À l’image de la Côte d’Ivoire, des femmes visionnaires de l’Afrique transforment le secteur de l’énergie en y intégrant des solutions durables. Leurs initiatives contribuent à un avenir énergétique durable, inclusif et équitable pour le continent.
Dans les villages reculés de la Côte d’Ivoire, du Nigeria en passant par ceux du Kenya, de l’Afrique du Sud et d’autres pays d’Afrique, quand le soleil se couche et que l’obscurité envahit les cases, une lumière nouvelle perce désormais les nuits. Elle ne vient plus seulement du feu de bois, mais de petites lampes solaires installées par des femmes qui ont décidé de changer le destin de leurs communautés. Longtemps exclues des grandes décisions énergétiques, elles s’imposent aujourd’hui comme les pionnières d’une révolution silencieuse. Celles des énergies renouvelables.

Vers un avenir durable, les femmes, à l’image de Bénédicte Larissa Dao bâtissent la transition énergétique.

Des femmes qui transforment leur communauté
C’est le cas de Bénédicte Larissa Dao, à la tête de la structure énergie solaire et agriculture de Côte d’Ivoire (ENAGRI-CI) , qui allie vision stratégique et engagement social. Le 30 juin 2023, elle a été honorée lors de la première édition de la cérémonie “Mère Gage du Vert”, récompensant vingt femmes investies dans le développement durable et les énergies renouvelables.
« C’est un honneur de recevoir cette distinction, qui met en lumière les actions que nous menons depuis des années pour promouvoir les énergies renouvelables en Côte d’Ivoire », confie-t-elle.
Sa collaboration avec la coopération allemande GIZ lui a permis d’acquérir une expertise solide, qu’elle met au service de projets visant à élargir l’accès à l’énergie solaire dans des zones rurales isolées, tout en sensibilisant les communautés à l’importance de solutions durables et rentables.

Elle ne se limite pas à commercialiser des kits solaires. Elle forme également les producteurs, crée des emplois et assure un suivi terrain, garantissant que la technologie profite directement aux communautés. Son approche transforme l’électricité et l’irrigation en leviers d’autonomisation sociale et économique.
Les actions de sa structure ne se mesurent pas seulement en hectares irrigués ou en kilowatts produits. Elles produisent des changements concrets dans la vie des familles. Notamment, des récoltes assurées toute l’année grâce à l’irrigation solaire, une réduction des coûts pour les producteurs et les consommateurs. Sans oublier la création d’emplois locaux, en particulier pour les femmes, les jeunes et une contribution à la préservation de l’environnement en limitant le recours aux énergies fossiles.
Pour elle, allumer une lampe ou une pompe solaire ne se limite pas à éclairer ou irriguer. Cela redonne du temps, augmente les revenus et ouvre des horizons pour toute une communauté.
« Mon entreprise se projette au-delà des frontières de la Côte d’Ivoire. Nos ambitions sont claires, nous voulons produire suffisamment pour répondre à la demande locale, étendre le modèle à d’autres régions et explorer les marchés voisins. Nous privilégions trois leviers : la vente directe via des marchés hebdomadaires pour rapprocher producteurs et consommateurs. Faire des partenariats avec des supermarchés et restaurants pour intégrer les produits dans leurs offres. Et exporter vers les pays voisins afin de renforcer la portée régionale et commerciale (…) » dit-elle.
Toutefois, elle explique qu’en illuminant les champs et les foyers, sa structure montre que l’innovation verte n’est pas seulement une question technique, mais un moteur de transformation sociale et économique, capable d’améliorer la vie de milliers de familles et de préparer un futur plus juste pour l’Afrique.

Cette énergie propre et durable améliore le quotidien des communautés.
Quant à Grâce Kouadio, elle éclaire déjà plus de 1 500 foyers avec le solaire et a formé une cinquantaine de jeunes filles aux métiers du solaire. Responsable d’une PME spécialisée dans l’installation de panneaux solaires pour les ménages et les petites entreprises. Diplômée en génie énergétique, elle a choisi de revenir au pays après ses études en Europe pour mettre la lumière au service du développement.
« Chaque panneau installé, c’est une école qui fonctionne la nuit, un commerce qui prospère, une famille qui respire mieux » explique-elle.
Un autre exemple. À Bouaké, Mariam Konaté convertit les déchets agricoles en énergie propre pour améliorer le quotidien des familles. Issue d’une famille d’agriculteurs, elle a voulu valoriser les déchets de cacao et de manioc pour produire de l’énergie propre. Ses unités de biogaz alimentent aujourd’hui plusieurs villages en énergie de cuisson, réduisant ainsi la déforestation liée au charbon de bois.
« Le biogaz, c’est une énergie qui change la vie des femmes en réduisant leur pénibilité et en protégeant leur santé… », souligne-t-elle.
Dans la même veine, Fatou Traoré, ambassadrice de l’inclusion énergétique a formé plus de 200 femmes rurales à devenir techniciennes solaires, en leur offrant une autonomie financière et un nouveau statut social. Leur action dépasse la lumière. Elle redonne espoir, dignité et avenir aux communautés les plus isolées. Pour elle, l’énergie est un droit.
Avant d’ajouter que « Quand les femmes s’en emparent, c’est toute la communauté qui gagne ».
Dans son bureau de l’ Institut de recherche sur les énergies renouvelables (IREN ), à l’Université Nangui Abrogoua -Abobo, Dr. Akissi Bienve Pélagie Kouakou jongle avec deux univers qui façonnent l’avenir de la Côte d’Ivoire : l’eau et l’énergie.

Dr. Akissi Bienve Pélagie Kouakou fournit des solutions solaires pour les ménages, les exploitations agricoles et les collectivités.
« Depuis mon enfance à Bongouanou, l’eau me fascine. Observer son cycle, comprendre sa dynamique et sa qualité… pour moi, c’est une mission », confie-t-elle.
Docteure en hydrologie et hydrochimie, elle est aujourd’hui directrice adjointe de l’IREN, alliant rigueur scientifique et engagement social. Son parcours est impressionnant : diplômes prestigieux, certifications spécialisées et expériences internationales. Mais ce qui la distingue, c’est sa capacité à transformer la science en solutions concrètes.
Convaincue que l’eau et l’énergie sont indissociables, elle se forme au solaire photovoltaïque et cofonde MUDUS SOLAR, entreprise qui fournit des solutions solaires pour les ménages, les exploitations agricoles et les collectivités.
« Chaque panneau installé, chaque batterie distribuée, c’est une vie améliorée », souligne-t-elle. Mentore passionnée, elle accompagne depuis trois ans des jeunes filles scientifiques dans le cadre du programme ProFerre de la GIZ.
« Je veux montrer que la science est accessible aux femmes et que nos idées peuvent changer la société », dit-elle.
Reconnue par le CAMES, promue chargée de recherche et directrice adjointe par décret ministériel, elle incarne une vision intégrée eau-énergie-environnement. Ses recherches nourrissent des projets d’irrigation durable et d’électrification solaire, touchant concrètement la vie des communautés. « Mon objectif est simple : que mes travaux, mon entreprise et mon engagement social aient un impact tangible », conclut-elle.


Par sa science, son entrepreneuriat et son mentorat, Dr. Akissi Bienve Pélagie Kouakou Kouakou s’impose comme une pionnière de la résilience durable en Afrique, et un modèle inspirant pour la jeunesse, surtout les femmes scientifiques.
Ces Africaines modèles inspirants
D’autres femmes, ailleurs sur le continent, incarnent également ce renouveau. On peut citer, entre autres, Habiba Ali, une visionnaire de l’énergie durable au Nigeria. Diplômée en comptabilité et titulaire d’un MBA en banque et finance, elle a co-fondé la Developmental Association for Renewable Energies (DARE) avant de lancer Sosai en 2010. Son entreprise offre des solutions énergétiques durables telles que des lampes solaires, des systèmes solaires domestiques, des filtres à eau et des cuisinières améliorées.

Habiba Ali se distingue parmi les femmes qui luttent pour imposer l’énergie durable dans son pays..
Elle a également mis en place des micro-réseaux solaires pour fournir de l’électricité dans les communautés rurales. Au cœur des activités de son pays, elle transforme les vies grâce à l’énergie solaire. En fondant Sosai Renewable Energies Company, elle a créé l’une des entreprises les plus influentes du pays dans le domaine des énergies renouvelables. Son engagement va au-delà de la simple fourniture d’énergie. Il s’agit d’une mission sociale visant à autonomiser les femmes rurales et à promouvoir un développement durable
Ces initiatives ont permis de réduire les coûts énergétiques, d’améliorer la santé publique et de stimuler l’économie locale. Par exemple, les femmes pratiquant la déshydratation des aliments ont réduit leur temps de séchage de 10 à 3 jours grâce aux équipements solaires fournis par cette structure. Membre de plusieurs organisations influentes, elle a reçu le Ashden Award for Breaking Barriers (Global South) en 2025, récompensant son approche innovante et inclusive dans le domaine des énergies renouvelables. Ce prix met en lumière son rôle de pionnière dans l’intégration des femmes dans le secteur énergétique.
Idem pour la nigériane Damilola Ogunbiyi qui, à travers son leadership et son engagement incarne l’espoir d’un avenir énergétique durable pour l’Afrique. Son parcours inspire de nombreuses femmes et jeunes au Nigeria, à s’impliquer dans le secteur des énergies renouvelables, contribuant ainsi à la construction d’un monde plus équitable et respectueux de l’environnement. En tant que première femme directrice générale, elle a supervisé la réalisation de plus de 100 mégawatts de projets d’énergie décentralisée, fournissant de l’électricité à des hôpitaux, écoles et installations gouvernementales.
En 2022, elle était sur la liste des 30 personnalités de moins de 30 ans, les plus influentes dans le domaine de l’énergie. En 2024, elle est nominée parmi les 100 leaders climatiques les plus influents.

Tout comme Damilola Oyubiyi, qui fait la fierté du Nigéria.
Elle siège dans plusieurs conseils, dont le Private Sector Investment Lab de la Banque mondiale, le Climate and Environment Advisory Council de la Banque européenne d’investissement et le Global Leadership Council de la Global Energy Alliance for People and Planet.
Elle milite également pour une transition énergétique inclusive et durable, visant à fournir un accès universel à l’énergie d’ici 2030. Et plaide pour une collaboration renforcée entre les secteurs publics et privés, ainsi que pour l’autonomisation des femmes et des jeunes dans le secteur de l’énergie.
Wanjira Mathai une Kenyane, est figure internationale. Elle milite pour une transition énergétique inclusive et durable.
En Afrique du Sud, des ingénieures pilotent des parcs éoliens et solaires, participant à la sortie progressive de la dépendance au charbon.
La sud-africaine, Linda Mabhena-Olagunju est sur la même longueur d’onde. Elle est fondatrice de DLO Energy Resources Group, une entreprise sud-africaine indépendante spécialisée dans les énergies renouvelables, notamment l’énergie solaire et éolienne. Sous sa direction, la structure a développé l’un des plus grands parcs éoliens d’Afrique, situé dans la province du Cap-Nord, fournissant de l’électricité à environ 160 000 foyers. L’entreprise a aussi étendu ses opérations au Nigeria, contribuant ainsi à la transition énergétique en Afrique. Tout en favorisant le développement économique local et la création d’emplois. Elle milite pour une transition énergétique inclusive visant à fournir un accès universel à l’énergie d’ici 2030.
À travers leurs initiatives, ces femmes ivoiriennes et africaines prouvent que la lumière n’est pas seulement une question d’électricité, mais aussi un levier de transformation sociale. L’électricité dans une école, c’est une génération de filles qui peut étudier. Un centre de santé électrifié, c’est une maternité où les accouchements se déroulent en sécurité. Un commerce éclairé, c’est une famille qui sort de la précarité.
Leurs engagements dans les énergies renouvelables redessinent le futur du continent. Un futur plus vert, plus équitable et surtout inclusif. Car si l’Afrique doit allumer la flamme du développement, ce sont ses femmes qui, de plus en plus, en tiennent l’allumette.
Florence EDIE
La lumière change la vie

Quand une école s’éclaire le soir grâce à l’énergie solaire, des enfants peuvent enfin réviser après le coucher du soleil. Quand un dispensaire est alimenté en électricité, des femmes accouchent dans la sécurité et des vaccins sont préservés. Quand un commerce reste ouvert grâce à une simple ampoule, une famille gagne un revenu supplémentaire.
Derrière ces changements, il y a souvent des femmes, ingénieures ou entrepreneures, qui ont choisi de transformer l’obscurité en opportunité. Leur combat n’est pas seulement technique. Il est social, économique et profondément humain.
F.E
Chiffres clés
Les femmes représentent 38% de la main-d’œuvre tous postes confondus dans le domaine du solaire photovoltaïque en Afrique. C’est ce qu’indique le rapport « Decentralised solar PV: A gender perspective » de l’Agence Internationale des Energies Renouvelables (IRENA), qui identifie les défis et propose des solutions pour exploiter les capacités de la gent féminine dans le solaire décentralisé. En Côte d’Ivoire, seulement 15 % des ingénieurs énergétiques sont des femmes. Une femme entrepreneure sur deux dans le solaire crée au moins 10 emplois locaux.
Plus de 600 millions de personnes y vivent sans accès à l’électricité en Afrique selon la Banque mondiale . Cette précarité énergétique a des répercussions directes sur la santé, l’éducation et l’économie. Pourtant, une révolution silencieuse est en marche.
Portée par les énergies renouvelables solaires, éolien, biomasse, hydraulique, elle ouvre la voie à un développement plus durable. Et dans cette dynamique, les femmes occupent une place de plus en plus visible. Ingénieures, entrepreneures ou militantes, elles déjouent les stéréotypes et montrent que l’avenir énergétique du continent peut se conjuguer au féminin.
Avec son fort ensoleillement, ses vents réguliers et son potentiel hydraulique, l’Afrique est un géant énergétique en devenir. Les États, appuyés par des bailleurs internationaux, multiplient les initiatives pour développer les énergies vertes. Mais au-delà des grandes politiques publiques, ce sont aussi des initiatives locales, souvent portées par des femmes, qui changent concrètement le quotidien des communautés. L’Afrique reste le continent le moins électrifié du monde.
F.E
Des défis persistants, mais une lueur d’espoir

Leur combat reste parsemé d’embûches. A savoir le manque de financements, l’absence de reconnaissance institutionnelle, la persistance des stéréotypes. Dans de nombreux pays, moins de 20 % des postes du secteur énergétique sont occupés par des femmes. Pourtant, malgré ces obstacles, elles avancent. Leur force est de transformer chaque panneau solaire, chaque ampoule allumée, en symbole concret d’émancipation.
Car allumer une lampe en Afrique, ce n’est pas seulement éclairer une pièce. C’est repousser la pauvreté, redonner du temps, ouvrir des horizons. Ces femmes l’ont compris. Elles n’attendent pas que la lumière vienne d’ailleurs. Elles la fabriquent de leurs mains et par leur courage.
F.E
Interview / Ruth Ange Michelle Boa (présidente de la Pépinière écologiste du mouvement les écologistes de Côte d’Ivoire) :« Protéger la nature, c’est protéger les communautés »

À 23 ans, Ruth Ange Michelle Boa incarne une jeunesse ivoirienne qui veut conjuguer développement et écologie. Étudiante en Économie et présidente de la Pépinière écologiste du Mouvement Les Écologistes de Côte d’Ivoire, elle milite pour une Côte d’Ivoire plus verte, inclusive et innovante.
Qu’est-ce qui a décuplé votre conscience environnementale ?
Voir la déforestation, les déchets et leurs conséquences sur la vie quotidienne m’a profondément marquée. J’ai compris que protéger la nature, c’est protéger les communautés. Mon engagement est né de là : passer de l’inquiétude à l’action.
Pourquoi pensez-vous que l’avenir de la Côte d’Ivoire dépend d’une écologie inclusive ?
Parce qu’aucun progrès n’est durable sur des terres épuisées et des villes polluées. L’écologie doit être active avec des actions visibles et inclusives, pour impliquer tous les citoyens, du village à la ville.
Peut-on savoir l’objectif visé par la “Pépinière Écologiste” ?
Former une nouvelle génération d’acteurs capables de planter, recycler, sensibiliser et innover. C’est un espace où les jeunes apprennent à transformer leurs idées en solutions concrètes.
Comment mobiliser autour de la déforestation ?
Par l’éducation environnementale dès l’école, des alternatives économiques pour les populations dépendantes de la forêt et un partenariat fort entre État, privé et société civile. La forêt doit redevenir une fierté nationale.
Quelle place pour les femmes dans la transition écologique ?
Une place centrale. Elles peuvent être pionnières dans les énergies renouvelables, porter des solutions locales et transformer l’écologie en réponses concrètes pour les familles et les communautés.
Quel appel lancez-vous à la jeunesse ivoirienne ?
Transformons notre indignation en projets, et notre créativité en solutions. L’avenir de la Côte d’Ivoire se joue dans ce que nous plantons et protégeons aujourd’hui.
Par Florence EDIE
Superrr, impressionner , la protection de l’environnement est l’affaire de tous, même des journalistes pour une meilleure communication. Nous les professionnels dans le domaine ne créons pas parfois des éléments de bonnes communication parce que étant occupés à la tâche pratique. Bravo à vous