Okobé Léhi Marcelle (Awoulaba Côte d’Ivoire 2017) : De l’écharpe à la défense des saveurs de Lakota  

Au-delà de la couronne d’Awoulaba, Okobé Léhi Marcelle est avant tout une mère épanouie de quatre enfants (trois garçons et une fille). Femme de foi, profondément enracinée dans ses valeurs spirituelles et culturelles, elle se définit comme forte, authentique et fière de son identité. Ses courbes généreuses, qu’elle assume avec élégance, incarnent l’esthétique africaine dans toute sa richesse. Engagée dans la valorisation de son terroir, elle est à l’initiative du Festy Kpakla, un festival culinaire dédié aux saveurs de Lakota, sa région d’origine, qu’elle souhaite remettre au cœur de la fierté ivoirienne.

Quelle histoire personnelle vous a conduite à porter fièrement l’écharpe d’Awoulaba Côte d’Ivoire ?

C’est un mélange de colère, de défi personnel et de foi en mes capacités. J’avais besoin de prouver que la beauté africaine dans toute sa splendeur méritait d’être valorisée. J’ai vu en ce concours une plateforme pour incarner cette beauté, avec mes convictions, mes combats et mes valeurs.

Vous organisez bientôt un festival culinaire autour des saveurs du Lôh-Djiboua, à Lakota. De quoi s’agit-il ? À quoi doivent s’attendre les festivaliers ?

Il s’agit du Festy Kpakla, un événement culturel et culinaire qui vise à revaloriser notre patrimoine gastronomique Dida, en particulier à travers un outil emblématique : le kpakla, ce mortier traditionnel utilisé pour la préparation du foufou, notre plat de base.Ce grand rendez-vous se tient du 27 au 28 juin 2025, à Lakota ( village Gogne- quartier Barigué).

Ce jour-là, les festivaliers découvriront la richesse de la culture Dida : ses saveurs, ses savoir-faire, ses chants, ses rites, ses objets traditionnels. Pour certains, ce sera une immersion ; pour d’autres, un voyage nostalgique dans leurs souvenirs d’enfance

Selon vous, la gastronomie de Lakota peut-elle devenir un levier de développement local et touristique ?

Absolument ! Notre gastronomie est un trésor. Elle peut devenir un puissant moteur de développement touristique si elle est bien mise en valeur. Elle raconte notre histoire, révèle notre identité, et peut attirer les curieux et les amoureux de la culture.

À l’heure des fast-foods, pourquoi est-il important de valoriser les mets traditionnels ?

Parce que nous avons perdu, peu à peu, ce lien sacré avec nos racines. Dieu, je crois, a permis que ce soit le bon moment pour nous reconnecter à nos origines. Nos plats traditionnels ne sont pas seulement nutritifs, ils sont porteurs de mémoire, de valeurs, et de savoirs ancestraux.

Quels plats incarnent l’âme de Lakota ? Que disent-ils sur notre histoire ?

Le foufou de banane et le taro sont des piliers de notre cuisine. Ce sont des plats de partage, de fête, de transmission. Ils racontent notre attachement à la terre, à la famille, à la communauté.

Un souvenir d’enfance fort lié à la cuisine locale ?

(Rires) Je me souviens d’avoir dit à ma grand-mère que son foufou n’était pas bon, car elle n’avait pas laissé la banane mûrir. Elle m’a répliqué que c’est justement comme ça que ça se fait chez les Dida. Depuis ce jour, j’ai compris que chaque recette porte une histoire, une manière de faire, un héritage.

Quelle saveur de votre enfance vous bouleverse encore aujourd’hui ?

L’odeur de la banane en train d’être écrasée dans le mortier pour le foufou… et celle du poisson fumé, surtout le poisson adjovan. Ces odeurs me ramènent toujours au village, à mes racines.

Quelle recette transmettrez-vous à votre fille ou à la jeune génération ? Et pourquoi ?

Sans hésiter, le foufou de banane au poisson fumé. C’est un plat de cœur, qui représente notre identité. Le transmettre, c’est garder vivant le lien avec le passé.

Avez-vous hérité de savoirs culinaires familiaux ? Comment les perpétuez-vous ?

Oui, j’ai appris en observant et en cuisinant avec ma mère et mes tantes. Je les perpétue aujourd’hui dans mes gestes, mes choix, et bientôt à travers le Festy Kpakla pour transmettre publiquement ce patrimoine.

Décrivez-nous un plat typique de Lakota, sa préparation et sa portée culturelle.

Le foufou de banane : des bananes plantains légèrement mûres, cuites à la vapeur puis pilées dans un mortier en bois (le kpakla) jusqu’à obtention d’une pâte homogène. Il est servi avec une sauce graine ou claire, agrémentée de poisson fumé. C’est un plat sacré, souvent cuisiné lors des cérémonies.

Si vous aviez une caméra pour filmer un seul geste culinaire de Lakota ?

Je filmerais le geste lent et fort de la main qui pile la banane dans le kpakla. Ce mouvement est un héritage. Il parle de patience, de force, de transmission.

Quel rôle joue la cuisine dans les cérémonies chez vous ?

La cuisine est centrale. Lors des funérailles, elle devient un langage de partage, un ciment familial. Elle adoucit les douleurs, célèbre les retrouvailles et donne sens à la communauté.

Comment les jeunes femmes peuvent-elles se réapproprier ces savoirs anciens ?

En valorisant les récits de leurs mères, en revisitant les recettes traditionnelles avec fierté, en comprenant que la modernité n’exclut pas la tradition. C’est en connaissant ses racines qu’on devient solide.

Comment décririez-vous la femme ivoirienne d’aujourd’hui ?

C’est une femme de synthèse : à la fois ancrée dans ses traditions et ouverte sur le monde. Elle est le pilier de la société, capable de porter des valeurs anciennes dans des combats modernes.

Que souhaitez-vous dire aux femmes rurales de Lakota ?

Je leur dis : soyez fières. Vous êtes les gardiennes silencieuses d’un patrimoine précieux. La vraie richesse est en vous. Continuez à transmettre, à partager, à faire vivre notre culture.

Quel est le rôle d’une Awoulaba dans la valorisation de la culture ivoirienne ?

C’est un rôle symbolique fort. L’Awoulaba incarne la beauté africaine, la sagesse, la maternité, mais aussi l’engagement. Elle est ambassadrice de nos valeurs, de nos traditions, de notre diversité culturelle.

Pourquoi avoir mis l’accent sur la cuisine de Lakota ? Si vous aviez une émission culinaire, quel serait son nom ?

Parce que Lakota, c’est chez moi. C’est ma source. Mon émission s’appellerait « Kpakla, la mémoire dans l’assiette ». On y découvrirait chaque semaine un plat, une histoire, une femme du terroir. Le premier plat vedette : le foufou, bien sûr !

En quoi le corps et la cuisine sont-ils porteurs d’identité et de résistance culturelle ?

Nos corps parlent, nos plats parlent. Ils sont la preuve vivante que nous avons une histoire, une mémoire, une richesse. Porter fièrement son corps, cuisiner avec ses racines, c’est résister à l’effacement culturel.

Comment présenteriez-vous Lakota en trois bouchées ?

Lakota, c’est : La terre des éléphants, puissante et fière. Une gastronomie riche et variée, à base de produits locaux. Une convivialité chaleureuse, où chaque repas est un lien.

Quelle est votre mission personnelle en tant qu’Awoulaba Côte d’Ivoire ?

Ma mission est de défendre l’image de la femme africaine dans toute sa beauté, mais aussi de valoriser la culture de mon terroir, transmettre ses savoirs et inspirer les jeunes générations à en être fières.

Si Lakota était une odeur, une couleur, une émotion ?

Lakota serait l’odeur du foufou chaud, la couleur ocre de la terre, et l’émotion d’un chant ancien entendu au village.

Quel est votre rêve le plus fort pour votre région ?

Voir Lakota devenir une destination culturelle incontournable, où les traditions culinaires, artistiques et sociales sont célébrées et protégées.

Votre dernier mot ?

Je suis une Awoulaba Côte d’Ivoire , je suis Dida, je suis de Lakota. Je suis fière de porter haut nos valeurs, nos saveurs et nos couleurs. À toutes les femmes, sachez que notre héritage est une force. Transmettons-le avec amour.

Interview réalisée par Florence EDIE

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Votre animal préféré :                                                                                        

 Je n’en ai pas car ils me font bizarre  au touché.

Votre pays de rêve : Canada

Un commentaire sur « Okobé Léhi Marcelle (Awoulaba Côte d’Ivoire 2017) : De l’écharpe à la défense des saveurs de Lakota   »

  1. Vraiment, Que Dieu fasse que je Jour arrive,
    Très Sincèrement, ReVoir Dame Lehi, après près de 10 ans d’absence, nous réjouis le Cœur…
    Femme de Valeur, Femme de Conviction, Femme Battante, Femme Joviale, …
    Je suis à cours de mot pour la qualifier…
    D’ici là… Bon vent à ce Festival…
    On y Sera Forcément

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