Cancer en Côte d’Ivoire : un «navigateur» pour ne plus perdre le patient en route

Au CHU de Treichville, le jeudi 24 septembre 2026, une application et une équipe de «navigateurs» entrent en scène pour accompagner, pas à pas, les malades du cancer. Objectif : éviter que des vies ne se brisent entre deux rendez-vous, deux examens, deux espoirs.

Pour beaucoup de patients ivoiriens, le cancer ne commence pas seulement par une cellule anormale. Il commence par un long chemin : trouver le bon service, payer un examen, revenir avec un résultat, attendre une place en radiothérapie, gérer les transports, convaincre la famille de continuer.

En Côte d’Ivoire, plus de 20 000 nouveaux cas de cancer sont enregistrés chaque année, avec plus de 12 000 décès, selon les données GLOBOCAN 2024. Les cancers du sein et du col de l’utérus pèsent lourd dans ce bilan.

Derrière ces chiffres, il y a des femmes qui abandonnent leur traitement parce qu’elles n’ont plus les moyens de se déplacer, des hommes qui rentrent au village après un premier cycle de chimio, des familles qui ne comprennent pas pourquoi «le docteur a dit de revenir» alors que la douleur est là, immédiate.

C’est pour raccrocher ces parcours décrochés qu’a été lancé, jeudi 24 septembre, le système de navigation patient en cancérologie, couplé à l’application RedPath, développée avec les Laboratoires Roche et les structures du ministère de la Santé.

Concrètement, chaque patient suivi dans les structures nationales dédiées se voit attribuer un «navigateur» – infirmier, sage-femme ou assistant social formé – qui devient son point de contact unique. Ce professionnel l’aide à s’orienter, à planifier ses examens, à comprendre les étapes de sa prise en charge, et à signaler les blocages (financiers, géographiques, administratifs).

L’application RedPath, elle, permet de suivre en temps réel le parcours du malade et de remonter les difficultés d’accès aux soins pour que des réponses soient apportées plus vite. À terme, l’outil devra être intégré durablement au système de santé ivoirien.

«Notre ambition est simple : réduire les obstacles qui peuvent retarder ou compromettre l’accès du patient aux soins et contribuer à assurer une meilleure continuité de son parcours», a résumé Soro Kountélé, directeur de cabinet adjoint du ministre de la Santé, représentant le ministre Pierre N’Gou Dimba.

La cérémonie n’a pas seulement lancé un dispositif d’accompagnement. Elle a aussi doté le service d’anatomie et cytologie pathologiques (ANAPATH) du CHU de Treichville d’équipements d’une valeur de 120 millions de FCFA.

Au menu : un automate Benchmark Ultra, un automate de déshydratation, un microtome, un automate de coloration et une station d’enrobage. Ces machines doivent permettre d’accélérer et de fiabiliser les diagnostics anatomo-pathologiques, étape clé pour décider du bon traitement

«Un traitement ne peut être efficace que si le diagnostic passé en amont est rapide, exact et personnalisé, avec une prise en charge précoce et adéquate du patient», a insisté Gonçalo Marques, directeur pays des Laboratoires Roche, partenaire technique et financier de l’initiative.

«Ce dispositif va réduire considérablement les abandons de traitement»

Pour Innocent Adoubi, directeur-coordonnateur du Programme national de lutte contre le cancer (PNLCa), le système de navigation est avant tout un plan personnalisé qui met à disposition du patient «toutes les ressources dont il a besoin pour un cursus correct».

«Ce dispositif va réduire considérablement les abandons de traitement», a-t-il confié, convaincu que l’accompagnement humain, couplé au suivi numérique, changera la donne sur le terrain.

La cérémonie s’est achevée par une démonstration de l’application RedPath, la remise de certificats aux premiers navigateurs patients formés et une visite des nouveaux équipements installés au service d’ANAPATH.

Un signal fort dans la lutte contre le cancer

Avec ce lancement, l’État ivoirien affiche sa volonté de placer davantage le patient au centre de son parcours, en lui offrant un accompagnement adapté, une meilleure orientation et une coordination renforcée entre les acteurs de sa prise en charge.

Dans un contexte où les diagnostics tardifs et les ruptures de suivi coûtent encore trop de vies, RedPath et ses navigateurs tentent d’être ce fil conducteur qui permet au malade et à sa famille de ne plus se sentir seul face à la maladie.

Ortis. A

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *