La commission économique des Nations unies pour l’Afrique (CEA), en collaboration avec le ministère des Ressources animales et halieutiques (MIRAH), organise les 16 et 17 septembre 2026, à Abidjan-Plateau, un atelier de consultation nationale consacré à la domestication de la boîte à outils d’évaluation de l’économie bleue (BEVTK). À travers cet instrument, le gouvernement veut disposer de données fiables pour mieux mesurer, valoriser et développer les richesses maritimes, lagunaires et fluviales du pays.
La Côte d’Ivoire veut désormais mieux savoir ce que rapportent ses eaux. Réunis à Abidjan, au Plateau, les acteurs publics, privés, chercheurs et représentants des secteurs concernés réfléchissent à la manière de mesurer avec davantage de précision la contribution de l’économie bleue à la croissance, à l’emploi, aux conditions sociales et à la préservation de l’environnement.
L’ouverture de cet atelier marque une nouvelle étape dans la collaboration entre la CEA et le MIRAH. Elle porte notamment sur l’adaptation au contexte ivoirien de la Blue Economy Valuation Toolkit (BEVTK), un outil conçu pour évaluer les dimensions économique, sociale et écologique des activités et des écosystèmes aquatiques.

Sidi Tiémoko Touré, Ministre des ressources animales et halieutiques : « On ne pilote bien que ce que l’on mesure »
Présent à cette rencontre, le ministre des ressources animales et halieutiques, Sidi Tiémoko Touré, a insisté sur la nécessité pour la Côte d’Ivoire de mieux connaître la valeur réelle de son patrimoine aquatique.
Pour le ministre, l’économie bleue ne se limite pas à la pêche. Elle englobe un ensemble d’activités allant de l’aquaculture au transport maritime, en passant par les activités portuaires, le tourisme côtier et lagunaire ainsi que l’exploitation des ressources offshore.
La Côte d’Ivoire possède, selon lui, des atouts considérables. Plus de 550 kilomètres de côtes sur le golfe de Guinée, d’importants réseaux lagunaires et de nombreux cours d’eau offrent au pays une base importante pour développer ces différentes activités.
Le ministre a notamment évoqué les performances enregistrées dans plusieurs secteurs.
« Le Port autonome d’Abidjan a traité plus de 46 millions de tonnes de marchandises en 2025. Dans le domaine énergétique, le développement du champ pétrolier et gazier Baleine, ainsi que les perspectives liées à d’autres ressources offshore, illustrent également le potentiel maritime du pays. L’aquaculture constitue un autre axe de développement, notamment à travers le Programme stratégique de transformation de l’aquaculture en Côte d’Ivoire (PSTACI) » .
Mais derrière ces performances, il relève une difficulté majeure : l’absence de données suffisamment consolidées pour avoir une vision globale de l’économie bleue.
« On ne pilote bien que ce que l’on mesure », a-t-il souligné en substance, appelant à renforcer les capacités nationales de collecte, d’analyse et d’exploitation des données.

Un potentiel qui contraste avec le déficit de production halieutique
Le paradoxe est particulièrement visible dans le secteur de la pêche. Malgré ses ressources maritimes, lagunaires et continentales, la production locale ne couvre qu’une faible partie des besoins nationaux en poisson. En 2024, elle représentait environ 12 à 13 % de la demande nationale.
Pour compenser ce déficit, la Côte d’Ivoire a importé quelque 646 000 tonnes de poisson, pour un coût estimé à 540,8 milliards de FCFA. La contribution du secteur halieutique au PIB reste également limitée, autour de 0,2 %, selon les données présentées lors de la rencontre.
Pour les autorités, l’enjeu est donc de mieux exploiter les ressources disponibles tout en renforçant leur durabilité.
La CEA met son outil à disposition de la Côte d’Ivoire
C’est dans cette perspective que la CEA accompagne le MIRAH. Son outil BEVTK doit permettre de disposer d’une lecture plus complète du poids de l’économie bleue.
Selon Ngoné Diop, directrice du Bureau de la CEA/BSR-AO, la Côte d’Ivoire dispose de ressources aquatiques importantes : 566 kilomètres de littoral, environ 200 000 km² de zone économique exclusive, 1 200 km² de lagunes ainsi que de grands fleuves comme la Comoé, le Bandama, la Sassandra et le Cavally.
Le littoral concentre à lui seul près de 30 % de la population et 80 % des activités économiques du pays.
« L’économie bleue demeure un pilier de l’économie de la Côte d’Ivoire. Cet outil permettra de mieux informer la planification nationale et la prise de décision », a-t-elle expliqué.
La BEVTK a déjà été adaptée dans plusieurs pays africains, notamment le Cameroun, Djibouti, Madagascar, le Rwanda, les Seychelles, la Somalie et la Tanzanie.
Identifier les données pour mieux décider
Pendant les deux jours de travaux, les participants sont appelés à s’approprier la méthodologie de l’outil, mais surtout à examiner les données disponibles en Côte d’Ivoire.
Il s’agit d’identifier les sources existantes, de les valider, de relever les insuffisances et de rechercher, lorsque cela est nécessaire, des variables de substitution pour combler les lacunes.
Une cartographie des institutions, structures et points focaux susceptibles de contribuer à la collecte des informations doit également être réalisée.
Cette démarche doit permettre de passer d’une connaissance dispersée des différentes activités à une vision plus globale de l’économie bleue ivoirienne.

Une démarche inscrite dans les stratégies nationales
La domestication de la BEVTK intervient alors que la Côte d’Ivoire a déjà adopté plusieurs cadres stratégiques consacrés au développement de l’économie bleue, notamment le Cadre stratégique unifié de l’économie bleue (CaSUEB) et le Programme de développement de l’économie bleue (PRODEB).
Elle s’inscrit également dans les orientations du Plan national de développement 2026-2030 et de la nouvelle Politique nationale de développement de l’élevage, de la pêche et de l’aquaculture (PONADEPA 2026-2030).
Au-delà de l’outil, l’objectif affiché est de renforcer les compétences nationales afin que les cadres ivoiriens puissent assurer sa pérennisation et son utilisation dans la durée.
Pour la Côte d’Ivoire, l’enjeu est désormais de mieux connaître la valeur de ses eaux pour mieux les valoriser. Car entre ses 566 kilomètres de littoral, ses lagunes, ses fleuves et sa vaste zone maritime, le pays dispose d’un patrimoine naturel dont la contribution économique, sociale et environnementale reste encore à mesurer avec précision.
Florence EDIE