Quatre ans après le lancement de sa deuxième phase, l’Initiative Cacao et Forêts (ICF) entre dans une nouvelle ère. Réunie ce mardi 20 octobre 2026 à Abidjan, la 14e session de son comité technique a adopté le programme d’actions de la phase 3, qui couvrira la période 2026-2030.
Désormais, l’ICF ne se contentera plus de mettre en œuvre des projets. Elle devra jouer un rôle de chef d’orchestre : fédérer les interventions, orienter les partenaires, éviter les chevauchements et mesurer l’impact réel des actions menées dans les zones cacaoyères.
Une plateforme au service de tous les acteurs
La réunion, organisée , dans la commune de Cocody, a rassemblé près de soixante participants. Ministères, coopératives et entreprises du cacao, bailleurs de fonds, ong et représentants de la société civile ont pris part aux échanges.
La séance était dirigée par le conservateur général Zouzou épouse Mailly Elvire Joëlle, directrice de Cabinet du ministre des Eaux et Forêts et présidente du Comité Technique de l’ICF. Pour elle, la réussite de la démarche dépendra de la capacité de tous les acteurs à travailler dans le même sens : administrations, entreprises, partenaires au développement et communautés locales.
Créée en novembre 2017 à Bonn, en Allemagne, en marge de la COP23, l’ICF est née d’une conviction partagée : il est possible de produire du cacao sans détruire les forêts. Le partenariat réunit l’État ivoirien, de grandes entreprises du secteur cacao-chocolat et plusieurs partenaires techniques et financiers.
Des avancées, mais des fragilités
La Côte d’Ivoire porte un double enjeu. Le cacao pèse environ 15% de son produit intérieur brut et assure plus de 40% de ses recettes d’exportation. Mais cette richesse a longtemps été obtenue au prix d’une pression considérable sur le couvert forestier, passé d’environ 16 millions d’hectares dans les années 1960 à près de 3 millions d’hectares en 2020.
Le bilan de la période 2022-2025, présenté par Youssouf Ndjore, directeur Pays de la World Cocoa Foundation, au nom du Secrétariat permanent, met en avant des progrès importants :
214 143 hectares de forêts restaurés, avec 44 conventions de concession conclues pour la restauration de forêts classées et d’agroforêts ;
927 804 hectares convertis en systèmes agroforestiers et 33 millions d’arbres multi-usages remis aux producteurs ;
98% de traçabilité du cacao provenant de l’approvisionnement direct, avec 1,12 million d’exploitations cartographiées ;
plus de 2,5 millions de planteurs formés ou sensibilisés ;
558 160 femmes soutenues dans leurs activités génératrices de revenus.

Ces résultats restent toutefois fragiles. Le financement à long terme, le renforcement des institutions, la coordination des interventions sur un même territoire et la mise en conformité avec de nouvelles exigences dont le règlement européen sur la déforestation (RDUE) et la norme africaine ARS 1000 demeurent des défis majeurs.
Un rôle repensé pour 2026-2030
Avec cette troisième phase, l’ICF change de posture. Le lieutenant-colonel Touré Aboubakar, coordonnateur de l’initiative, a précisé qu’elle ne conduira plus directement des projets sur le terrain. Son mandat sera désormais de faciliter, coordonner et valoriser les actions portées par les différents acteurs.
Le nouveau plan s’articule autour de cinq priorités, chacune placée sous la responsabilité d’une institution chef de file :
la protection et la restauration des forêts, confiées à la Direction générale des Forêts ;
la traçabilité, la conformité et la production durable par l’agroforesterie, pilotées par le Conseil du Café-Cacao ;
les mécanismes innovants de financement, menés par le Bureau Marché Carbone ;
la gouvernance, la transparence et la communication, assurées par l’Unité de coordination des projets de l’ICF et la World Cocoa Foundation.
Le coût des activités de coordination est estimé à 2,068 milliards de FCFA sur cinq ans. L’ambition va bien au-delà : attirer plus de 47 milliards de FCFA d’investissements auprès du secteur privé, des partenaires au développement et de la finance climatique.
Préserver la forêt sans sacrifier les planteurs
À l’issue des travaux, le Comité Technique a validé le programme d’actions et entériné la désignation des structures chargées d’animer chaque axe. Les orientations seront maintenant soumises à l’examen du comité de pilotage de l’ICF.
En clôture, la présidente du comité technique a appelé chaque partenaire à faire sien ce nouveau cap. La phase 2 a démontré qu’un engagement collectif pouvait produire des effets à grande échelle. Reste désormais à inscrire ces acquis dans la durée.
Pour des millions de familles qui vivent du cacao, l’enjeu est double : protéger les dernières forêts sans fragiliser les revenus des producteurs. À Abidjan, les acteurs de la filière l’assument : sans forêt, il n’y aura pas de cacao durable.
Amy N’DIAYE