Beauté : Chaque tresse, une histoire

Bien plus qu’un simple choix esthétique, les tresses africaines racontent une histoire, portent une mémoire et dessinent une identité. Héritage ancestral transmis de génération en génération, elles incarnent des valeurs culturelles profondes, des symboles sociaux et des rites de passage. Parmi elles, la tresse connue sous le nom de feue Allah Thérèse, anciennement appelée Attoupkou, occupe une place de choix  dans la tradition Akan, notamment chez les Baoulés.

Loin d’être une tendance éphémère, les tresses africaines sont de véritables archives vivantes.   Dans les sociétés traditionnelles africaines, chaque tresse, chaque motif, chaque style a sa signification. Elles peuvent révéler l’âge, la classe sociale, le statut marital, le deuil, ou encore les événements marquants de la vie.

La tresse Attoupkou, aujourd’hui vulgarisée sous le nom de feue Allah Thérèse en hommage à la célèbre chanteuse tradi-moderne Baoulé, fait partie des coiffures les plus anciennes du continent. On la reconnaît à sa structure tressée à ras du crâne, laissant une touffe de cheveux centrale libre ou partiellement nattée. Facile à coiffer, rapide à exécuter, elle était souvent réalisée dans les zones rurales où les femmes manquaient de fil ou de temps.

En pays Akan, Attoupkou n’est pas une coiffure anodine. Elle accompagne les moments importants de la vie. Après un accouchement, lors des cérémonies de dot ou à la naissance d’un enfant. On la coiffe aux femmes nouvellement accouchées, car elle facilite l’allaitement, ne gêne pas la vue, et laisse le cuir chevelu respirer. Ce choix n’est donc pas purement esthétique, mais aussi fonctionnel et symbolique.

D’Attoupkou à feue Allah Thérèse : la force d’un symbole

Si le nom originel tend à s’effacer au profit de la chanteuse tradi-moderne, c’est parce que la célèbre artiste Baoulé est toujours apparue avec cette tresse iconique. En langue Baoulé, on l’appelle aussi Akôrou Koffié, « la femme de l’araignée », en référence à sa structure semblable à une toile tissée autour de la tête. En langue gôdeh, elle est connue sous le nom de Norubô, « caché en dessous », évoquant la subtilité de sa conception.

Son adoption par une figure emblématique comme feue Allah Thérèse a permis à cette coiffure de traverser les générations, de se moderniser tout en conservant son essence. Aujourd’hui encore, elle est arborée avec fierté, parfois agrémentée d’accessoires modernes comme des perles, des fils colorés ou des bijoux de tête.

Long-long ou tresse au fil

Serrer à la racine pour faire ressortir leur éclat, leur beauté et leur permettre de tenir longtemps, c’est une coiffure qui se fait à base de fil.

Communément appelé ‘’ Long long’’, elle se fait généralement sur les cheveux crépus à l’aide d’un fil de couture ou de nylon. C’est une tresse qui consiste à réunir une mèche ou touffe de cheveu et à l’entourer de fil en mailles plus ou moins serrées. Et une fois que toutes les mèches sont tressées, on en fait ce qu’on veut. C’est une occasion pour la tresseuse de faire parler son imagination.

Aujourd’hui, cette coiffure est de plus en plus arborée pour son style, elle a longtemps été une coiffure protectrice pour les mamans. Du fait qu’elles protègent les cheveux en vue de les permettre de bien pousser. Très simple à réaliser.

Boule-boule

Qui n’a jamais fait cette coiffure du bon vieux temps sur la tête ? Une coiffure très appréciée par les mamans lorsque débute la pousse des cheveux. Ce qui est intéressant, vous n’avez pas à peigner vos cheveux tous les jours. Sa réalisation est facile et aide à la tenue qui est plus longues dans le temps.

Les nattes

C’est une coiffure très simple, que tout le monde peut faire. Les nattes peuvent se porter longues, moyennes, courtes, attachées, détachées, etc…Elle se fait sur tous types de chevelu (crépus ou frisé). Belles sur toutes les têtes, elles ne sont pas difficiles à réaliser. Une fois que vous maitriser les techniques des nattes, il suffit de sous-diviser la chevelure et toutes les possibilités s’offrent à vous. Avec raie ou sans raie, en passant par la queue de cheval à la demi-tresse etc, ce sont de vraies tresses originales pour les cérémonies (mariage, baptême, diner-gala).

Fulani

En fonction de chaque pays, les coiffures varient aussi bien. Le ‘’Fulani’’ qui signifie Peul est une tresse très tendance et prisée du côté de la jeunesse féminine. Communément appelé tresse peulh, c’est une très bonne source d’inspiration quand on veut se faire de nouvelles coiffures.

Des renversées devant jusqu’au milieu de la tête (presque le milieu!) et des braids derrière. Vous pouvez choisir que les renversées s’arrêtent avant le sommet de votre tête pour pouvoir réaliser un chignon haut ou une queue de cheval. Le Fulani se porte de différentes manières, en chignon ou en queue de cheval. Pour la petite information, c’est une coupe dans laquelle les cheveux sont divisés au milieu et sur le côté avant d’être tressés. Selon des sources bien introduites, autrefois, ces coiffures indiquent les routes vers la liberté.

C’est à dire que si le sol est très marécageux, les tropas (des petites tresses collées sur le cuir chevelu) sont tissées comme des ornières ou des sillons. En utilisant des petits chignons, des nœuds et des tresses, les femmes marquent les éléments du paysage (un arbre, un chemin, une plantation).

La couronne tressée

À la fois impressionnante et majestueuse, on la porte pour mettre en évidence l’allongement du crâne chez les gens du peuple Mangbetu du Congo. Naturel, elle est idéale pour les personnes qui veulent de se démarquer des autres.

L’amasunzu

C’est une coiffure dans laquelle les cheveux sont coiffés en forme de croissant avec des contours nets, puis séparés en rangées. On se rappelle encore de Lupita Nyong’o qui portait avec élégance cette coiffure traditionnelle aux Oscars 2018. Elle date de plus de 500 ans et s’affiche sur la tête de la population du Rwanda, quel que soit leur statut social et matrimonial.

Si les femmes célibataires la portent en guise de symbole de leur pureté, les hommes guerriers, eux, l’utilisent pour prouver leur bravoure et leur force. À cette époque, la coiffure qu’on arbore, reflète le statut social, la position.

D’autres coiffures africaines, symboles de notre héritage culturel, ont aussi fait leur come-back. On peut citer, comme exemple, les “Nœuds Bantu“, ‘’twists’’, la liste n’est pas exhaustive. Elle s’est toutefois diversifiée et ne cherche plus à être un symbole, mais devient plutôt une richesse esthétique.

Les tresses africaines, entre modernité et héritage

Dans les salons de coiffure urbains, les tresses africaines rivalisent de créativité. Du cornrow au braid crown, en passant par les tresses jumbo et les box braids, chaque style est une réinvention du passé. Pourtant, dans cette modernité assumée, les racines restent visibles.

La transmission orale, les gestes répétés entre mères, sœurs, coiffeuses et apprenties, perpétuent un savoir-faire unique. Coiffer devient un acte d’intimité, de sororité, un moment d’échange et de construction identitaire.

Alors que les coiffures afro font l’objet de discriminations dans certains milieux professionnels ou scolaires à l’étranger, un vent de réappropriation souffle depuis quelques années. Les festivals, expositions, défilés de mode et réseaux sociaux contribuent à la valorisation des tresses africaines comme un patrimoine esthétique et culturel incontournable.

Porter une tresse comme Allah Thérèse, c’est assumer son identité, revendiquer son héritage, mais aussi faire acte de résistance culturelle. Les tresses africaines ne sont pas de simples styles de beauté : elles sont des symboles de dignité, de mémoire et de lien social.

Et si demain, les tresses devenaient un moyen d’enseigner l’histoire africaine autrement, de transmettre des récits familiaux et de renforcer le dialogue intergénérationnel ? La question reste posée, mais une chose est sûre : quand les tresses parlent, il faut savoir les écouter.

Florence EDIE

(Ph d’archives)

Un langage codé du passé à la tendance du futur

Dans certaines sociétés africaines, le style d’une tresse indiquait l’âge, l’état civil, le rang social ou l’ethnie de la femme qui la portait.

Chez les Akan par exemple, la tresse « Attoupkou », rebaptisée feue Allah Thérèse, était réservée à des moments clés comme la maternité, les rites de passage ou les cérémonies de dot.

Par temps d’esclavage, des femmes cachaient dans leurs tresses des graines, des cartes d’évasion ou des messages codés. La coiffure devenait alors une arme de résistance.

F. EDIE

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *