mais pas son envie de se battre. Son histoire raconte celle de nombreux enfants qui grandissent entre soins médicaux, sacrifices familiaux et espoir d’un avenir meilleur.

Un matin comme les autres, une vie bouleversée

Mercredi 11 juillet 2026. Il est 5 h 30 à Angré Star 8. Nous arrivons au domicile du grand-frère du père de F.K. pour accompagner l’enfant à sa séance de dialyse.

Un simple appel téléphonique nous a permis de retrouver leur lieu de résidence. À notre arrivée, Barthélemy N’Dri Kouakou, le père du dialysé, est déjà prêt. Vêtu d’un pantalon noir, d’une chemise blanche à carreaux à manches longues légèrement défraîchie et chaussé de sandales, il attend aux côtés de son fils.

F.K., lui, porte un polo jaune assorti d’une culotte noire. Sur ses deux bras, des gonflements attirent notre attention. Son père nous explique qu’il s’agit de la fistule artério-veineuse, cet accès, à l’origine des séances de dialyse.

« Il faut constamment la protéger. Son bon fonctionnement est essentiel pour que la dialyse soit efficace », explique-t-il.

Une surveillance quotidienne est donc indispensable pour éviter toute complication. Dans cette maison encore plongée dans le calme du petit matin, alors que les autres membres de la famille dorment encore, un père veille sur son enfant. Chaque geste est devenu une habitude : préparer le départ, vérifier que tout va bien, accompagner son fils à l’hôpital. Rien dans cette scène n’est spectaculaire. Pourtant, tout raconte le poids d’un combat quotidien. Les rendez-vous répétés, l’inquiétude silencieuse et la force nécessaire pour continuer à avancer malgré la maladie.

La route vers le CNPTIR, un trajet chargé de silence

Le taxi démarre dans une circulation encore peu dense. À l’arrière du véhicule, F.K. reste silencieux. Son visage porte les marques de la fatigue. À ses côtés, son  père  dont le regard reflète l’anxiété.

Dans cette voiture, les mots sont rares. Le silence raconte à lui seul, la réalité de nombreuses familles dont la vie est désormais organisée autour des soins. À mesure que le véhicule approche du CNPTIR de Cocody, la tension monte. Pour beaucoup, ce trajet pourrait sembler banal. Pour eux, en effet, il représente une nouvelle étape d’un combat qui se répète chaque semaine.

Le père surveille chacun des gestes de son fils. F.K., lui, se laisse guider. Fatigué, mais courageux. Lorsque le taxi arrive devant le centre de dialyse, le père de l’enfant descend le premier. Il ouvre la portière et accompagne son enfant avec des gestes précis, devenus presque automatiques avec le temps.

A l’entrée du service, F.K. marque un bref arrêt avant de franchir la porte. Comme chaque mercredi et samedi, une nouvelle séance l’attend.

La dialyse, un rendez-vous qui rythme une enfance

Dans le hall du CNPTIR, l’attente reprend ses droits. Barthélemy N’Dri Kouakou s’installe aux côtés de son fils. Il reste attentif au moindre mouvement, comme s’il était toujours prêt à intervenir.

Autour d’eux, le personnel médical s’active. Les patients arrivent les uns après les autres. Ici, le temps ne s’écoule pas comme ailleurs. Chaque minute est comptée, chaque séance représente une nouvelle bataille pour rester en vie.

Puis, vient le moment d’entrer dans la salle de l’unité de soins. Le père accompagne son fils jusqu’à la salle de dialyse. Une salle froide presque calme. Seul  le léger bourdonnement des machines vient troubler l’air chargé d’odeurs de désinfectant. Il marche derrière lui, silencieux, le regard fixé sur cet enfant dont la vie a basculé quelques années plus tôt.

À l’intérieur, les soignants prennent F.K. en charge avec précaution. Ils vérifient les paramètres médicaux, préparent les branchements. Quelques instants plus tard, la machine se met en marche.

Sur les lits alignés, des patients allongés, immobiles, attendent, le bras relié à des tuyaux transparents qui aspirent, filtrent et renvoient le sang à travers l’appareil.

Pendant environ trois heures et demie d’horloge, le sang de l’enfant est  dans le circuit pour le processus de la  dialyse afin d’être débarrassé des déchets et de l’excès d’eau que ses reins ne parviennent plus à éliminer naturellement.

Pour F.K., cette machine est devenue indispensable. Elle lui permet de survivre, mais aussi lui rappelle  chaque semaine la maladie qui l’accompagne.  À l’extérieur de la salle, son père attend. Dans cet espace réservé aux accompagnants, le temps semble suspendu. Depuis cinq ans, le père de F.K  connaît cette attente.

« Ce n’est pas facile, mais on n’a pas le choix. Il faut venir. Nous gardons l’espoir qu’un jour, on trouve un rein pour mon enfant », confie-t-il.

Un père qui a tout abandonné pour sauver son fils

Planteur dans le village de Diallokro, dans la région de Irié, sous-préfecture de Zégo et père de dix enfants,  Barthélémy N’Dri Kouakou avant la maladie de son enfant vit de sa plantation et partageait  son quotidien  entre son activité agricole et sa famille. Mais depuis 2021, tout a  changé. Pour accompagner F.K. dans son suivi  médical, il quitte son village, laisse derrière lui son épouse, ses autres enfants et son activité.

« J’ai dû tout abandonner pour venir à Abidjan. J’ai mis ma plantation en garantie depuis plus de quatre ans pour m’occuper de mon fils. Malheureusement, j’ai tout perdu », raconte-t-il.

Sa voix tremble lorsqu’il évoque cette nouvelle réalité.

« Un grand homme comme moi, je suis devenu petit aux yeux des autres. Je me sens impuissant. Aujourd’hui, nous vivons chez mon grand-frère parce que je n’ai plus les moyens de subvenir seul à nos besoins. ».                                                                                                                                                                  Chaque  trois mois, il retourne au village pour  entretenir les liens avec les siens.

« Je suis obligé de faire ces déplacements pour retrouver ma femme et mes enfants. La famille me manque, mais mon fils a besoin de moi. ».

Dans son regard, on lit la fatigue, mais aussi une détermination intacte.

« Aujourd’hui, je n’ai plus vraiment de vie. Mes journées sont consacrées à mon enfant. Il ne peut plus jouer comme avant. Il doit faire attention à son bras à cause de la fistule. ».

À ces mots, l’émotion devient trop forte. Barthélemy N’Dri Kouakou laisse couler quelques larmes. Un silence s’installe.

Barthélemy N’Dri Kouakou attend en silence dans la salle d’attente pendant la dialyse de son fils F.K., une routine quotidienne depuis des années

Derrière ce père, il y a des milliers de familles qui vivent la même réalité. Celle de devoir choisir entre continuer à travailler ou accompagner un proche malade.

Le poids financier d’une maladie chronique

Si les séances de dialyse sont subventionnées par l’État ivoirien dans les centres publics, la prise en charge reste lourde pour les familles.                                                                                                                      Transport, médicaments, alimentation adaptée, examens complémentaires : les dépenses s’accumulent.

Pour le père de F.K., chaque déplacement a un coût important.

« Pour chaque séance, nous dépensons environ 10 000 Fcfa pour le transport aller-retour. Comme mon fils dialyse deux fois par semaine, cela représente environ 80 000 Fcfa par mois uniquement pour les déplacements. »

À cela s’ajoute, l’espoir d’une greffe rénale.

« On m’a expliqué que pour sauver mon enfant, il faudrait une greffe qui coûte plus de trois millions de Fcfa. Mais où vais-je trouver cet argent ? Je suis un simple planteur. »

Aujourd’hui, c’est une ong dénommée secours perpétuel en action (SPERA), présidée par Rachelle Kouamé, qui accompagne la famille dans la prise en charge de F.K. Avant cette aide, les premiers se sont déroulés  dans une clinique privée au Plateau, où trois séances de dialyse coûtent environ  80 000 Fcfa.

« Je remercie ceux qui nous soutiennent. Sans eux, je ne sais pas comment nous aurions continué », reconnaît-il.

Malgré les difficultés, il garde une lueur d’espoir.

« Tant que je pourrai marcher, je serai aux côtés de mon fils. »

Le rêve brisé d’un futur footballeur

Après plusieurs heures passées sous la machine, la porte de la salle de dialyse s’ouvre enfin. F.K. apparaît. Son visage est marqué par la fatigue. Ses gestes sont lents, prudents. La séance vient de lui demander une nouvelle fois beaucoup d’énergie. À cause de la maladie, certaines choses qui semblaient naturelles avant, sont devenues impossibles. Jouer librement, courir avec ses camarades ou participer à un match de football sont désormais des activités auxquelles il doit réfléchir.

« Aujourd’hui, je ne peux plus m’amuser comme avant à cause de ce que je porte. Quand mes amis viennent me chercher pour jouer au football, je les accompagne parfois, mais je ne joue pas. Si le ballon touche ma fistule, je peux perdre beaucoup de sang », explique-t-il.

L’enfant doit également apprendre à vivre avec des restrictions alimentaires.

« Quand mes camarades mangent de l’alloco, j’ai mal parce que je n’ai plus droit à certains aliments. Au village, je rêvais de devenir footballeur professionnel comme Didier Drogba. Aujourd’hui, ce rêve est devenu difficile. »

Son père s’approche immédiatement. Un long discours n’est  pas nécessaire. Un regard suffit pour comprendre le soulagement de retrouver son enfant debout.

A l’instar  des  précédentes fois, il faudra rentrer, se reposer, reprendre des forces avant la prochaine séance. Mais derrière cette fatigue visible, F.K. reste un enfant qui caresse le secret  espoir de réaliser  ses rêves.

Entre doute et espoir

À 9 ans, lorsqu’il apprend qu’il souffre d’une insuffisance rénale, il ne mesure pas encore l’ampleur de la maladie. Aujourd’hui, à 13 ans, il comprend que son quotidien est différent de celui des autres enfants.

Et pourtant, il garde un espoir.

« Si des personnes de bonne volonté peuvent m’aider à avoir de nouveaux reins, je pourrai vivre longtemps comme mes amis, travailler plus tard et aider mon papa et ma maman. Je veux guérir pour jouer au ballon. ».

Dans les couloirs du CNPTIR, F.K. avance doucement. Il ne fait pas de bruit. Son visage est le reflet  d’une épreuve trop grande pour son âge, mais aussi une force exceptionnelle.

Son histoire rappelle que derrière chaque enfant dialysé, il y a un rêve interrompu qui attend de reprendre vie.

« La dialyse m’a beaucoup pris, mais pas mon envie de vivre » : le bouleversement d’une vie professionnelle

À 33 ans, N.K.B. doit réapprendre à vivre avec une maladie qui bouleverse tous les aspects de son existence.

Ancienne enseignante dans un collège privé à Yopougon, elle voit son quotidien basculer lorsqu’elle apprend qu’elle souffre d’une insuffisance rénale chronique nécessitant des séances régulières de dialyse.

Au fil du temps, les absences répétées, la fatigue et les contraintes liées aux soins finissent par fragiliser sa vie professionnelle. Elle perd son emploi.

Depuis six ans, elle poursuit son traitement grâce au soutien de sa famille, devenue son principal soutien.

Mais la maladie ne touche pas seulement son activité professionnelle. Elle transforme également son regard quant à son  son corps et son identité féminine.

« Quand je me regarde dans le miroir, je ne me reconnais plus toujours. Mon visage a changé, ma peau n’est plus comme avant. Mon poids aussi a beaucoup évolué. Je ne vois plus mes menstrues depuis la maladie », confie-t-elle. À la souffrance physique,  s’ajoute une épreuve affective. Son compagnon finit par partir, incapable d’affronter les contraintes imposées par la maladie. Cette rupture vient renforcer un sentiment d’isolement déjà présent chez de nombreux patients dialysés.

Pourtant, N.K.B. refuse de se laisser définir uniquement par son statut de malade.

« Il y a des jours où j’ai envie d’abandonner. Mais quand je pense à ma famille et à tous ceux qui me soutiennent, je retrouve la force de continuer », dit-elle.

Son parcours illustre parfaitement  une réalité souvent invisible. L’insuffisance rénale ne détruit pas seulement les reins. Elle bouleverse aussi les relations sociales, les projets professionnels, la vie familiale et parfois, l’estime de soi.

Derrière chaque séance de dialyse, il y a une personne qui tente de préserver sa dignité malgré les contraintes imposées par la maladie.

« Elle était ma fille unique » : le combat d’une mère face à l’insuffisance rénale

À 59 ans, Sylvie Toho cherche encore les mots lorsqu’elle parle de sa fille. Le prénom de Marie-Esther suffit à faire remonter les souvenirs, mais aussi une douleur toujours persistante.

Son unique enfant décède le 6 mai 2026, au centre hospitalier universitaire (CHU)de Yopougon, après plusieurs années de lutte contre une insuffisance rénale chronique.

Le faire-part de Marie Esther entre les mains, Sylvie Toho garde vivante la mémoire de sa fille, disparue après un long combat contre l’insuffisance rénale

Derrière cette disparition, se cache un long combat empreint de souffrances, de sacrifices, mais aussi d’un amour maternel sans limite. Tout commence en août 2020. La famille vient de traverser une période difficile après le décès du père de Sylvie. Alors qu’elle se trouve chez une proche à Cocody- Angré, Marie-Esther apparaît inhabituellement pâle. Inquiète, sa mère décide de l’accompagner dans un centre de santé.

« Les médecins ont d’abord parlé d’une grave anémie. Ils nous ont orientées vers l’hôpital militaire d’Abidjan (HMA), mais comme il n’y avait pas de place, nous avons finalement été transférées à l’hôpital de Port-Bouët », raconte-t-elle. Où une transfusion sanguine est réalisée en urgence. Mais les examens révèlent une réalité beaucoup plus grave. Les reins de l’adolescente ne fonctionnent presque plus. Pour Sylvie Toho, le choc est terrible.

« Au début, je pensais que les médicaments allaient la guérir. Je ne savais pas qu’on entrait dans un long combat. ».

Après plusieurs examens à l’Institut National d’Hygiène Publique (INHP) d’Adjamé, le diagnostic est sans appel : Marie-Esther souffre d’une insuffisance rénale sévère.

Le quotidien de la famille bascule.

Une course permanente pour maintenir sa fille en vie. Rapidement, l’état de santé de l’adolescente se dégrade. La dialyse devient indispensable. Commence alors un parcours médical difficile, marqué par les déplacements, les hospitalisations et les inquiétudes permanentes.

À cette époque, chaque séance de dialyse en clinique coûte 80 000 Fcfa. La famille paie trois séances dans l’espoir que les reins reprennent leur fonctionnement normal. Mais la situation ne s’améliore pas.

« Nous avons tout essayé », souffle la mère.

Les recherches de solutions conduisent finalement la famille au  centre national de prévention et de traitement de l’insuffisance rénale (CNPTIR) de Cocody. Où Marie-Esther est finalement prise en charge. Mais la dialyse impose une nouvelle organisation familiale.

« Nous quittions la maison vers 20 heures pour les séances de nuit et nous ne rentrions qu’à une heure ou deux heures du matin. Malgré la fatigue, nous continuions », raconte sa mère.

Au fil des mois, la maladie prend de plus en plus de place dans la vie de la jeune fille. Élève en classe de troisième, Marie-Esther doit abandonner l’école. Son état de santé ne lui permet plus de suivre normalement les cours. Ses séances de dialyse passent progressivement de deux à trois fois par semaine. Après chaque séance, la fatigue s’intensifie.

« Elle revenait épuisée, mais elle essayait toujours de garder le sourire », se souvient sa mère.

Une adolescente qui veut encore aider les autres

Malgré la maladie, Marie-Esther refuse de devenir uniquement une patiente. Au sein de l’ong SPERA, elle participe aux activités organisées pour les enfants dialysés.

« Elle était leur porte-parole. Elle encourageait les autres enfants et voulait toujours participer aux activités », témoigne Sylvie.

Ses amis sont désormais principalement d’autres jeunes confrontés à la même épreuve. Ils comprennent ses douleurs, ses absences, ses contraintes alimentaires et cette enfance différente. Mais les derniers mois de sa vie sont particulièrement difficiles. Une infection de sa fistule provoque des complications importantes. Les soins se multiplient, les transfusions reprennent. Puis, arrive le matin du 6 mai 2026. Marie-Esther se réveille avec un malaise.

« Elle m’a appelée en disant : « Maman, quelque chose coule. » Nous avons essayé de faire ce que nous pouvions avant de prendre un taxi pour l’hôpital. Le saignement s’était arrêté, puis il a repris. Quand nous sommes arrivées, il était déjà trop tard. ».

La voix de Sylvie se brise.

« Ma fille unique est partie… »

Une douleur de mère, un message aux familles

Dans les souvenirs de Sylvie Toho résonnent  encore les questions de son enfant.

« Maman, pourquoi moi ? »

Ou encore cette phrase, qui la bouleverse profondément encore aujourd’hui.

« Maman, je ne suis plus une femme. »

Car au-delà de la maladie, Marie-Esther est une adolescente qui voit son corps changer, ses rêves menacés et son avenir  incertain. Malgré cette grande  douleur, sa mère  rend hommage aux équipes médicales.

« Ils ont fait tout ce qu’ils pouvaient pour sauver ma fille. Je leur serai toujours reconnaissante. ».

Aux parents qui vivent aujourd’hui une situation similaire, elle adresse un message.

« Il ne faut jamais abandonner. Il faut continuer à se battre et garder espoir. Certains enfants retrouvent une vie normale grâce à la greffe ou à une amélioration de leur état de santé. »/

Aujourd’hui, il reste à la maman de Marie-Esther, le souvenir d’une jeune fille généreuse.

Une enfant qui rêve d’aider les autres.

« Elle me disait que lorsqu’elle aurait les moyens, elle voudrait nourrir les prisonniers et aider les enfants démunis. »

À travers son histoire, une question demeure. Combien d’autres familles devront encore affronter seules une telle épreuve ?

L’histoire de Marie-Esther rappelle que derrière chaque patient dialysé, il n’y a pas seulement une maladie. Il y a une personne, une famille et des rêves qui méritent d’être protégés.

André Adou, le dialysé qui transforme son combat en mission de sensibilisation

Chaque mercredi et samedi, André Adou retrouve le même fauteuil de dialyse. Pendant quatre heures, une machine prend le relais de ses reins qui ne fonctionnent plus normalement. Ce rituel fait partie de sa vie depuis 2018. Pourtant, loin de se définir uniquement par la maladie, ce jeune ivoirien choisit de transformer son expérience en une force au service des autres. Son histoire commence en Tunisie, où il poursuit ses études. À seulement 26 ans, il reçoit une annonce qui bouleverse son existence. Il souffre d’une insuffisance rénale chronique terminale.

Le choc est immense.

Comme beaucoup de patients confrontés à ce diagnostic, André refuse d’abord d’accepter la réalité.

« Quand on vous annonce une telle nouvelle, il faut du temps pour comprendre et accepter », explique-t-il.

À son retour en Côte d’Ivoire, il cherche toutes les solutions possibles pour retrouver la santé. Dans la peur et le désespoir, il tente différentes démarches, convaincu qu’une solution miracle existe. Avec le recul, il reconnaît que la détresse peut parfois pousser les malades à croire à des solutions improbables.

« Le désespoir peut amener une personne malade à chercher partout une réponse », confie-t-il.

Puis, vient le temps de l’acceptation. André comprend que la dialyse n’est pas une fin, mais un traitement qui lui permet de continuer à vivre. Cette prise de conscience marque un tournant dans son parcours.

De patient à accompagnateur des malades

Aujourd’hui, secrétaire général de l’association ivoirienne des dialysés et insuffisants rénaux (AIDIR), André Adou accompagne ceux qui découvrent cette maladie. Son expérience personnelle lui permet de comprendre les inquiétudes des nouveaux patients (la peur de la machine, l’incertitude face à l’avenir, les difficultés financières et le bouleversement familial).

« Quand un nouveau patient arrive, il a souvent peur. Mon rôle est de lui montrer qu’il est possible de continuer à vivre malgré la maladie », explique-t-il.

Au fil des années, il devient un repère pour plusieurs malades. Sur les réseaux sociaux, il partage son quotidien, répond aux interrogations et combat les idées reçues. À travers des vidéos, des témoignages et des publications, il montre qu’une personne dialysée peut encore étudier, travailler, voyager, entreprendre et réaliser des projets. Son message est simple : la dialyse n’est pas la fin de la vie.

Sensibiliser les jeunes pour prévenir la maladie

Pour lui, la lutte contre l’insuffisance rénale passe avant tout par la prévention. C’est pourquoi il intervient régulièrement dans les établissements scolaires afin d’expliquer aux élèves le rôle des reins et les moyens de les protéger. Il insiste sur des gestes simples : boire suffisamment d’eau, limiter le sel, éviter l’automédication, contrôler son poids, surveiller sa tension artérielle et effectuer des contrôles médicaux réguliers.

Pour Adou, chaque sortie est une victoire. Au SILA, le jeune dialysé s’offre une parenthèse d’évasion loin de son quotidien hospitalier.

Pour rendre son message plus accessible aux enfants, il imagine un jeu de cartes éducatif permettant d’apprendre tout en s’amusant. Il publie également un livre illustré destiné aux plus jeunes : « Je m’informe sur la santé de mes reins ».

À travers des mots simples, il explique le fonctionnement des reins et encourage les enfants à adopter de bonnes habitudes dès le plus jeune âge.

Témoigner pour redonner espoir

André Adou est également l’auteur de plusieurs ouvrages dans lesquels il raconte son parcours, notamment « Dialyser, ce n’est pas la fin » et « Dialysé sous les balles ».

Une vue des ouvrages….

…et des cartes de sensibilisation consacrés à la prévention et à la lutte contre l’insuffisance rénale.

À travers ses écrits, il partage ses moments de peur, ses périodes de découragement, mais aussi les raisons qui le poussent à continuer. Son objectif est de montrer aux patients qu’ils ne sont pas condamnés à renoncer à leurs rêves. Pour lui, chaque personne dialysée doit pouvoir rester actrice de sa propre vie.

« La maladie fait partie de mon histoire, mais elle ne définit pas qui je suis », résume-t-il.

Le parcours d’André Adou illustre une autre réalité de l’insuffisance rénale. Certains patients deviennent eux-mêmes des acteurs essentiels de la lutte contre la maladie. En transformant son épreuve personnelle en engagement collectif, il contribue à changer le regard porté sur les personnes dialysées.

Dr César Auguste Gaudo Kouadio : de patient à porte-voix des dialysés

Avant d’être un responsable associatif reconnu,  Dr César Auguste Gaudo Kouadio, pharmacien, est d’abord un patient qui connaît, dans sa chaire, la réalité de l’insuffisance rénale. Son engagement ne naît pas dans un bureau, mais dans une salle de dialyse.

En août 1993, alors qu’il n’a que 21 ans, un accident lors d’un match de maracaña bouleverse sa vie. À la suite d’un violent choc, il perd son rein droit et subit une intervention chirurgicale qui consiste à retirer un rein au centre hospitalier régional (CHR) de Bouaké. Pendant près de trois décennies, il apprend à vivre avec un seul rein.

Mais en 2020, son état de santé se dégrade. Son rein restant commence à montrer des signes de faiblesse. La dialyse devient alors une nouvelle étape dans son parcours. Trois fois par semaine, il rejoint à son tour, ces patients qui dépendent d’une machine pour continuer à vivre.

« Pendant des années, j’ai vécu avec un seul rein tout en accompagnant des malades. Puis la maladie m’a rattrapé. Aujourd’hui, c’est moi qui suis sous dialyse », confie-t-il.

Cette expérience transforme son regard. Dans la salle de dialyse, il n’est plus seulement pharmacien ou responsable associatif. Il est un malade parmi les autres, confronté aux mêmes inquiétudes. La fatigue, les contraintes alimentaires, les dépenses liées aux soins et l’incertitude face à l’avenir. Cette proximité avec la réalité quotidienne des patients devient le moteur de son engagement.

Porter la voix de milliers de malades

Le 4 novembre 2022, son parcours prend une nouvelle dimension. Il devient le sixième président du bureau exécutif national de l’association ivoirienne des dialysés et insuffisants rénaux (AIDIR).

Créée en 1991, l’AIDIR accompagne les personnes atteintes d’insuffisance rénale, informe les patients et défend leurs intérêts auprès des pouvoirs publics et des acteurs de santé. L’association développe également des programmes d’accompagnement entre patients afin d’aider les nouveaux dialysés à mieux accepter leur nouvelle réalité. En outre, elle est la seule association de dialysés reconnue par l’État de Côte d’Ivoire. En quelques années, elle change de dimension. De 10 sections et près de 800 membres en 2022, elle passe à 19 sections regroupant environ 1 500 membres en 2026, dont les deux tiers d’hommes et un tiers de femmes. Cette croissance traduit un besoin immense de solidarité et d’organisation. Mais derrière ces chiffres, la réalité demeure brutale,  à la fin de l’année 2025, l’association enregistre un taux de mortalité de 30 %.

Pour  Dr Gaudo Kouadio, la maladie ne se limite pas aux séances de dialyse. Elle touche toutes les dimensions de la vie.

« La prise en charge ne concerne pas uniquement la machine. Après la dialyse, il y a les médicaments, le régime alimentaire, les transports et toutes les conséquences sociales de la maladie », mentionne-t-il.

Car derrière chaque patient dialysé se cache souvent une famille qui doit s’adapter. Certains perdent leur emploi à cause des absences répétées. D’autres voient leurs revenus diminuer parce que leur activité professionnelle devient difficile à maintenir.

« La dialyse impose trois à quatre heures de traitement plusieurs fois par semaine. Cela bouleverse forcément la vie professionnelle et familiale », souligne-t-il.

Une maladie qui dépasse la question médicale

En Côte d’Ivoire, les autorités sanitaires renforcent progressivement le dispositif de prise en charge avec l’ouverture de plusieurs centres publics d’hémodialyse. Le pays compte aujourd’hui un réseau de vingt (20) centres répartis sur le territoire national, avec des séances publiques fortement subventionnées par l’État. Mais pour les associations de patients, les défis restent nombreux.

Le coût du transport, les médicaments non  pris en charge, les difficultés alimentaires et l’accompagnement psychologique restent des préoccupations majeures. Pour le président de l’AIDIR, améliorer la vie des malades nécessite une approche globale.

« Un patient ne doit pas seulement survivre grâce à une machine. Il doit pouvoir continuer à vivre, travailler, étudier et conserver sa dignité », affirme-t-il.

L’association mise également sur l’accompagnement humain. À travers le système des « pairs aidants », d’anciens patients partagent leur expérience avec ceux qui découvrent la maladie. Un soutien essentiel pour réduire l’angoisse et l’isolement.

De la Côte d’Ivoire à la sous-région

En avril 2024, le combat du Dr César Auguste Gaudo Kouadio prend une dimension sous-régionale avec son engagement au sein du réseau des associations des hémodialysés des pays de l’UEMOA (RASHIR-UEMOA).

Son ambition est de faire entendre la voix des patients au-delà des frontières ivoiriennes et de favoriser le partage d’expériences entre associations.

Pour lui, la lutte contre l’insuffisance rénale ne peut être efficace sans une implication directe des personnes concernées.

« Les patients doivent être considérés comme des acteurs de la lutte contre la maladie », défend-il.

À travers son parcours,  Dr Gaudo Kouadio incarne une autre facette de l’insuffisance rénale. Celle d’hommes et de femmes qui, malgré la maladie, choisissent de transformer leur épreuve en engagement.

De patient à défenseur des patients, son combat devient celui d’une communauté entière. Permettre aux personnes dialysées de vivre avec plus de soins, plus de dignité et plus d’espoir.

Ong SPERA : une main tendue aux enfants dialysés et aux familles fragilisées

Tout commence en 2012, avec une scène qui bouleverse profondément Rachelle Kouamé, présidente de l’ong secours perpétuel en action (SPERA). Alors qu’elle assiste à une séance de dialyse, elle est témoin du malaise d’un patient.En cherchant à comprendre ce qui se passe, elle découvre une réalité difficile. Certains malades arrivent à l’hôpital sans avoir mangé, faute de moyens.

Après avoir payé les frais liés à leur prise en charge, ils n’ont parfois plus rien pour se nourrir. Cette situation provoque un déclic. Avec ses propres ressources, Rachelle Kouamé commence à offrir des collations aux patients deux fois par semaine.

Ce geste, au départ simple, devient progressivement une véritable mission sociale avec la création de l’organisation. Aujourd’hui, la structure accompagne les personnes atteintes d’insuffisance rénale, particulièrement les enfants et adolescents dialysés.

Préserver une enfance bouleversée par la maladie

Derrière chaque séance de dialyse, il y a une enfance souvent mise entre parenthèses. Les jeux, les sorties, l’école et les rêves d’avenir sont parfois interrompus par les rendez-vous médicaux, les hospitalisations et la fatigue. C’est cette réalité que l’ong SPERA tente de mettre en lumière.

L’organisation intervient dans plusieurs centres de dialyse d’Abidjan (Treichville, Yopougon), notamment auprès des enfants suivis au CNPTIR de Cocody. Elle apporte un accompagnement matériel, alimentaire et surtout humain.

Un bénévole de l’ong SPERA apporte un repas à un patient en dialyse, geste solidaire qui soutient les malades pendant leur traitement.

Chaque semaine, elle soutient 32 jeunes patients dialysés. Son action ne se limite pas aux soins.

L’association participe  également à la prise en charge de certains frais médicaux, apporte une aide à l’achat de médicaments, accompagne les familles selon ses possibilités et organise également des activités récréatives pour permettre aux enfants de retrouver, même momentanément, une vie plus proche de celle des autres enfants. Arbres de Noël, sorties, moments de partage etc., ces instants permettent aux jeunes patients d’oublier, quelques heures durant, la maladie qui rythme leur quotidien.

Une dette de soins devenue un symbole de solidarité

Au fil des années, l’ong SPERA s’engage également auprès des patients en difficulté financière. En 2024, elle contribue au règlement d’une dette de soins de deux millions de Fcfa contractée par des patients du CNPTIR.

La présidente de l’ONG Spera remettant l’enveloppe contenant les 2.000.000Fcfa au S/D de la CNPTIR en présence d’autres responsables et du contrôleur budgétaire.

Cette action illustre une réalité souvent méconnue même lorsque les séances de dialyse sont subventionnées, de nombreuses familles restent fragilisées par les dépenses annexes. Transport, médicaments, alimentation adaptée, examens médicaux, etc. Autant de charges qui peuvent pousser certains patients au découragement.

Bingerville-Éloka : un projet pour redonner une vie normale aux enfants

Pour Rachelle Kouamé, responsable de cette organisation, accompagner les enfants dialysés ne doit pas seulement consister à répondre aux urgences. Il faut aussi penser à leur avenir.

C’est pourquoi SPERA porte un projet ambitieux : la construction d’un centre d’accueil dédié aux enfants et adolescents dialysés à Bingerville-Éloka. Un terrain de 1 000 m² est déjà acquis pour accueillir cette future structure.

Une vue du terrain acquis de 1000m2 de Bingerville-Eloka

« L’objectif est de créer un véritable lieu de vie où ces enfants peuvent bénéficier d’un accompagnement global (médical, éducatif, psychologique et social).

Le futur centre prévoit notamment des espaces d’hébergement adaptés :

●     Quatre (4) dortoirs : deux grands dortoirs pour filles et deux grands dortoirs pour garçons ;

●     Dix (10) chambres individuelles pour les situations particulières ;

●     Une salle d’étude pour permettre aux enfants de poursuivre leur scolarité ;

●     Une salle de jeux ;

●     Un réfectoire et une cuisine ;

●     Des toilettes et une buanderie ;

●     Des bureaux administratifs et médicaux ;

●     Des sanitaires adaptés.

Le centre pourrait accueillir jusqu’à 250 enfants et adolescents. », confie la responsable de ladite  ong.

« Ils demandent simplement une chance de vivre »

Pour elle, ce projet répond à une urgence sociale.

« Ces enfants ne demandent pas la compassion. Ils demandent simplement une chance. Une chance de grandir, d’apprendre, de rêver et de vivre comme les autres enfants », explique-t-elle.

Aujourd’hui, de nombreuses familles venues de l’intérieur du pays (Divo, Jacqueville et autres) doivent effectuer régulièrement de longs déplacements vers Abidjan pour permettre à leurs enfants d’être dialysés. Ces trajets représentent une fatigue supplémentaire et un coût important.

Avec ce centre, la structure souhaite offrir une solution durable. Les enfants pourraient rester proches des structures médicales, poursuivre leur traitement dans de meilleures conditions et continuer leur scolarité malgré la maladie.

Car pour la structure, sauver un enfant dialysé ne signifie pas seulement prolonger sa vie. C’est aussi préserver son enfance et lui permettre de construire un avenir.

Un appel aux partenaires pour transformer un rêve en réalité

Pour concrétiser ce projet, elle recherche aujourd’hui des partenaires institutionnels, des entreprises et des fondations capables d’accompagner la construction et l’équipement du centre.

« Pour l’exercice 2025-2026, nos besoins  demeurent considérables. L’organisation recherche des financements pour assurer 150 actes de dialyse, l’achat de 150 traitements médicamenteux, la pose de 100 cathéters, la réalisation de 50 fistules artério-veineuses, ainsi que la prise en charge des hospitalisations, à hauteur d’un million de francs CFA. Nous souhaitons également renforcer l’accompagnement alimentaire et psychologique au profit des enfants et adolescents dialysés ainsi que de leurs familles (…),  ajoute- t-elle.

Mais derrière ces besoins matériels, il y a surtout des histoires humaines. Celles d’enfants comme F.K., qui rêvent simplement de courir avec leurs amis. Celles de familles comme celle de Barthélemy N’Dri Kouakou, qui sacrifient une partie de leur vie pour sauver un enfant. Celles de parents qui espèrent qu’un jour, la maladie ne sera plus synonyme de renoncement.

Une urgence sanitaire, un devoir collectif

Au terme de ce reportage, une réalité est implacable : l’insuffisance rénale en Côte d’Ivoire n’est pas seulement une maladie qui touche un organe. Elle bouleverse des familles entières, suspend des rêves et impose à des milliers de personnes un combat quotidien pour rester en vie.

Derrière chaque séance de dialyse, il y a une histoire humaine.

Celle d’un père comme Barthélemy N’Dri Kouakou, qui quitte sa plantation et sa famille pour accompagner son fils malade. Celle d’une mère comme Sylvie Toho, qui sacrifie tout pour tenter de sauver son enfant. Celle de jeunes patients qui voient leurs études, leurs projets et parfois leur enfance interrompus par une maladie qu’ils n’ont pas choisie.

Ces parcours rappellent une évidence. Soigner l’insuffisance rénale ne doit pas se limiter à brancher un patient à une machine. Il faut aussi prendre en compte tout ce qui entoure la maladie : les médicaments, le transport, l’alimentation, le soutien psychologique, la scolarisation des enfants et l’accompagnement des familles.

L’État ivoirien fait  des avancées notabes avec la création de 20 centres de dialyse et la subvention des séances, permettant à de nombreux patients d’avoir accès aux soins. Mais les besoins restent immenses. La prise en charge doit continuer à évoluer pour répondre à une population de malades en constante augmentation. 

Un appel à agir pour sauver des vies

Aux pouvoirs publics, il revient de poursuivre les efforts engagés en renforçant les capacités des centres existants, en développant davantage les structures spécialisées dans les régions et en facilitant l’accès aux traitements complémentaires indispensables à la survie des patients.

La prévention doit également devenir une priorité nationale. Le dépistage précoce de l’insuffisance rénale, la lutte contre l’hypertension, le diabète et l’automédication peuvent permettre d’éviter de nombreuses complications.

Aux entreprises, fondations et partenaires privés, il appartient de rejoindre cette bataille humaine. Un équipement médical, un soutien financier, une prise en charge scolaire ou un accompagnement social peuvent changer concrètement le destin d’un patient et de sa famille.

Le projet de centre d’accueil porté par l’ong SPERA à Bingerville-Éloka illustre cette nécessité. Il ne s’agit pas seulement de construire un bâtiment. Il s’agit de créer un espace où des enfants pourront continuer à apprendre, jouer, grandir et croire en leur avenir malgré la maladie.

Aux citoyens enfin, le message est simple. L’insuffisance rénale peut toucher n’importe quelle famille. La solidarité, l’information et la prévention sont des armes essentielles.

Redonner une enfance aux enfants dialysés

Un enfant dialysé n’est pas uniquement un malade. C’est un élève qui rêve de retourner à l’école. C’est un sportif qui souhaite retrouver un terrain de football. C’est une fille ou un garçon qui veut simplement grandir comme les autres.

Chaque séance de dialyse maintient un corps en vie. Mais c’est l’accompagnement humain qui permet à une personne de continuer à espérer.

Aujourd’hui, ces enfants ne demandent pas la pitié. Ils demandent une chance. La chance de poursuivre leurs études. La chance de vivre sans être définis uniquement par leur maladie. La chance de réaliser leurs rêves.

Parce qu’aider un patient atteint d’insuffisance rénale, ce n’est pas seulement sauver une vie aujourd’hui. C’est permettre à une famille de retrouver l’espoir et à une société de protéger les plus vulnérables.

La dialyse maintient les corps en vie. La solidarité, elle, donne un avenir.

Florence EDIE ( Photos : DR)

Conditions d’interview/Les témoignages qui composent ce reportage ont été recueillis à Abidjan (Cocody et Yopougon), auprès de patients dialysés, de leurs proches et de professionnels de santé. Tous les entretiens ont été menés avec le consentement des personnes interrogées et dans le respect de leur intimité. Par souci de protection de leur image, certains patients ont demandé à rester anonymes . Leurs noms ont été remplacés par des initiales, afin de préserver leur identité tout en rendant compte de leur quotidien et de leur combat contre la maladie.

Le prix invisible de la dialyse

La dialyse est partiellement subventionnée en Côte d’Ivoire. Mais pour les patients et leurs proches, la bataille ne s’arrête pas une fois la séance terminée, car le coût le plus lourd est souvent celui que l’on ne voit pas.

Deux à trois fois par semaine, il faut trouver de quoi payer le transport, parfois depuis des localités situées à plusieurs heures du centre de dialyse. Il faut aussi acheter des médicaments non pris en charge, respecter un régime alimentaire exigeant et faire face aux complications qui peuvent entraîner de nouvelles hospitalisations.

Au fil du temps, les finances prennent un coup. Certains patients sont contraints d’abandonner leur emploi en raison des absences répétées. Des parents mettent leur activité entre parenthèses pour accompagner un enfant malade. D’autres familles s’endettent, vendent un terrain, du bétail ou d’autres biens pour permettre à leur proche de poursuivre son traitement.

À ces difficultés financières, s’ajoute une souffrance plus discrète. Les séances de dialyse dictent le rythme de la vie, éloignent des amis, interrompent les études, limitent les activités professionnelles et réduisent peu à peu la vie sociale. Beaucoup de patients finissent par se sentir seuls, incompris, parfois même oubliés.

La dialyse permet de rester en vie. Mais tant que les dépenses liées au transport, aux médicaments, à l’alimentation et à l’accompagnement des malades ne seront pas mieux prises en compte, elle continuera de fragiliser des familles déjà éprouvées. C’est ce coût invisible, celui que les statistiques ne mesurent pas, qui est souvent le plus difficile à supporter.

F.EDIE

Quand les chiffres racontent l’urgence

En Côte d’Ivoire, l’insuffisance rénale progresse silencieusement, portée par le diabète, l’hypertension artérielle et l’obésité. Les spécialistes estiment qu’environ 12 000 nouveaux cas d’insuffisance rénale chronique sont enregistrés chaque année.

Selon l’organisation mondiale de la santé (OMS), entre 674 et 850 millions de personnes vivent aujourd’hui avec une maladie rénale chronique dans le monde, soit près d’un adulte sur dix. Et la tendance est loin de s’inverser. Les projections annoncent une hausse d’environ 17 % des cas au cours de la prochaine décennie.

Les maladies rénales chroniques (MRC) sont désormais la septième cause de décès dans le monde, responsables de 5 à 11 millions de morts chaque année. D’ici 2040, elles devraient grimper à la cinquième place des causes de mortalité, représentant l’une des trois pathologies dont le nombre de décès augmente le plus rapidement.

En Afrique subsaharienne, 13 à 14 % de la population serait touchée, dans des pays où les systèmes de santé peinent déjà à répondre à la demande. La Côte d’Ivoire suit la même trajectoire. Les néphrologues y observent une progression constante des insuffisances rénales, favorisée par l’augmentation du diabète, de l’hypertension artérielle et de l’obésité. Chez certains patients diabétiques, jusqu’à 26,7 % présentent déjà une atteinte des reins.

Le plus inquiétant reste le silence de la maladie. Elle évolue souvent sans symptômes et n’est découverte qu’à un stade avancé, lorsque les reins ne fonctionnent presque plus. Pour beaucoup, la dialyse ou la transplantation deviennent alors, les seules chances de survie.

Ces chiffres ne reflètent pas seulement une crise sanitaire. Ils racontent des vies bouleversées, des familles qui s’endettent, des patients qui organisent leur quotidien autour des séances de dialyse, et des milliers de personnes qui auraient pu être épargnées grâce à un simple dépistage. C’est pourquoi les spécialistes véhiculent  le même message : détecter tôt, c’est souvent éviter l’irréversible.

F. EDIE

Sources : Centre national de prévention et de traitement de l’insuffisance rénale (CNPTIR) / Organisation mondiale de la santé / Revue africaine de médecine interne (Rafmi) / Index Medicus, novembre 2025 / Newsmada, mars 2026.

Des gestes simples pour protéger ses reins

●     Se faire dépister et réaliser un bilan de santé annuel.

●     Boire suffisamment et réduire le sel : une bonne hydratation aide les reins à fonctionner correctement. Limiter le sel, le sucre et les aliments trop transformés permet aussi de réduire les risques d’hypertension et de diabète, deux grandes causes d’insuffisance rénale.

●     Éviter l’automédication : prendre régulièrement certains médicaments sans avis médical peut fragiliser les reins. Un traitement doit toujours être suivi et contrôlé par un professionnel de santé.

●     Bouger pour rester en bonne santé : marcher, faire du sport ou pratiquer une activité adaptée au quotidien aide à contrôler le poids, la tension artérielle et la glycémie, des facteurs qui influencent la santé des reins.

●     Ne pas attendre les symptômes pour se faire dépister : l’insuffisance rénale peut évoluer longtemps sans signe visible. Une simple prise de sang et une analyse d’urines permettent de détecter rapidement une anomalie et d’agir à temps.

●     Consulter dès les premiers signaux d’alerte : fatigue inhabituelle, gonflement des pieds ou du visage, diminution des urines, essoufflement, ces signes doivent pousser à consulter.

Préserver ses reins aujourd’hui, c’est éviter demain une maladie qui peut bouleverser une vie et une famille entière.

F. EDIE

Pr Clément N’Guessan Kan Ackoundou (Néphrologue et directeur général du CNPTIR) : « Plus de 80 % des insuffisances rénales peuvent être évitées grâce au dépistage »

On l’appelle la maladie silencieuse, parce qu’elle s’installe sans faire de bruit. Pendant des années, les reins se détériorent sans provoquer de douleur ni de symptômes véritablement inquiétants. Et lorsque les premiers signes apparaissent fatigue persistante, œdèmes, essoufflement il est souvent déjà trop tard. Les reins ont cessé de fonctionner et la dialyse devient le seul moyen de rester en vie.

Pour le Pr Clément N’Guessan Kan Ackoundou, néphrologue, directeur général du Centre national de prévention et de traitement de l’insuffisance rénale (CNPTIR) et pionnier de la transplantation rénale en Afrique subsaharienne francophone, la Côte d’Ivoire est confrontée à un défi majeur de santé publique. Si le pays a réalisé d’importants progrès dans la prise en charge des malades, la prévention reste, selon lui, le meilleur traitement. Dans cet entretien, il revient sur les causes de la maladie, les avancées enregistrées et les efforts encore nécessaires pour éviter que des milliers de familles ne basculent dans ce combat quotidien.

L’insuffisance rénale est souvent qualifiée de « maladie silencieuse ». Pourquoi ce qualificatif ? Et constitue-t-elle aujourd’hui un véritable enjeu de santé publique en Côte d’Ivoire ?

Ce qualificatif s’explique par le fait que l’insuffisance rénale évolue à bas bruit. Au moment où elle se signale, il est déjà trop tard, c’est-à-dire que le malade doit entrer en dialyse. C’est un véritable problème de santé publique, car la prise en charge est lourde, hors de portée de la population, et parfois même hors de portée du gouvernement.

Il faut rappeler que beaucoup de patients ne consultent que lorsque la fatigue devient insupportable, que leur corps commence à enfler ou que leurs reins ne fonctionnent presque plus. À ce stade, il ne reste généralement qu’une solution : la dialyse. C’est justement, ce silence qui rend le dépistage indispensable. Détectée suffisamment tôt, la maladie peut être ralentie, parfois même évitée.

Chaque année, entre 500 et 1 000 nouveaux patients commencent une dialyse en Côte d’Ivoire. Derrière ces chiffres se cachent des réalités douloureuses. Des familles qui réorganisent toute leur vie autour des soins, des parents contraints d’abandonner leur emploi, des enfants qui interrompent leur scolarité, des ménages fragilisés par les dépenses liées à la maladie. La prise en charge représente également un investissement important pour l’État. Ces dernières années, l’État ivoirien a considérablement renforcé l’offre de soins. Le pays dispose aujourd’hui d’une vingtaine de centres publics de dialyse, répartis dans plusieurs régions, ce qui permet à davantage de patients d’accéder au traitement sans devoir systématiquement se rendre à Abidjan.

L’une des mesures les plus importantes reste la forte subvention accordée par l’État sur les séances de dialyse. Grâce à ce soutien, le kit de dialyse, dont le coût réel varie entre 45 000 et 60 000 francs Fcfa, n’est facturé que 1 750 Fcfa par séance au patient dans les hôpitaux publics. Or, avec deux séances par semaine, soit huit séances par mois, cela représente un coût de 14 000 francs Fcfa par mois (1 750 Fcfa x 8).

Dans le privé, en revanche, la séance de dialyse coûte entre 65 000 et 150 000 Fcfa. Imaginez ce que cela représente, à la semaine comme au mois, pour une personne sans moyens financiers.

Pour 2 000 patients, en multipliant par exemple par 45 000 francs Fcfa, on atteint déjà 90 millions de francs Fcfa au bas mot. Et chaque année, environ 500 à 1 000 nouveaux patients ont besoin de dialyse. En plus des sommes déjà engagées, l’État doit donc dégager, chaque année, près de 4 milliards de francs Fcfa. C’est un poids considérable.

Cette subvention permet à des milliers de personnes de poursuivre leur traitement et constitue un véritable filet de sécurité pour de nombreuses familles. Sans elle, beaucoup de patients ne pourraient tout simplement pas continuer à se faire dialyser.

Peut-on avoir un état des lieux ?

La Côte d’Ivoire compte près de 32 millions d’habitants, mais seuls environ1500 patients bénéficient d’une dialyse régulière. Aujourd’hui, le pays dispose de 20 centres d’hémodialyse, répartis dans les villes suivantes : Abidjan, Aboisso, Adzopé, Bouaké, Gagnoa, Korhogo, Man, Agboville, Dabou et Yamoussoukro.

Nous avons actuellement environ 1 534 patients en dialyse dans les structures publiques de Côte d’Ivoire. Le CNPTIR gère l’ensemble des malades pris en charge dans ces structures. Nous suivons environ 1 500 patients, pour une capacité de prise en charge d’au moins 2 000. Malheureusement, les moyens font défaut. Nous ne parvenons pas à recruter les 500 patients restants. Si nous disposions de suffisamment de ressources, nous pourrions les prendre en charge dès aujourd’hui.

Par ailleurs, la majorité des patients se trouve à Abidjan, où notre capacité est relativement restreinte, alors qu’à l’intérieur du pays, nous disposons de places disponibles. Nous sommes donc en mesure d’accueillir 500 personnes supplémentaires, à condition que ces patients acceptent de se déplacer pour se faire dialyser en région. Voilà, en substance, les difficultés auxquelles nous sommes confrontés. Il faut donc, en priorité, que l’État débloque les fonds nécessaires pour la prise en charge de ces 500 patients supplémentaires que nous pouvons déjà accueillir. Par exemple, un patient résidant à Abidjan peut se rendre à Yamoussoukro, Dabou ou Agboville pour sa dialyse, en attendant qu’une place se libère dans la capitale économique. Malheureusement, faute de moyens financiers, certains ne peuvent pas se déplacer pour se faire dépister à l’intérieur du pays, et cela peut mal se terminer. En théorie, c’est un choix ; mais quand il s’agit de survivre, ce n’en est plus un.

C’est un véritable cercle vicieux : chaque année, il faut pouvoir prendre en charge 500 nouveaux patients, ce qui suppose non seulement de construire de nouveaux centres, mais aussi d’assurer le suivi de ces patients. C’est extrêmement lourd. La santé coûte très cher, et l’État doit aussi répondre à d’autres priorités  l’éducation, les infrastructures routières, entre autres. La prise en charge d’à peine 2 000 patients représente déjà, 1 à 5 % du budget de la santé.

Avec tout ce qui se dit sur l’insuffisance rénale, on est tenté de savoir : la dialyse permet-elle de vivre longtemps ?

Oui. Sur 100 patients qui entrent en dialyse aujourd’hui, on peut s’attendre à ce que la moitié soit encore en vie dix ans plus tard. Une étude est actuellement menée pour établir précisément le taux de mortalité annuel en dialyse en Côte d’Ivoire. On ne peut donc pas encore avancer un chiffre, comme 20 % de décès, sans le rattacher à une réalité mesurée. Il faut que la population comprenne que la dialyse n’est pas une fin, mais un traitement qui permet de continuer à vivre, à travailler, à fonder une famille et à mener des projets.

En tant que spécialiste, quelles sont, selon vous, les principales causes de cette maladie ?

Les deux principales causes demeurent l’hypertension artérielle et le diabète. S’y ajoutent les infections comme le VIH, les hépatites, certaines formes graves de paludisme, les maladies auto-immunes telles que le lupus, l’automédication, la consommation de produits traditionnels toxiques, ainsi que certaines maladies héréditaires ou malformations rénales.

Quels sont les signes qui doivent alerter ?

Un visage gonflé au réveil, des pieds enflés, des urines très mousseuses ou contenant du sang, des envies fréquentes d’uriner la nuit, ou des difficultés à uriner, doivent inciter à consulter rapidement. Mais le plus inquiétant est que, dans la majorité des cas, la maladie ne provoque aucun symptôme au début. C’est pourquoi un simple bilan de santé annuel peut faire toute la différence.

C’est-à-dire …

Il faut faire du dépistage un réflexe. Cela passe par des campagnes de sensibilisation plus régulières, des unités mobiles de dépistage, davantage de matériel médical, et des équipes capables d’aller à la rencontre des populations dans les villages, les écoles, les universités et les entreprises. En un mot, notre objectif est de contribuer à la réduction de la morbidité liée aux maladies rénales, par le renforcement de la sensibilisation, du dépistage précoce et des capacités des acteurs de santé.C’est pourquoi nous invitons les personnes de bonne volonté à nous venir en aide. Nous souhaitons sensibiliser 100 000 personnes aux facteurs de risque des maladies rénales, dépister au moins 30 000 personnes à risque, former 20 000 professionnels de santé et acteurs communautaires, et améliorer la disponibilité des données de prévention.

Pour cela, nous avons besoin de deux camions-podiums, de deux bus médicalisés de prévention nationale, de 500 tensiomètres, 500 glucomètres, 200 thermomètres à balayage, 500 pèse-personnes, deux cars pour les équipes de dépistage, 150 bâches, 2 000 chaises, 200 tablettes, 100 ordinateurs et 20 vidéoprojecteurs, ainsi que de la production et de l’installation de grands panneaux lumineux dans les principaux carrefours d’Abidjan et de l’intérieur du pays, renouvelés tous les trois mois.

Ce plan d’action annuel de prévention vise à renforcer la prévention primaire et secondaire des maladies rénales sur l’ensemble du territoire national au cours de l’année 2027 afin de réduire la morbidité et la mortalité liées à ces pathologies. Avec ces moyens, nous pourrons sillonner au moins dix régions de Côte d’Ivoire chaque année, organiser la Marche du rein, et mener des campagnes en milieu scolaire, en entreprise, dans les gares routières d’Abidjan et de l’intérieur du pays.

Chaque insuffisance rénale évitée est une vie préservée, une famille épargnée et un avenir sauvé. Tant que le dépistage ne deviendra pas un réflexe, nous continuerons à soigner les conséquences d’une maladie que nous aurions pu prévenir. Grâce au dépistage, si l’on découvre une anomalie rénale, on peut parfois la corriger chirurgicalement. Si la maladie est héréditaire, ce n’est jamais la faute de l’enfant. Et même lorsqu’on ne peut rien faire, un suivi médical permet au moins de ralentir son évolution. Chez les enfants, la rigueur du suivi dialytique est particulièrement importante, car, au-delà de la dialyse elle-même, ce sont des enfants qui ne grandissent pas normalement et qui ne sont pas fertiles : c’est une maladie très handicapante à cet âge. Ce sont eux qu’il faut greffer en priorité. Les enfants ne doivent pas rester en dialyse : leur avenir n’est pas là.

La prévention reste la meilleure arme. Plus de 80 % des insuffisances rénales pourraient être évitées grâce au dépistage précoce et à la sensibilisation de la population à la nécessité d’un bilan de santé annuel. Il faut aussi souligner que la grossesse est un facteur de risque souvent sous-estimé.

Certaines femmes développent une hypertension pendant la grossesse. Si elle n’est pas correctement prise en charge, cette hypertension peut persister après l’accouchement et, plusieurs années plus tard, favoriser une insuffisance rénale. C’est pourquoi un suivi médical régulier reste indispensable, même après la naissance de l’enfant.

Les enfants eux-mêmes, ne sont pas épargnés. Chez les nourrissons, l’insuffisance rénale est souvent liée à des malformations ou à des maladies génétiques ? Chez les plus grands, certaines infections mal soignées peuvent endommager définitivement les reins. Pour ces jeunes patients, la dialyse, puis parfois la greffe, représentent souvent le seul espoir de retrouver une croissance normale et une vie aussi proche que possible de celle des autres enfants.

La greffe rénale, une alternative porteuse d’espoir…

Bien sûr. La transplantation rénale est désormais une réalité en Côte d’Ivoire depuis quatorze ans. Nous sommes en mesure de greffer, mais, pour l’heure, seuls des adultes bénéficient de cette intervention. Son coût, estimé entre treize et quatorze millions de Fcfa, est ramené par les autorités à environ six millions de Fcfa, grâce au soutien de l’État, afin de rendre cette intervention plus accessible. Plus d’une centaine de patients ont déjà été greffés dans le pays. Actuellement, trois enfants attendent une greffe. C’est pour moi, l’occasion de lancer un appel pour qu’ils puissent être greffés rapidement.

Un message

La santé de nos reins est essentielle à notre bien-être. Protégeons-les, sensibilisons et agissons ensemble pour réduire l’impact de l’insuffisance rénale en Côte d’Ivoire.

Interview réalisée par Florence EDIE (Photos DR)

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