Portrait : Le doyen des coursiers, soixante-dix ans et toujours en piste

À Marcory, M. Pani Gnaba Cauleve Delpech, bientôt 70 ans, défie l’âge et les préjugés en livrant quotidiennement pour Yango, vélo et application en main.

À l’aube, le rituel reste immuable : il ferme la porte de son logement, enfourche son vélo et allume l’application Pro qui l’identifiera, géolocalisera le restaurant et lui transmettra le code de la commande. Ce dispositif numérique a transformé la course en un métier cadré et traçable, et M. Delpech l’a adopté avec la patience et la ténacité d’un travailleur chevronné.

Ancien de la sécurité privée, témoin des grandes mutations économiques de la fermeture d’Air Afrique aux petits boulots qui ont jalonné sa vie, il a trouvé dans la livraison un moyen de reprendre le contrôle de ses revenus. Les gains tombent chaque mercredi, visibles jour après jour sur l’écran, complétés par des bonus liés aux performances .                                                                                                                           

« C’est moi qui décide de mes efforts, et donc de mes revenus », dit-t-il.

La reconnaissance est venue sans le chercher : en l’espace d’un an, il a reçu plusieurs smartphones offerts par le réseau, récompenses silencieuses de son assiduité. Dans les files d’attente et aux comptoirs, les plus jeunes le saluent « le doyen » chez lui, le respect se gagne par le calme et la courtoisie autant que par la vitesse.

Sur le terrain, sa discipline tranche avec les clichés : pas d’emportement, pas de provocation, une maîtrise de soi que la plateforme met d’ailleurs en avant. Son ambition reste mesurée acquérir d’abord une moto pour gagner en efficacité, puis envisager, à terme, un véhicule pour entrer dans le transport mais sa détermination fait déjà école parmi les plus jeunes.

Chaque week‑end, il rejoint sa femme et ses cinq enfants à Bonoua, rechargeant ses forces pour la semaine. Tant que la route l’appelle et que l’application sonne, M. Delpech continuera d’enfourcher son vélo : portrait d’un survivant moderne, exemplaire et infatigable.

Amy N’DIAYE

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